Le titre-restaurant enfin prêt à passer à la carte

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Après des mois de discussions, le décret encadrant la dématérialisation des titres restaurants vient d'être publié. Panorama des règles à appliquer, des avantages et des inconvénient de cette nouvelle version.

A plus de 50 ans, le titre restaurant s'apprête à passer au numérique. Plus qu'un changement de support, c'est une vraie révolution pour ce produit adopté par 3,5 millions de salariés, utilisé par 120.000 entreprises et accepté dans un réseau de 180.000 restaurants et commerçants. Un changement profond et des enjeux financiers importants qui expliquent que cette transition attendue depuis plus d'un an a pris bien du retard.

o Quand?

Le décret entre en vigueur le 2 avril. A cette date, le leader du marché Edenred, l'inventeur de Ticket Restaurant, sera prêt avec une carte de première génération réalisée en partenariat avec Mastercard. Elle devra être remplacée dans les mois qui suivent par une nouvelle carte en version définitive, s'appuyant sur une plateforme technologique développée conjointement par les quatre grands émetteurs (Edenred, Sodexo, Chèque-Déjeuner, Natixis Intertitres). Les autres émetteurs n'auront pas de solution transitoire et devront peut-être patienter quelques semaines de plus pour que la carte soit opérationnelle.

Les plus impatients peuvent se tourner vers deux autres solutions dématérialisées déjà disponibles: Monéo resto, un nouvel émetteur qui propose exclusivement des cartes depuis déjà un an et a choisi de se lancer sans attendre ce fameux décret. Et la start-up Restoflash, qui a démarré voilà trois ans sur le créneau du titre-restaurant sur smartphone. Une solution séduisante mais qui nécessite que le commerçant s'équipe d'un terminal spécifique s'il souhaite gérer un gros volume de titres.

o Comment s'en servir?

Les titres-restaurants à puce seront utilisables dans le même réseau de commerces que le modèle en papier (restaurants, boulangeries, grande distribution, primeurs...) et les transactions se feront via les terminaux de paiements habituels utilisés pour les cartes bancaires. Reste à s'assurer que le commerçant accepte bien la carte, certains menaçant d'un boycott si les commissions sont trop élevées.

19 euros: c'est le montant maximum que l'on pourra dépasser par jour avec cette carte, mais le nombre de transactions n'est pas limité tant que l'on respecte ce seuil. La carte sera utilisable sans restriction géographique mais seulement 6 jours sur 7. On ne pourra donc pas s'en servir les dimanches et jours fériés sauf demande expresse de l'employeur pour des salariés travaillant ces jours-là. Evidemment, en tant que carte prépayée, son utilisateur ne pourra dépenser plus que le solde restant. Il pourra vérifier l'état de son compte via Internet ou un smartphone.

o Quels avantages?

* Pour les salariés utilisateurs de la carte, ils pourront enfin régler le montant exact de leur dépense, dans la limite de 19 euros. C'est aussi un gain de sécurité: on peut faire opposition pour une carte perdue ou volée et la remplacer rapidement. Finies les souches de carnets à gérer: la carte est rechargée automatiquement tous les mois. Les soldes non dépensés pendant le mois sont reportés au suivant, même chose en fin d'année sur simple demande à son employeur.

* Pour les entreprises, la logistique s'annonce beaucoup plus simple.

* Pour les commerçants l'encaissement peut se faire plus rapidement en évitant les éventuels rendus de monnaie ou compléments à régler.

o Quels inconvénients?

* Pour les salariés, il faudra oublier les «petits arrangements» avec les règles du titre-restaurant. Plus question de dépasser le seuil de 19 euros ou de se financer de la sorte une sortie dominicale au restaurant.

* Les entreprises devraient être gagnantes à terme mais seront sans doute amenées à gérer, au moins pendant un certain temps, la coexistence du papier et des cartes à puce.

* Les commerçants craignent pour l'instant de ne pas voir venir la baisse des frais de commission qui leur a été promise avec la carte. Peut-être aussi y aura-t-il quelques cafouillages sur le réseau de paiement. Chez Sodexo, on explique que si cette carte est un succès, le réseau enregistrera des pics comparables à ceux de Noël, tous les jours à l'heure du déjeuner.

o Le papier va-t-il disparaître?

Pas à court terme, ni même à moyen terme. L'expérience internationale des émetteurs de titres-restaurants leur fait estimer entre 5 et 7 ans, le temps raisonnable pour cette transition. La situation varie beaucoup d'un pays à l'autre: en Belgique la carte pèse plus de 40% du marché au bout de 18 mois d'introduction alors qu'en Italie n'en est qu'à 12% au bout de 3 ans. Dans tous les cas de figure, les entreprises auront la possibilité de faire coexister les deux systèmes pour laisser le choix aux salariés. Il est sûr cependant que les émetteurs comme les entreprises qui accordent des titres-restaurant ont intérêt, à terme, à passer au tout numérique.

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