Le Tchad commence à retirer ses troupes de Centrafrique

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LE TCHAD ENTAME SON RETRAIT DE LA MISCA
LE TCHAD ENTAME SON RETRAIT DE LA MISCA

par Jean-Frederic Perriere

GENEVE (Reuters) - Le Tchad a entamé vendredi son retrait de la Misca, la mission de maintien de la paix en Centrafrique sous conduite africaine, après la publication d'un rapport des Nations unies accusant des soldats tchadiens d'avoir tué 30 civils et d'en avoir blessé 300 autres sur un marché samedi dernier.

Le ministre tchadien des Affaires étrangères Moussa Faki Mahamat a démenti ces allégations. Il a fait valoir que les soldats avaient été pris en embuscade par les milices chrétiennes "anti-balaka" et qu'ils avaient répondu.

Le gouvernement tchadien, dénonçant "une campagne gratuite et malveillante", avait annoncé jeudi qu'il allait retirer ses soldats de la Misca.

Cette décision a été accueillie avec joie vendredi dans les rues de la capitale centrafricaine Bangui. Une pétition demandant le retrait des troupes tchadiennes a reçu 240.000 signatures.

"Les officiers tchadiens sous commandement de la Misca et environ 200 soldats sont partis en direction du Tchad", a déclaré Hassan Sylla, le ministre tchadien des Communications.

Le Tchad, puissance militaire dominante en Afrique centrale, avait fourni environ 850 hommes à la Misca.

Les premiers soldats sont partis à bord d'un convoi constitué d'une dizaine de camions militaires escortés par la Misca jusqu'à la sortie de Bangui, a précisé le ministre.

La chaîne de télévision France 24 a diffusé des images d'un avion militaire arrivé à l'aéroport de Bangui pour aider au rapatriement des soldats.

Les forces tchadiennes étaient aussi prêtes à quitter les villes de Bossangoa, Kaga Bandoro, Batangafo, Ndele, Bouca et Kabo, a déclaré sur Twitter un chercheur de Human Rights Watch, Peter Bouckaert.

Les soldats tchadiens forment la colonne vertébrale de la mission militaire mise sur pied par l'Union africaine afin de rétablir le calme, aux côtés des soldats français de la force Sangaris, en République centrafricaine.

Mais les militaires dépêchés par N'Djamena sont accusés de faire cause commune principalement avec des rebelles musulmans de la Séléka responsables d'un coup d'Etat l'an passé et engagés dans une lutte meurtrière avec les milices chrétiennes anti-balaka.

"DANS TOUTES LES DIRECTIONS"

Le Haut-Commissariat de l'Onu aux droits de l'homme a présenté les premières conclusions de la tuerie du samedi 29 mars, après enquête basée sur la visite des lieux et des témoignages de survivants.

Son porte-parole Rupert Colville a déclaré qu'un convoi de véhicules de l'armée régulière tchadienne avait fait irruption sur ce marché du quartier PK12 de la capitale de la Centrafrique et que les soldats, qui n'appartenaient pas au contingent tchadien engagé dans la mission de l'Union africaine, avaient commencé à tirer dans toutes les directions.

"Dès que le convoi de l'armée nationale tchadienne est arrivé sur le marché du (quartier) PK12 vers 15h00, ils (les soldats) ont apparemment ouvert le feu sur la population sans avoir été provoqués", a déclaré Rupert Colville.

"Les soldats ont continué à tirer alors que les gens en panique fuyaient dans toutes les directions", a-t-il dit. "Au moment de la fusillade, le marché était rempli de monde, y compris de jeunes femmes et de jeunes filles vendant et achetant des produits".

Interrogé sur Radio France internationale (RFI), le ministre tchadien des Affaires étrangères a mis la fusillade sur le compte des milices chrétiennes qui, a-t-il dit, avaient pris les troupes tchadiennes en embuscade. "Naturellement", a-t-il dit, les soldats tchadiens ont répondu.

Les rebelles musulmans de la Séléka conduits par Michel Djotodia avaient renversé le gouvernement de Bangui le 24 mars 2013 avant d'être dissous par leur chef au mois de septembre.

Au cours de cette période, les putschistes se sont rendus coupables d'exactions principalement contre les populations chrétiennes qui se sont organisées en milices d'auto-défense, les anti-balaka.

La rivalité entre les deux communautés s'est soldée par plusieurs milliers de morts et plusieurs centaines de milliers de personnes déplacées.

Sous la pression internationale, Djotodia a accepté en janvier de céder le pouvoir à un gouvernement civil qui ne parvient pas à rétablir l'ordre malgré l'aide de 2.000 militaires français et 6.000 soldats africains.

"Nous avons clairement fait savoir et le secrétaire général (de l'Onu) a très clairement fait savoir qu'il y avait un besoin urgent d'une force de maintien de la paix d'une dimension suffisante", a dit Rupert Coville.

"(Ban Ki-moon) a demandé 10.000 soldats en tout. Et nous sommes très loin de ce nombre pour le moment", a-t-il déploré.

(Bertrand Boucey, Pierre Sérisier et Danielle Rouquié pour le service français)

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