Le taux français à 10 ans s'approche du territoire négatif

le , mis à jour à 18:51
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Les taux de certains emprunts d'Etat, dont les OAT françaises, ont connu un nouveau décrochage au cours des dernières séances, à la suite du ''Brexit''.
Les taux de certains emprunts d'Etat, dont les OAT françaises, ont connu un nouveau décrochage au cours des dernières séances, à la suite du ''Brexit''.

Sur les marchés, les taux d’emprunt des grands Etats de la zone euro ont accentué leur chute tout au long de la semaine dernière. Le taux à 10 ans allemand (Bund) est désormais bien ancré en territoire négatif. En France, l’OAT à 10 ans s’approche également des taux négatifs.

La France va-t-elle bientôt suivre le parcours de l’Allemagne et emprunter à taux négatifs pour toute échéance de 10 ans ou moins ? Ce scénario, qui semblait encore lointain il y a quelques semaines, se précise désormais très sérieusement.

Les taux à leur plus bas historique suite au « Brexit »

Le taux à 10 ans français, qui était déjà proche de son plus bas historique à 0,45% juste avant l’annonce du « Brexit », n’a cessé de chuter depuis le 24 juin, atteignant un nouveau plus bas historique à 0,15% vendredi 1er juillet. Lundi 4 juillet, le taux remontait marginalement à 0,17% selon Bloomberg.

Evolution du taux de l'OAT à 10 ans française depuis avril 2014. Source : Boursorama. Cotations lég
Evolution du taux de l'OAT à 10 ans française depuis avril 2014. Source : Boursorama. Cotations légèrement différentes de celles affichées par Bloomberg.

Les finances publiques françaises bénéficieront largement de cette situation lors des prochaines émissions de dettes, qui pourront se faire à des taux proches de 0% pour une échéance de 10 ans. Pour les échéances plus courtes, l’Etat français empreinte déjà à taux négatifs depuis de nombreux mois.

Le taux à 10 ans allemand, pour sa part, est déjà passé en territoire négatif le 14 juin dernier et, malgré un éphémère rebond en territoire positif, est repassé en territoire négatif suite à l’annonce du « Brexit ». Lundi 4 juillet, le Bund s’échangeait au taux de -0,12%.

Les obligations d’Etat américaines à 10 ans sont elles aussi revenues à un niveau proche de leur plus bas historique suite à l’annonce du « Brexit », à seulement 1,44% en fin de semaine dernière. La baisse des taux obligataires ne se cantonne donc pas aux obligations de la zone euro.

À l’origine de ce phénomène se trouve le sentiment, chez les investisseurs, que les banques centrales vont encore largement poursuivre dans les prochains mois leur actuelle politique accommodante par réaction au « Brexit ». La Fed ne devrait pas relever ses taux cet été, de même que la BCE pourrait sortir de nouvelles armes anti-crise dont la nature reste encore à définir. Les obligations émises par les Etats les mieux notés par les agences de notation ont également fait office de « valeur-refuge » au cours des derniers jours.

« Les obligations souveraines de haute qualité, déjà chères, sont simplement devenues encore plus chères » commentait vendredi 1er juillet Natixis Global Asset Management dans une note de marché. En effet, sur le marché obligataire, la baisse des taux va de pair avec la hausse du prix des obligations déjà émises.

Les taux des pays périphériques baissent également en zone euro

La baisse des taux ne concerne pas uniquement les obligations des grands Etats faisant office de « valeurs-refuges » : en zone euro, les Etats les plus « risqués » empruntent également à des taux plus faibles depuis la semaine dernière.

Pourtant, le 24 juin, lorsque les marchés ont intégré l’annonce du « Brexit », les taux des pays périphériques ont augmenté, notamment sur les taux à 10 ans portugais, espagnol et italien. Mais le « stress » sur les taux des pays périphériques s’est rapidement résorbé et ces mêmes taux sont repassés la semaine dernière sous leur niveau d’« avant-Brexit ».

À titre d’exemple, le 10 ans portugais est passé de 3,10% jeudi 23 juin à 3,35% vendredi 24 juin, avant de retomber à 2,99% lundi 4 juillet. Le taux à 10 ans portugais reste assez loin de son plus bas historique atteint le 13 mars 2015 à 1,56% (à l’occasion du lancement du « quantitative easing » de la BCE).

