Le Stück, la nouvelle monnaie locale alsacienne, espère relancer le commerce local

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Une nouvelle monnaie locale venue d'Alsace rejoint la trentaine initiatives similaires. Fermement opposée à la spéculation, elle aura des conditions d'utilisation pour le moins drastiques.

Ce n'est pas une première en France, mais l'initiative est audacieuse pour être signalée: depuis le début du mois d'octobre, l'agglomération strasbourgeoise a une nouvelle «monnaie». Outre l'euro, les habitants pourront régler leurs achats en «Stück», dans une cinquantaine de commerces, pour commencer.

Projet alternatif

Le Stück (qui signifie «morceau» en langue alsacienne) est la dernière-née des «monnaies locales complémentaires», qui ont été reconnues comme moyen de paiement à part entière par l'article 16 de loi ESS en 2014. Mise au point par l'association «Le Stück», cette nouvelle monnaie, composée uniquement de billets et ayant une parité de un pour un avec l'euro (avec 2% de frais de change, qui seront placés à la NEF et au Crédit municipal pour financer des projets locaux), a pour objectif de «favoriser les échanges locaux» selon les termes de l'association. Il faut obligatoirement être membre pour pouvoir détenir et payer en Stücks, conformément aux obligations imposées par la loi. Concrètement, un paiement en Stücks ne pourra pas générer de remise de monnaie en euros, l'inverse étant possible. Les billets de cette monnaie respectent en outre les conditions de sécurité imposées par la Banque de France, à savoir un système de code à bulles dans le coin inférieur gauche, sur un papier filigrané, en principe complexe à reproduire pour ceux qui voudraient se lancer dans le faux-monnayage de Stücks.

Entre l'obligation d'être membre de l'association et le faible nombre de commerçants pouvant recevoir des stücks, cette monnaie locale complémentaire a d'abord un objectif militant assumé. «Nous souhaitons favoriser les circuits courts, mais nous voulons aussi mettre au point une monnaie qui remplirait des fonctions, des objectifs dont l'euro s'est détourné», explique au Figaro Frédéric Duffrene, l'un des concepteurs du projet, pour qui le Stück sera «une monnaie d'échange et en aucun cas une monnaie spéculative».

La hantise de la spéculation

Et pour être certain que les détenteurs de Stücks ne prennent pas l'idée de stocker leurs billets pour ensuite en attendre une quelconque appréciation, l'association a opté pour une mesure radicale: tous les neuf mois la valeur des Stücks sera dépréciée de 2%. Et le système pour contrôler la valeur est assez complexe: sur chaque billet, ayant chacun une date de mise en service apparente, figurent cinq petits cercles (voir photo) nécessitant l'apposition d'une vignette «réactualisant» le billet, à acheter tous les neuf mois auprès de l'association, au prix de 2% du billet donc. Les billets non réactualisés ne seront plus utilisables. Tout est donc fait pour la monnaie circule au maximum et ne soit pas thésaurisée. «Nous sommes encore dans une phase d'expérimentation, nous ne nous interdisons pas de changer d'orientation sur cette question» explique Frédéric Duffrene qui reconnaît que «le choix de ce système a été assez difficile à prendre au sein de l'association».

Le Stück, qui espère suivre les pas de certaines initiatives s'étant inscrites dans la durée comme le Sol-violette à Toulouse, ambitionne d'être en circulation dans un rayon de 50 kilomètres autour de l'agglomération strasbourgeoise, mais pas au-delà, pour respecter l'objectif de «consommer local» du projet. En ligne de mire: l'Allemagne où l'initiative essaie de prendre des contacts pour faire du Stück une monnaie à la fois locale et internationale. Dans l'attente, le Stück espère surtout étendre son réseau de commerces partenaires dans la ville de Strasbourg et les communes environnantes. Et il ne suffit pas uniquement pour ces derniers de vouloir rentrer dans le réseau des Stücks pour en faire partie, c'est dans un véritable processus de candidature qu'il faut se lancer pour avoir un jour les billets aux couleurs vives dans sa caisse. «Nous avons un comité d'agrément qui juge si la démarche du magasin est compatible avec nos valeurs axées sur le local, l'environnemental et le social. Nous proposons également à nos membres des objectifs à atteindre pour s'améliorer dans ces domaines. Dans l'absolu, nous ne sommes fermés à personne, mais il est clair qu'un magasin de grande distribution d'une enseigne nationale aura plus de mal à nous rejoindre», explique Frédéric Duffrene.

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