Le tueur au scooter pisté depuis son premier meurtre

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LE TUEUR AU SCOOTER PISTÉ DEPUIS SON PREMIER MEURTRE
LE TUEUR AU SCOOTER PISTÉ DEPUIS SON PREMIER MEURTRE

par Marine Pennetier

PARIS (Reuters) - C'est une annonce postée sur le site internet "Le bon coin" par le premier militaire tué par un homme en scooter qui a permis aux enquêteurs de remonter la piste de l'auteur présumé des tueries qui ont causé la mort de sept personnes en France.

Mohamed Merah, âgé de 24 ans, a revendiqué mercredi l'assassinat de trois militaires, un le 11 mars à Toulouse et deux le 15 mars à Montauban, ainsi que le meurtre d'un rabbin et de trois enfants dans une école juive de Toulouse lundi dernier.

Retranché depuis mercredi matin dans son appartement toulousain cerné par la police, il dit avoir agi seul et n'exprime aucun regret, si ce n'est de n'avoir pas eu le temps de faire plus de victimes, selon le procureur de Paris François Molins, qui chapeaute l'enquête.

Le 11 mars, le maréchal des logis chef Imad Ibn Ziaten, qui a mis en vente sa moto sur le site internet "Le bon coin" en précisant son statut de militaire, est abattu d'une balle dans la tête à Toulouse par un homme qui s'enfuit aussitôt.

Son assassinat donne lieu à des vérifications au cours desquelles 576 adresses IP de connexion à son annonce sont passées au crible.

Les résultats de l'enquête sont remis à la police judiciaire le samedi 17 mars. Parmi ces noms, l'un attire plus particulièrement l'attention des services de police, celui de la mère de deux garçons connus des services de police.

Le premier, Abdelkader, 29 ans, est apparu en 2007 comme "impliqué mais non mis examen ni poursuivi" dans une filière d'acheminement de djihadistes en Irak, a dit le procureur.

Son frère, Mohamed Merah, 24 ans, présente un profil différent. Au cours de sa minorité, il a été condamné à quinze reprises par le tribunal pour enfants de Toulouse.

"AUTORADICALISATION"

"Il est ensuite apparu comme présentant ce qu'on pourrait qualifier de profil d'autoradicalisation salafiste atypique", a indiqué François Molins lors d'une conférence de presse.

A deux reprises, Mohamed Merah se rend en effet par ses propres moyens en Afghanistan et dans la zone afgho-pakistanaise sans passer par les filières connues ni par les pays habituellement surveillés.

Lors de son premier séjour, il subit un contrôle routier par la police afghane qui le remet à l'armée américaine. Son deuxième séjour à l'été 2011 est écourté, le suspect ayant contracté une hépatite A sur place.

"Aucun élément permettant de le rattacher à une organisation quelconque sur le territoire national n'était en possession d'aucun service", assure le procureur de Paris, faisant écho aux propos tenus par Claude Guéant dans la matinée.

Selon le ministre de l'Intérieur, Mohamed Merah était sous surveillance de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) depuis longtemps pour appartenance à un mouvement salafiste sans qu'il y ait toutefois d'élément permettant de penser qu'il était sur le point de passer à un acte criminel.

A ce stade de l'enquête, il manque encore aux enquêteurs une preuve d'un contact entre l'un des frères et le parachutiste abattu et la localisation des deux frères.

Il faut attendre la confirmation la semaine dernière que la même arme a été utilisée lors des deux attaques visant les militaires à Toulouse et à Montauban pour mettre en place une vaste opération de recherche.

"L'élément déclenchant a été le jeudi soir de l'assassinat de Montauban, la découverte par les services de police judiciaire de l'identité de l'arme entre celle qui avait frappé à Toulouse et celle qui avait frappé à Montauban", a dit le ministre de la Défense Gérard Longuet au micro de RTL.

SCOOTER REPEINT

Lundi soir, après la tuerie dans un collège-lycée juif de Toulouse qui a fait quatre morts, huit lignes téléphoniques appartenant à la mère de Mohamed Merah et à certains membres de sa famille sont mises sur écoute.

Selon le parquet, la piste des frères Merah va connaître un véritable tournant dans la journée de mardi. L'analyse des images de vidéosurveillance permet en effet de dessiner un profil psychologique du suspect présentant des similitudes avec celui de Mohamed Merah déjà condamné pour des faits violents.

Les images permettent également de montrer que le scooter utilisé a, selon toute vraisemblance, été repeint. Mardi, un concessionnaire de la région indique à la police avoir reçu la visite d'un des frères Merah qui lui a demandé comment désactiver le dispositif de traçage GPS du scooter.

Il ne reste alors aux enquêteurs qu'à localiser les deux frères mardi après-midi. Le feu vert d'une perquisition est donnée. A 23h30, mardi, la décision est prise d'interpeller la mère et ses deux fils dans la nuit de mardi à mercredi.

Lors des négociations entamées depuis avec le Raid, Mohamed Merah a indiqué où se trouvait sa Renault Mégane contenant un revolver, un fusil à pompe et des minutions.

Un véhicule Clio, qui pourrait contenir des armes, est toujours activement recherché.

Selon François Molins, le scooter a été retrouvé mercredi après-midi avec les deux casques utilisés lors des tueries. Enfin, une caméra utilisée par le tueur présumé a également été retrouvée dans un sac confié par Mohamed à un proche.

Au total, selon le parquet, 7 millions de données téléphoniques ont été vérifiées, 700 connections internet étudiées et plus de 200 auditions réalisées au cours de cette enquête.

Edité par Yves Clarisse

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