Le successeur pressenti de Thierry Lepaon veut une CGT combative

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PHILIPPE MARTINEZ, SUCCESSEUR PRESSENTI DE THIERRY LEPAON, VEUT UNE CGT COMBATIVE
PHILIPPE MARTINEZ, SUCCESSEUR PRESSENTI DE THIERRY LEPAON, VEUT UNE CGT COMBATIVE

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le patron de la fédération CGT de la métallurgie, Philippe Martinez, n'a laissé aucun doute, mercredi, quant à sa volonté de succéder à Thierry Lepaon à la tête de la première centrale syndicale française et d'y imprimer sa marque, malgré un désaveu infligé la veille par le "parlement" de l'organisation.

Exit le secrétaire général sortant, contraint le 7 janvier à la démission, avec l'ensemble du bureau confédéral, par la crise ouverte par les révélations sur la rénovation de son domicile de fonction et de son bureau et sur une indemnité perçue lorsqu'il a quitté ses précédentes responsabilités.

Thierry Lepaon "a besoin de repos" et quittera la commission exécutive (CE), gouvernement de la CGT, "comme tous les anciens secrétaires généraux", a déclaré Philippe Martinez lors de sa première conférence de presse de candidat au poste de numéro un.

Le comité confédéral national (CCN), "parlement" de la CGT, a mis en échec mardi la tentative du secrétaire général sortant de garder la main sur la composition d'une nouvelle direction: le nouveau bureau proposé par Thierry Lepaon, qui a fait de Philippe Martinez son favori pour sa succession, n'a pas obtenu les deux tiers des voix requis.

Le numéro un de la fédération de la métallurgie a dit en revanche avoir été chargé, lors d'un deuxième vote et à la quasi-unanimité, de former une nouvelle équipe dirigeante d'ici le prochain CCN.

Ce deuxième vote "ne prête à aucune ambiguïté", a-t-il souligné. Il a précisé qu'il soumettrait mardi prochain à la commission exécutive le "collectif" dont il entend s'entourer pour réfléchir à la composition de ce nouveau bureau confédéral.

Les critères pour celui-ci seront parité hommes-femmes, équilibre entre professions et territoires, capacité à tenir jusqu'au congrès de 2016 et prise en compte de la "diversité de pensée" sur les orientations de la CGT, a-t-il ajouté.

Il a aussi confirmé que la future équipe ne comprendrait ni membre du bureau sortant, ni ancien prétendant à la succession de Bernard Thibault, le prédécesseur de Thierry Lepaon.

SYNDICALISME DE LUTTE

Sans attendre d'être officiellement investi à la tête de la CGT, ce qui lui reste à obtenir du CCN, il a dit défendre un syndicalisme de lutte, pour s'opposer au patronat et rompre avec les "politiques d'austérité" et "libérales" du gouvernement.

Il a ainsi déclaré que la CGT serait "inflexible" dans les négociations avec les organisations patronales sur la refonte du dialogue social, qui reprennent jeudi.

"On ne peut pas se laisser imposer un type de syndicalisme (que le patronat) rêverait d'avoir en face de (lui) et je dirais même plutôt à côté de (lui)", a-t-il expliqué. "On veut forcer la main à la CGT pour qu'elle change son mode de fonctionnement et son type de syndicalisme."

Il a également dit que la CGT ferait obstacle à la "nouvelle régression sociale" que représente selon lui le projet de loi sur la croissance et l'activité du ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, en cours d'examen au Parlement.

"La lutte, ça compte. Le rapport de forces, ça veut dire quelque chose", a insisté Philippe Martinez. "Il faut une CGT combative, qui propose aux salariés d'agir et de combattre et qui soit une force de proposition."

Il a récusé l'idée, pourtant partagée par de nombreux militants et cadres de la CGT, que cette organisation traverse une crise majeure -"Il n'y a pas de crise majeure de la CGT, il y a une crise de la société", a-t-il dit.

Jusqu'ici inconnu du public, bien qu'il dirige depuis six ans une des fédérations les plus importantes de la CGT, cet homme de taille moyenne à la moustache épaisse à la gauloise a livré du bout des lèvres quelques éléments biographiques.

Il a ainsi dit être né un 1er avril dans "l'ouest parisien", avoir 53 ans et avoir été embauché en tant que technicien en 1982 dans le groupe automobile Renault, aux effectifs duquel il appartient toujours officiellement.

Il a travaillé à l'usine de Boulogne-Billancourt, fermée depuis lors, et dit avoir vécu comme un temps particulièrement fort, quand il était délégué central de la CGT chez Renault, la lutte des ouvriers du constructeur français contre la fermeture de l'usine de Vilvoorde, en Belgique, en 1997.

(édité par Jean-Stéphane Brosse)

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