Evolution du taux à 10 ans portugais depuis avril 2014. Source : Boursorama. Cotations légèrement diff&e
Evolution du taux à 10 ans portugais depuis avril 2014. Source : Boursorama. Cotations légèrement différentes de celles affichées par Bloomberg.

Bien que ce nouvel accès de baisse sur les taux souverains bénéficie aux finances publiques des pays concernés, le phénomène constitue également un défi économique pour les banques, les assurances et les épargnants eux-mêmes.

Les banques et les assurances, du fait de la régulation à laquelle elles sont soumises, sont obligées de posséder un important stock d’obligations souveraines dans leur bilan. La chute des taux se traduit donc par une compression de la profitabilité de ces investissements.

Pour les épargnants, la poursuite de la baisse de taux signifie également une poursuite de la baisse des rendements. Certains investissements-phares comme les fonds en euros d’assurance-vie en France, majoritairement investis en obligations souveraines, continueront inévitablement de voir leur rendement moyen s’effriter cette année.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • ECP1988 il y a 5 mois

    le pea a plus d'avantages que l'assurance vie (exonération totale au bout de 5 ans contre une exonération plafonnée à 4600 euros de PV au bout de 8 ans pour l'assurance vie. Mais avec l'AV la PV est garantie avec le PEA elle est aléatoire.

  • guerber3 il y a 5 mois

    L' aboutissement des élites : la folie mentale...!

  • ramseslj il y a 5 mois

    Pourquoi donner autant d?avantages a l'assurance vie? Pourquoi pas aux autres comptres type Pea notamment, ce serait plus logique.

  • b.renie il y a 5 mois

    Le taux français à 10 ans s'approche du territoire négatif. N'est pas une bonne nouvelle que les taux négatifs envahissent le marché obligataire. Que l'argent ne coûte rien pousse à l'endettement. ce qui créera des situations dramatiques La bulle financière obligataire explosera quand les taux se relèveront. Et de plus en France avec les dirigeants que l'on a, l'aisance procurée au lieu d'être employée à réduire les déficits est distribuée à des fins électoralistes. Ce sont des irresponsables

  • patriot9 il y a 5 mois

    Sur le 5 ans, on est déja en taux négatifs depuis plus d'un an.

  • ECP1988 il y a 5 mois

    Une grande partie des plus-values boursières depuis 1980 est liée à la baisse des taux : une OAT zéro coupon à échéance 10 ans coterait 25% de sa valeur à l'échéance avec un rendement de 15% alors qu'avec un rendement de zéro % elle cote 100% de sa valeur à l'échéance.

  • rillouto il y a 5 mois

    bein dites donc,si on en arrive la,c'est qu'on est pas loin du chaos total....et oui,depuis 50 ans,on a preferé donné de l'argent aux rentiers,plutot qu'aux prolétariat,pas besoin de sortir de l'ena pour comprendre comment l'economie tourne et comment elle risque de s’effondrer a cause d'une poignée de personnes,qui ne veulent pas perdre leur privileges...tant pis pour eux,a la prochaine crise,ils auront TOUT perdu...continuons comme ça ...

  • kpm745 il y a 5 mois

    Tout cela va mal finir. Crise financière, immigration, communautarisme, crise d'identité,... tous les ingrédients pour une belle guerre civile

  • johnmari il y a 5 mois

    je pense que le taux négatif veut dire qu'on est en train d'essayer de sauver un système pour protéger ceux qui ont l'argent et sont prêt a céder une infime partie plutôt que tout perdre.

  • sleipnir il y a 5 mois

    Il est clair il faut en profiter pour emprunter, quitte à utiliser tout ou partie de ces sommes pour rembourser par anticipation (lorsque cela est juridiquement possible) des emprunts contractés à taux bien plus élevé. Il pourrait même être intéressant d'emprunter maintenant plus que l'on a besoin, afin d'éviter d'avoir à emprunter dans 5 ou 6 ans à des taux bien plus élevés. Les règles budgétaires européennes manquent totalement de pertitence à ce sujet!