Le sport sur ordonnance, un succès qu'il reste à transformer

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LE SPORT SUR ORDONNANCE, UN SUCCÈS ENCORE À TRANSFORMER
LE SPORT SUR ORDONNANCE, UN SUCCÈS ENCORE À TRANSFORMER

par Gilbert Reilhac

STRASBOURG (Reuters) - Le "sport sur ordonnance" connaît un vrai succès à Strasbourg, une des premières villes en France à l'avoir expérimenté, mais les patients peinent à maintenir par eux-mêmes l'hygiène de vie retrouvée, selon deux études universitaires.

En un an, les médecins généralistes strasbourgeois ont établi 800 prescriptions pour des personnes souffrant des maladies chroniques liées à la sédentarité telles que l'obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires ou certains cancers stabilisés.

Le dispositif n'a toutefois réellement concerné que 360 personnes. Trois-cents patients n'ont en effet pas donné suite.

Sur les 500 restant, qui ont rencontré un éducateur sportif de la ville pour se voir proposer un programme d'activités adaptées, 28% (environ 140) n'ont pas poursuivi ou n'ont pas augmenté leur volume d'activités physiques.

Les participants étaient âgés de 49 ans en moyenne et, étaient pour les trois quarts d'entre eux, des femmes.

Ceux qui ont bénéficié de ces programmes d'activités gratuites ont enregistré "une amélioration statistiquement significative de leurs scores de qualité de vie et d'activité physique", montre une première évaluation réalisée dans le cadre de deux thèses de médecine au sein des Hôpitaux universitaires de Strasbourg.

L'étude portait sur un échantillon de 65 personnes observées à six mois d'intervalle.

La perte de poids obtenue par des activités allant de la marche nordique à la bicyclette, en passant par le tai-chi, l'aquagym et la natation, est en moyenne de deux kilos, ce qui, "en six mois, est tout à fait étonnant", estime le professeur Jehan Lecocq qui a mené l'évaluation.

La proportion d'obèses - la grande majorité des patients - est passée de 73,5% à 62,5%. Sur huit diabétiques, sept ont amélioré leur bilan sanguin, un l'a aggravé.

RÉSULTATS RELATIVISÉS

Ces bons résultats sont confirmés mais aussi relativisés par une seconde étude, portant sur le sport sur ordonnance lui-même et menée par un laboratoire de sciences sociales de l'université de Strasbourg.

Ses auteurs, William Gasparini et Sandrine Knobé, ont travaillé sur une base de 158 patients au sein de laquelle ils se sont entretenus avec 33 personnes dont 25 ont pu être de nouveau interrogées trois mois plus tard, les autres ayant quitté le dispositif.

Ils expliquent la motivation des participants, dont la plupart ont sollicité eux-mêmes la prescription, par les effets conjugués de la gratuité et d'une pratique collective encadrée avec des alter ego atteints des mêmes maux.

Ils soulignent que ces patients sont majoritairement de milieu populaire, "très éloignés de la culture sportive" et souvent désocialisés du fait de leur pathologie, notamment quand il s'agit d'obésité.

"La poursuite des activités physiques et/ou sportives n'est pourtant pas évidente puisqu'au moment de la deuxième vague d'entretiens, seule vingt des vingt-cinq personnes interrogées pratiquent encore régulièrement", écrivent-ils dans leurs conclusions.

L'accompagnement semble un élément clé de la motivation et "une très grande majorité des bénéficiaires déclare préférer pratiquer dans le cadre de ce dispositif plutôt que dans un club standard."

L'opération Sport-santé sur ordonnance a été reconduite. Son budget, financé par la ville, la caisse du Régime local d'assurance maladie, l'Agence régionale de santé et plusieurs partenaires associatifs, a été porté de 160.000 à 200.000 euros.

Edité par Marine Pennetier

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