Le terroir veut tirer profit de la vague «Made in France»

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Le sel de Guérande vient d'obtenir l'Indication géographique protégée (IGP), un «atout commercial», selon les producteurs. A condition, toutefois, que ce label européen soit mieux connu des consommateurs.

Les producteurs régionaux de France courent après les labels européens. Le 20 mars, la Commission européenne a décerné l'Indication géographique protégée (IGP) au sel de Guérande. «C'est une excellente nouvelle que l'on a attendue pendant longtemps», se réjouit Grégory Pitard, président de l'Association pour la promotion du sel artisanal (Aprosela). A ce jour, 191 produits français - et quelque 375 vins - bénéficient d'une AOP (appellation d'origine protégée) ou IGP, sur un total de 1092 produits. Et une quarantaine de dossiers sont toujours en attente d'une décision de Bruxelles, dont le Livarot, les moules du Bouchot, le Camembert de Normandie, la châtaigne d'Ardèche, les rillettes de Tours ou encore la saucisse de Montbéliard. «Les producteurs s'imposent volontairement de nouvelles contraintes dans leur processus de fabrication afin de protéger leur savoir-faire contre les usurpations et imitations», explique l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO).

Les labels européens n'ont pas seulement un rôle protecteur. «Dans la durée, l'IGP est un avantage commercial», estime le président de l'Aprosela. De fait, 42,3% des Français considèrent que la promotion des produits «Made in France» devrait être une priorité dans la campagne présidentielle, selon une étude du site Testntrust. «L'origine géographique d'un produit est un critère de choix important pour les consommateurs, même s'il est difficile de mesurer son impact», note Jean-Louis Benassi, directeur de l'interprofession des cidres Unicid. Un avis partagé par Alexis Martinod, directeur de Savoîcime, qui représente la tomme de Savoie. «Atteindre le niveau de qualité requis a un coût qui justifie, aux yeux de nos clients, un prix de vente parfois supérieur aux autres produits», estime-t-il. Pour l'INAO, «l'achat d'un produit local est bien souvent un acte militant car, dans l'esprit des Français, il fait vivre des filières locales, voire toute une région où le contexte est parfois difficile, comme la Lozère ou l'Ardèche».

L'Europe protège aussi l'ail... chinois

Grâce à ces labels, les producteurs bénéficient parfois d'aides de la part des régions ou des départements pour mener à bien leurs projets de développement. La filière de la tomme de Savoie, par exemple, consacre chaque année un budget de 25.000 euros à la recherche. Les producteurs régionaux peuvent ainsi élargir leurs débouchés. «Nos produits intéressent particulièrement la grande distribution», raconte Franck Pernot du Breuil, président de l'interprofession de la Fraise du Périgord. Depuis quelques années, les enseignes ont élargi leur offre en jouant la carte du terroir. A l'instar de Carrefour avec sa marque Reflets de France, ou d'E.Leclerc avec Nos Régions ont du Talent.

«Les distributeurs ne mettent pas souvent en avant notre signature Fraise du Périgord car ils veulent promouvoir leurs marques propres», déplore toutefois Franck Pernot du Breuil. «Résultat, les consommateurs ne connaissent pas toujours ces labels et la démarche qualitative qu'ils imposent à nos métiers.» Le coup de pouce de l'Union européenne peut aussi entraîner des revers inattendus. En octobre dernier, Bruxelles a provoqué la colère des producteurs français, italiens et espagnols en inscrivant en tant qu'IGP l'ail chinois Jinxiang Da Suan, facilitant du coup son importation et sa commercialisation en Europe. Pendant ce temps, en France, l'ail fumé d'Arleux attend toujours cette distinction.

Labels de qualité et d'origine: comment s'y retrouver

En France, près d'un agriculteur sur deux est engagé dans un signe officiel d'identification de la qualité et de l'origine. En 2010, ces signes représentaient un chiffre d'affaires de 19 milliards d'euros à la première mise en marché, selon l'INAO, qui rappelle les spécificités de ces signes garantis et reconnus par l'État:

o L'appellation d'origine contrôlée (AOC) désigne un produit dont toutes les étapes de fabrication (production, transformation et élaboration) sont réalisées selon un savoir-faire reconnu dans une même zone géographique. Par exemple, le Saint-Nectaire ne peut être fabriqué que dans une partie de l'Auvergne à partir de lait issu de la zone.

o L'appellation d'origine protégée (AOP) est l'équivalent européen de l'AOC. Le nom d'un produit est protégé sur tout le territoire de l'Union européenne. Parmi les produits qui ont obtenu cette distinction, on trouve le Chablis, le Roquefort, le brie de Meaux, l'huile d'olive de Corse ou le poulet de Bresse.

o L'indication géographique protégée (IGP) désigne un produit dont les caractéristiques sont liées au lieu géographique dans lequel se déroule au moins sa production ou sa transformation selon des conditions bien déterminées. La raviole du Dauphiné, le riz de Camargue et le jambon de Bayonne font partie des 107 produits ayant obtenu l'IGP en France.

o La spécialité traditionnelle garantie (STG) est un label européen qui protège une recette traditionnelle. A ce jour, aucun produit français ne détient ce signe, qui a été en revanche décerné au jambon Serrano ou à la bière Gueuze. Les moules de Bouchot et l'Emmental ont déposé une demande auprès de la Commission européenne, respectivement en 2006 et 2011.

o Le Label rouge est un signe français qui désigne des produits ayant un niveau de qualité supérieur par rapport aux autres produits similaires et ce, grâce à leurs conditions de production ou de fabrication. Ce label est décerné à des produits agricoles et agroalimentaires tels que le saumon fumé, le poulet, le fromage ou la charcuterie.

o L'agriculture biologique (AB) garantit un mode de production respectueux de l'environnement et du bien-être animal. Les règles qui encadrent le mode de production biologique sont les mêmes dans toute l'Europe, et les produits importés sont soumis aux mêmes exigences.

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