Le succès de Nikolic crée l'incertitude en Serbie et en Europe

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Le succès de Nikolic crée l'incertitude en Serbie et en Europe
Le succès de Nikolic crée l'incertitude en Serbie et en Europe

par Aleksandar Vasovic

BELGRADE (Reuters) - La victoire de Tomislav Nikolic à l'élection présidentielle a ouvert une période d'incertitude politique en Serbie, où la formation d'un gouvernement risque d'être compliquée, et dans l'ensemble des Balkans, où son nom est associé à la désintégration sanglante de l'ex-Yougoslavie.

Après deux essais infructueux, Tomislav Nikolic est parvenu dimanche à vaincre dans les urnes le président sortant, Boris Tadic, lors d'un scrutin serré mais marqué par une faible participation. Il a mis fin aux près de 12 années de pouvoir des réformistes ayant renversé Slobodan Milosevic en 2000.

Issu de la mouvance ultranationaliste, ancien fidèle de Vojislav Seselj, qui est jugé à La Haye pour crimes de guerre, le nouveau président dit s'être converti aux principes de l'Union européenne, qui a accordé en mars à la Serbie le statut de candidat à l'adhésion.

Dans son premier discours après sa victoire, Tomislav Nikolic a tenté de donner des gages aux dirigeants européens en assurant que le scrutin n'était pas un référendum sur l'UE.

"La Serbie ne déviera pas du chemin de l'Europe", a-t-il déclaré, en exprimant la volonté de s'entretenir en premier lieu avec la chancelière allemande Angela Merkel, qualifiée de "principale alliée (de la Serbie) au sein de l'UE".

Sur Twitter, le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, a exprimé le scepticisme des Européens face à l'évolution de Tomislav Nikolic : "La Serbie sous Nikolic doit créer la confiance au sujet de sa volonté de progresser vers l'Europe et les partenariats dans la région."

"PLUS COMPLIQUÉ MAINTENANT"

Vaincu par 50,2% des voix contre 46,8%, Boris Tadic paie à la fois le prix d'un ralentissement économique qui a propulsé le taux de chômage à 24% mais aussi le développement, ressenti par de nombreux Serbes, d'une forme d'élitisme dans son exercice du pouvoir.

Le Parti progressiste serbe (SNS) de Tomislav Nikolic est aussi arrivé en tête aux élections législatives du 6 mai mais le Parti démocratique (DS) de Boris Tadic s'emploie à reconduire le gouvernement de coalition formé avec le Parti socialiste, arrivé troisième.

Chef de file des socialistes, Ivica Dacic a assuré dimanche que l'accord de coalition tiendrait quel que soit le résultat de la présidentielle. Les négociations ne sont toutefois pas encore entrées dans le vif du sujet.

"Il est évident que tout va être plus compliqué maintenant", a dit Ivica Dacic, ancien porte-parole de Slobodan Milosevic, cité par le quotidien Blic.

En tant que chef de l'Etat, Tomislav Nikolic peut donner au parti arrivé en tête, le sien, le mandat de former le prochain gouvernement. Ses chances d'y parvenir sont toutefois minces et un gouvernement formé par les démocrates et les socialistes l'obligerait à une cohabitation susceptible de ralentir l'adoption de réformes réclamées par l'Union européenne.

"Désormais, le marchandage commence et il est peu probable que le nouveau gouvernement soit formé avant juillet ou août", prédit Vladimir Todoric, du cercle de réflexion New Policy Center.

INQUIÉTUDE AU KOSOVO

Vladimir Gligorov, de l'Institute for International Economic Studies, basé à Vienne, est pessimiste : "Aucune coalition ni aucun parti n'a reçu de mandat clair pour diriger le pays. Les démocrates et les socialistes vont pouvoir former un gouvernement mais un gouvernement qui ne devrait pas tenir longtemps."

Pour accéder à l'Union européenne, le futur gouvernement va devoir réformer le système judiciaire, renforcer la lutte contre le crime et la corruption et coopérer avec le Kosovo, ancienne province de Serbie ayant proclamé son indépendance en 2008.

Comme Boris Tadic et la plupart des autres responsables politiques, Tomislav Nikolic affirme qu'il ne reconnaîtra jamais le Kosovo comme un Etat souverain. L'UE s'attend toutefois à ce que Belgrade relâche son contrôle sur les régions du nord du Kosovo majoritairement peuplées de Serbes et améliore ses relations avec Pristina.

Tomislav Nikolic faisait partie du gouvernement lorsque, sous la présidence de Slobodan Milosevic, les forces serbes ont expulsé en 1999 près d'un million d'Albanais de souche du Kosovo.

"Nous sommes préoccupés par le fait que Nikolic n'ait jamais renié son rôle dans l'organisation et la mobilisation des forces engagées dans des crimes de guerre en Bosnie, en Croatie et au Kosovo", a déclaré à Reuters le vice-ministre kosovar des Affaires étrangères, Petrit Selimi.

La réaction à la victoire de Nikolic est plus mesurée en Croatie, même si le quotidien Jutarnji List évoque en "une" un "séisme politique en Serbie".

"Le peuple serbe a choisi et nous respectons sa volonté. Sur l'échiquier politique européen, il s'agit d'une option politique qui est moins proche de la nôtre mais ce n'est pas une raison pour ne pas coopérer", a déclaré le Premier ministre croate, Zoran Milanovic, à l'antenne de la radio publique.

Avec Matt Robinson à Belgrade, Fatos Bytyci à Pristina, Daria Sito-Sucic à Sarajevo, Bertrand Boucey pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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