Le Venezuela en deuil bascule dans l'après-Chavez

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SEPT JOURS DE DEUIL NATIONAL AU VENEZUELA
SEPT JOURS DE DEUIL NATIONAL AU VENEZUELA

par Daniel Wallis et Andrew Cawthorne

CARACAS (Reuters) - Le Venezuela bascule ce mercredi dans une période de transition incertaine au lendemain de la mort d'Hugo Chavez, vaincu par un cancer après 14 années d'une "révolution bolivarienne" que ses partisans vont tenter de perpétuer malgré sa disparition.

La dépouille du charismatique président vénézuélien, décédé à 58 ans après deux ans de bataille contre un cancer détecté dans la région pelvienne, va être transférée mercredi dans une académie militaire, où elle sera exposée jusqu'aux obsèques prévues vendredi. Un deuil national de sept jours a été décrété.

Le ministre de la Défense, Diego Morales, a déclaré que 21 coups de canon seraient tirés mercredi à 08h00 (12h30 GMT) en hommage à l'ancien officier parachutiste.

"Les obsèques de Chavez seront à la hauteur de celles d'Eva Peron", prédit Daniel Hellinger, un universitaire américain spécialiste du Venezuela, en référence à l'épouse du président argentin Juan Peron décédée en 1952 à l'âge de 33 ans au sommet de sa popularité.

Les autorités vénézuéliennes ont annoncé qu'une élection présidentielle serait organisée dans un délai de 30 jours. On ignore cependant si le scrutin aura effectivement lieu d'ici un mois ou si sa date sera fixée d'ici 30 jours.

L'avenir de la révolution socialiste mise en oeuvre par Hugo Chavez, autant adulé par les classes populaires pour ses politiques sociales qu'honni par ses opposants l'accusant de dérive autocratique, repose désormais sur les épaules de son vice-président Nicolas Maduro, que le défunt chef de l'Etat a désigné comme son favori pour sa succession.

APPELS AU CALME

Ancien chauffeur de bus et leader syndical, Nicolas Maduro sera à 50 ans le candidat du pouvoir en place lors du prochain scrutin présidentiel. L'opposition devrait une nouvelle fois placer ses espoirs en Henrique Capriles, qui était parvenu à recueillir 44% des suffrages en octobre sans toutefois empêcher la réélection d'Hugo Chavez.

Un récent sondage accordait une forte avance à Maduro.

"Dans l'immense douleur de cette tragédie historique affectant notre mère patrie, nous invitons tous nos compatriotes à veiller à la paix, à l'amour, au respect et au calme", a dit Nicolas Maduro.

"Nous demandons à notre peuple d'exprimer cette douleur dans la paix."

L'état-major de l'armée a rapidement prêté allégeance à Nicolas Maduro, chef d'Etat par intérim jusqu'à l'élection présidentielle.

Henrique Capriles a lui aussi lancé un message d'apaisement en invitant les Vénézuéliens à l'unité malgré les profonds clivages provoqués au sein de la société par la personnalité et la politique d'Hugo Chavez.

"Le moment n'est pas à souligner ce qui nous divise", a-t-il dit dans un communiqué diffusé mardi soir.

"Aujourd'hui, il y a des milliers, peut-être des millions, de Vénézuéliens qui se demandent ce qui va se passer, qui ressentent même de la peur (...) N'ayez pas peur. Ne soyez pas angoissés. Entre nous tous, nous allons garantir la paix que mérite ce pays bien-aimé", a-t-il ajouté.

Des dizaines de milliers de Vénézuéliens sont descendus dans les rues mardi à l'annonce du décès d'Hugo Chavez.

Caracas est restée calme durant la nuit mais de nombreux commerces avaient tout de même baissé leurs rideaux par crainte de pillages.

CONDOLÉANCES

L'état d'Hugo Chavez s'était brutalement aggravé après sa réélection le 7 octobre dernier pour un troisième mandat de six ans. Après avoir été facilement réélu avec 55% des voix, il n'était plus réapparu en public depuis sa quatrième opération, le 11 décembre dernier.

Bien qu'ils aient eu le temps de se préparer à son décès, nombre de ses partisans étaient submergés par la peine mardi soir. "Il était notre père", a dit Nancy Jotiya entre deux sanglots sur la place Bolivar dans le centre de Caracas. "Il nous a appris à nous défendre. Le chavisme n'est pas mort! Nous sommes le peuple, nous allons nous battre!"

Des messages de condoléances ont afflué de l'étranger, en particulier d'Amérique latine, où de nombreux gouvernements de gauche ont pu compter sur l'aide d'Hugo Chavez via la manne pétrolière du Venezuela, qui dispose des plus importantes réserves de pétrole au monde.

Le président américain Barack Obama s'est contenté de souhaiter le développement d'"une relation constructive" avec le Venezuela alors qu'Hugo Chavez n'a cessé de vouer aux gémonies les Etats-Unis et les politiques de libéralisme économiques qu'ils défendent.

Jean-Stéphane Brosse et Bertrand Boucey pour le service français

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