Le trader associé au "flash crash" de 2010 libéré sous caution

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par Michael Holden LONDRES, 22 avril (Reuters) - Un trader britannique soupçonné par les autorités américaines d'avoir joué un rôle clé dans le "flash crash" de mai 2010 à Wall Street a été remis en liberté sous caution mercredi par la justice britannique. Arrêté la veille, Navinder Singh Sarao, qui comparaissait devant un tribunal de Westminster, s'est opposé à son extradition vers les Etats-Unis. La question sera débattue en août. Sa caution a été fixée à cinq millions de livres sterling (sept millions d'euros). Il devra en outre porter un bracelet électronique et se soumettre à un contrôle judiciaire, avec interdiction de quitter la nuit son domicile d'Hounslow, une banlieue de l'ouest de Londres, et obligation de se présenter trois fois par semaine au commissariat de son quartier. Il n'aura en outre aucun accès à internet. Le trader de 36 ans a été inculpé de fraude électronique et de manipulation sur le marché à terme, a annoncé mardi le département américain de la Justice. Il aurait contribué au "krach éclair" de mai 2010 durant lequel jusqu'à 1.000 milliards de capitalisation boursière se sont momentanément évaporés. Le 6 mai 2010, les trois grands indices boursiers de Wall Street ont plongé de 9% en quelques minutes avant de rebondir et d'effacer la majeure partie de leurs pertes. Ce krach éclair a illustré la part croissante des transactions à haute fréquence, ou "high-frequency trading" (HFT) effectuées à partir d'ordinateurs sophistiqués. En parallèle aux poursuites lancées par le département américain de la Justice, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur américain chargé de superviser les produits dérivés, a engagé mardi des poursuites au civil contre Sarao, le présentant comme un "acteur très important du marché". C'est la première fois que les régulateurs américains laissent entendre qu'une manipulation du marché a joué un rôle dans le krach éclair de mai 2010. DES GAINS DE 40 MILLIONS DE DOLLARS ? Selon le département de la Justice, Sarao se serait servi d'un programme informatique de transactions automatisées pour modifier artificiellement les cours. D'après l'accusation, le trader passait simultanément de multiples ordres de vente dans de grands volumes pour donner l'illusion d'une offre abondante et inciter les autres acteurs du marché à vendre eux aussi, poussant ainsi les prix à la baisse. Grâce à son logiciel, le trader annulait ses ordres sans les exécuter, achetait à des cours inférieurs et attendait que les cours remontent pour revendre. "La manipulation présumée de Sarao lui aurait fait réaliser des profits considérables et aurait contribué à un plongeon majeur du marché boursier américain", ajoute le département de la Justice, qui estime à 40 millions de dollars (environ 37 millions d'euros) les gains ainsi réalisés par le trader. D'après les documents transmis mercredi à la justice britannique, Sarao dispose de 100.000 livres sterling réparties sur différents comptes bancaires et de cinq millions de livres sur un compte titres personnel, dont 4,7 millions proviennent d'un prêt. Il vit dans une modeste maison de Hounslow, qu'il partage avec ses parents, sous le couloir aérien de l'aéroport de Heathrow. Ses voisins ont dit ne l'avoir jamais vu arborer de signes extérieurs de richesse. "Cette affaire lui est tombée dessus comme un coup de tonnerre", a dit son avocat, Joel Smith. Son client, a-t-il ajouté, a été formé à l'université Brunel de Londres puis a travaillé pour plusieurs banques avant de devenir trader indépendant. (avec Douwe Miedema et Lindsay Dunsmuir à Washington; Henri-Pierre André pour le service français, édité par Marc Angrand)

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