Le texte sur l'enseignement supérieur divise à l'Assemblée

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LE TEXTE SUR L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR DIVISE À L'ASSEMBLÉE
LE TEXTE SUR L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR DIVISE À L'ASSEMBLÉE

PARIS (Reuters) - Les députés français ont engagé mercredi l'examen du très controversé projet de loi sur l'enseignement supérieur et la recherche, dont l'adoption permettrait notamment l'enseignement en anglais dans les universités françaises pour certains cours.

La ministre de l'Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, estime que ce texte "doit contribuer au nouveau modèle français et à remettre en mouvement notre pays pour se maintenir dans le peloton de tête des grandes nations".

Mais son article 2 suscite une polémique qui tend à occulter le débat sur l'essentiel du projet de loi.

Il offre la possibilité, dans le cadre d'accords avec des universités étrangères ou des programmes financés par l'Union européenne, de dispenser des cours en anglais.

"Il ne s'agit, en aucun cas, de remettre en cause la primauté de l'enseignement en français ou la défense de la francophonie", a dit la ministre. "Il s'agit au contraire d'élargir le socle de la francophonie auprès des jeunes, notamment des pays émergents, qui, aujourd'hui, ne viennent pas dans notre pays."

Bruno Le Roux, le président du groupe socialiste, a assuré mercredi à Reuters "qu'il n'y a plus aujourd'hui sur cet article aucune difficulté" et qu'il acceptait un amendement prévoyant la mise en place d'un apprentissage de la langue française au bénéfice des étudiants étrangers concernés.

Mais plusieurs élus, dont le député socialiste et secrétaire national à la francophonie au PS, Pouria Amirshahi, ont demandé le retrait d'une mesure jugée dangereuse pour le français.

"N'abandonnons pas le français !", a déclaré dans un communiqué l'UMP Daniel Fasquelle, professeur des universités. "C'est un mauvais signal envoyé à tous ceux qui défendent le français et la francophonie dans le monde, une capitulation fasse au tout-anglais alors que la France devrait défendre le multiculturalisme et multilinguisme."

"PEU LISIBLE"

Si le groupe UMP a annoncé qu'il voterait contre le projet de loi, celui de l'UDI (centriste) n'a pas encore arrêté sa position et attend le sort de ses amendements pour décider s'il s'abstient ou vote pour.

Le texte ne fait pas non plus l'unanimité à gauche, les écologistes et le Front de gauche étant réservés sur de nombreuses mesures.

"Si ce projet reste en l'état, les députés de notre groupe se verront contraints de voter contre", a déclaré la communiste Marie-George Buffet.

"C'est un texte peu lisible qui nous paraît assez contestable", a dit François de Rugy, co-président du groupe écologiste, qui trouve que la possibilité d'enseigner en anglais "est un des rares points positifs" du texte, et pourrait ainsi conduire son groupe à s'abstenir.

Ce texte sur l'enseignement supérieur et la recherche vise à compléter la loi de 2007 sur l'autonomie des universités et a pour objectif d'augmenter les chances de réussite des étudiants.

Il fixe l'objectif de parvenir à 50% de diplômés du supérieur dans chaque classe d'âge, en favorisant notamment la continuité entre le secondaire et le supérieur et le rapprochement entre lycée, classes préparatoires et université.

S'il est soutenu par l'Unef, syndicat étudiant proche du PS, et de façon plus réservée par la Conférence des présidents d'université, le texte est dénoncé par plusieurs syndicats d'enseignants comme la FSU, la CGT, FO et plusieurs collectifs.

Plusieurs centaines d'enseignants et de chercheurs ont manifesté mercredi après-midi à Paris pour réclamer le retrait du texte et des moyens pour le service public.

L'examen du texte doit se poursuivre toute la semaine, l'Assemblée devant se prononcer mardi prochain par un vote solennel sur l'ensemble du projet de loi que le Sénat examinera à son tour en juillet.

Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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