Le suspect de la tuerie de Charleston maintenu en détention

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* Dylann Roof est passible de la peine de mort * Des parents de victimes lui accordent leur pardon * Le département de la Justice évoque un "acte de terrorisme intérieur" par Edward McAllister, Harriet McLeod et Alana Wise CHARLESTON, Caroline du Sud, 19 juin (Reuters) - Dylann Roof, le jeune blanc accusé d'avoir tué neuf noirs mercredi soir dans une église de Charleston, en Caroline du Sud, a comparu pour la première fois vendredi devant un juge qui a décidé de le maintenir en détention. A Washington, le département américain de la Justice a annoncé qu'il examinait la fusillade de l'Emanuel African Methodist Episcopal Church "sous tous les angles, y compris un crime de haine et un acte de terrorisme intérieur" tandis que Barack Obama estimait que "le racisme demeure un fléau" aux Etats-Unis et tentait de relancer son initiative pour un contrôle accru des armes à feu. Arrêté dans une petite ville de Caroline du Nord, à 350 km au nord de Charleston, quatorze heures après avoir ouvert le feu mercredi dans cette église méthodiste, Dylann Roof, un jeune homme blanc de 21 ans, est poursuivi pour neuf chefs d'inculpation d'homicide et un chef d'inculpation de possession d'arme en relation avec un crime violent. Il n'était pas présent à l'audience présidée par le juge James Gosnell, mais en liaison vidéo avec le tribunal de Charleston depuis la prison où il est détenu depuis son arrestation. L'accusé, qui encourt la peine de mort s'il est reconnu coupable, a répondu brièvement aux questions du juge, confirmant son nom, son adresse et précisant qu'il était sans emploi. Il n'a montré aucune émotion même lorsque des proches et parents de victimes de la fusillade, qui assistaient à cette première audience, se sont adressés à lui. "Que Dieu ait pitié de ton âme", lui a dit, par écran interposé, la mère de Tywanza Sanders, la plus jeune des victimes, un jeune homme de 26 ans. "Tu as tué l'une des plus belles personnes que je connaisse. Chaque fibre de mon corps souffre", a ajouté Felicia Sanders. "TOUT LE MONDE LE SAIT MAIS PERSONNE NE VEUT EN PARLER" La tragédie de l'Emanuel African Methodist Episcopal Church de Charleston intervient dans un contexte lourd marqué ces derniers mois par la mort de plusieurs Afro-Américains abattus par des policiers alors qu'ils n'étaient pas armés. Ces affaires, notamment à Ferguson, dans le Missouri, Baltimore et New York, ont déclenché les émeutes raciales parmi les plus violentes que les Etats-Unis aient vécu depuis les années 1960. La tuerie de Charleston rappelle aussi l'attentat à la bombe commis contre une église afro-américaine de Birmingham, en Alabama, qui avait provoqué la mort de quatre jeunes filles en septembre 1963 et galvanisé le mouvement en faveur des droits civiques. Pour les partisans d'un contrôle accru des armes à feu, elle illustre une nouvelle fois le risque que constitue le nombre d'armes en circulation dans le pays. "Tout le monde le sait mais personne ne veut en parler: la Caroline du Sud et tout le pays sont devenus dingues des armes", a dénoncé Wendell Gilliard, élu démocrate de Charleston à la Chambre des représentants de l'Etat. Barack Obama lui-même a souligné jeudi que "ce genre de violence massive ne se produit pas dans d'autres pays avancés". Vendredi soir, il a salué la dignité des familles des victimes et leur capacité à pardonner. "Au coeur de la tragédie la plus sombre, la décence et la bonté du peuple américain resplendissent par l'intermédiaire de ces familles", a-t-il dit. Mais le premier président noir de l'histoire des Etats-Unis a également déclaré que "le racisme demeure un fléau" et a appelé le pays à s'unir pour le combattre ensemble. Il a aussi réitéré son appel à une loi de contrôle des armes. "UN CRIME DE HAINE RACIALE" Selon la police, Roof est resté assis parmi les fidèles de l'Emanuel African Methodist Episcopal Church de Charleston pendant près d'une heure avant d'ouvrir le feu, tuant six femmes et trois hommes. Malgré les supplications de ses victimes, il a rechargé cinq fois son arme, a témoigné un rescapé. Parmi ses victimes, âgées de 26 à 87 ans, figurent quatre pasteurs dont un élu démocrate au Sénat local, Clementa Pinckney, 41 ans. La petite-fille d'une autre de ses victimes, le révérend Daniel Simmons, qui était âgé de 74 ans, était elle aussi présente à l'audience de vendredi. Elle a également exprimé son pardon et elle aussi prié pour que Dylann Roof bénéficie de la miséricorde divine. "Même si mon grand-père et les autres victimes sont tombées sous les mains de la haine, tous ces appels à la miséricorde pour ton âme sont la preuve qu'ils ont vécu dans l'amour. Leur héritage vivra dans l'amour, de sorte que la haine ne l'emportera pas. Et je veux simplement remercier ce tribunal pour faire en sorte que la haine ne l'emporte pas", a-t-elle dit. Bethane Middleton Brown, dont la soeur DePayne est morte mercredi, a rapporté que sa soeur lui avait enseigné que leur famille était "construite par l'amour". "Nous n'avons pas de place pour la haine, alors nous devons pardonner", a-t-elle poursuivi. Selon le Southern Poverty Law Center, 4.120 crimes liés à la haine raciale ont été commis aux Etats-Unis depuis 2003, dont 56 assassinats. "Ce n'est pas simplement une tuerie de masse, pas seulement un acte de violence avec arme à feu, c'est un crime de haine raciale et il faut l'affronter comme tel", a dit Cornell William Brooks, président de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP, organisation de défense des droits civiques), Nikki Haley, la gouverneur républicaine de Caroline du Sud, a déclaré sur NBC que le jeune homme méritait à ses yeux la peine de mort. "C'est sans aucun doute un crime de haine. Nous avons discuté avec les enquêteurs (...), ils ont dit avoir vu le diable de leurs yeux", a-t-elle dit. Le lieu de culte où la tuerie s'est produite, communément appelé "Mother Emanuel", a été fondé au début du XIXe siècle. Incendié en 1820 lors d'une révolte d'esclaves, il a été reconstruit par la suite. (Danielle Rouquié, Nicolas Delame et Henri-Pierre André pour le service français)

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