Le tabou du coût des normes d'accessibilité aux handicapés

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Des spécialistes de l’immobilier et de l’accessibilité estiment que malgré de louables intentions la loi handicap qui fête ses 10 ans est très coûteuse pour l’immobilier neuf sans être forcément d’une efficacité optimale.

Henry Buzy-Cazaux sait que c’est une forme de tabou, mais il n’hésite pas à remettre en cause l’efficacité des normes d’accessibilité aux handicapés pour les logements neufs. Sur son blog, ce spécialiste de la pierre, président de l’Institut du management des services immobiliers, estime même que ces obligations «handicapent» la construction. Sa démonstration est toute simple: pour un logement de 2/3 pièces, il estime la surface supplémentaire nécessaire à cette seule accessibilité à 8 mètres carrés, soit 7 à 9% de la superficie du logement.

Et donc, chaque logement de ce type supporte un surcoût de 7 à 9%. Prenant l’exemple d’un promoteur qui a vendu en un week-end, la quasi totalité des logements invendus d’un programme, en baissant ses tarifs de 7%, il estime qu’en temps de crise ces quelques pourcents de baisse des prix pourraient fluidifier le marché du neuf. «Dans le millefeuille des normes à respecter dans l’immobilier neuf, celle sur le handicap est sans doute la plus coûteuse, explique-t-il au Figaro. L’accessibilité est nécessaire, il ne s’agit pas de manquer d’humanité mais juste de réfléchir et d’agir de manière pragmatique.» D’ailleurs, il suggère d’autres pistes telles que des normes d’adaptabilité plutôt que d’accessibilité. En travaillant notamment sur l’emplacement des cloisons, il s’agirait de concevoir les logements que l’on transforme plus rapidement et à moindre coût pour un occupant handicapé.

Pas politiquement correct

Il sait pourtant que le sujet est difficile à aborder car il n’est pas politiquement correct. «Même une personnalité aussi respectée dans le logement que Pierre Méhaignerie avait suscité en son temps un tollé lorsqu’il voulait remettre en cause cette norme», rappelle-t-il. Mais les choses changent et la situation du logement neuf est tellement bloquée que les freins à la construction sont désormais scrutés un à un. D’ailleurs Cécile Duflot a déjà entrouvert la porte d’une adaptation des normes et même dans le milieu du handicap certaines voix questionnent son bien-fondé.

«Toutes ces normes sont exclusivement prévues pour les personnes en fauteuil, souligne le spécialiste de l’accessibilité des bâtiments, Philippe Monmarché, qui dirige la société Sherp’accès et vit lui-même en fauteuil roulant. Or, sur 8 millions de personnes à mobilité réduite seules 370.000 sont en fauteuil roulant. Et les handicaps visuels ou auditifs sont très mal pris en compte.» Il reconnaît lui aussi qu’une application des normes au rouleau compresseur est très peu efficace.

«On installe des équipements-prothèses pour rassurer plutôt que de réfléchir aux besoins réels des handicapés et s’adapter aux spécificités de chaque type de handicap», estime Philippe Monmarché. Même dans son propre logement, il reconnaît que certains espaces obligatoires selon les normes, notamment dans les sanitaires, lui sont parfaitement inutiles. Son modèle à lui serait plutôt scandinave. Là-bas l’accessibilité des immeubles est obligatoire jusqu’à la porte de l’appartement. Ensuite à chaque handicapé de le faire aménager pour répondre à ses besoins en disposant de subventions prélevées en partie sur les ventes de logement.

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