Le « sport power », l'autre enjeu de City-PSG

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Manchester City et le PSG ont en commun d’avoir bénéficié de l’afflux d’investissements étrangers pour (re)devenir crédibles sur la scène européenne. Un enjeu économique, mais surtout diplomatique, pour les Emirats Arabes Unis et le Qatar.

Il ne sera pas question que de sport mardi à l’Etihad Stadium. Le quart de finale retour de Ligue des Champions entre Manchester City et le PSG (20h45) recèle de bien d’autres enjeux, qui dépassent le simple cadre du résultat pour les deux clubs. Ces derniers ont connu des heures de gloire au XXeme siècle, dans un passé plus ou moins récent, avant de prendre une autre dimension avec des investissements venus du Golfe, des Emirats Arabes Unis pour les Citizens et du Qatar pour les Parisiens. Cet afflux massif de capitaux avait un objectif clair pour les nouveaux venus : placer les deux Etats sur la carte du monde. Une ambition autrement appelée « sport power », dénomination adaptée du « soft power », concept utilisé depuis une vingtaine d’années en relations internationales. « Les deux pays ont le même objectif d’exister sur la scène internationale à travers le sport, et le football en particulier, compte tenu de ce que ça peut générer, nous explique Sébastien Abis, chercheur associés à l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques). Ça vaut pour leur visibilité et la diversification de leurs revenus. » L’aspect économique s’impose de lui-même au moment d’évoquer ces deux clubs.

« C’est la marque Paris qui intéresse le Qatar »

D’autant que les investissements venus de loin ont bouleversé leur train de vie et donné aux nouveaux propriétaires une aura quasi providentielle. « City et le PSG n’avaient pas la capacité, sans ses investissements venus du Golfe, d’exister dans le cercle très fermé des grands clubs européens, souligne Sébastien Abis. Ils n’étaient pas sur le devant de la scène il y a encore une dizaine d’années. » Il était ainsi plus facile pour les Emiratis ou les Qataris de faire accepter leur arrivée. Ce n’est pas un hasard s’ils ont jeté leur dévolu sur deux clubs qui n’avançaient plus quand ils sont arrivés. Manchester City et le PSG présentaient tous les avantages : une entité solide dans une ville à forte culture football, une base de supporters importante à travers le pays et une armoire à trophées à dépoussiérer. Avec un petit plus pour le club de la Capitale. « C’est la marque Paris qui intéresse le Qatar, ce n’est pas le PSG. Quand ils ont acheté Ibrahimovic en 2012, le fait de le présenter avec la Tour Eiffel derrière était mûrement réfléchi. Quand ils ont voulu célébrer le premier titre de champion de France au Trocadéro malgré des consignes de sécurité défavorables, c’était parce qu’il y avait la Tour Eiffel derrière. C’est ça qui comptait. »

Le Qatar voit plus loin que le PSG

Parce que dans le cas du PSG, il faut voir plus loin. Beaucoup plus loin. « Il y a une dimension plus stratégique, rappelle Sébastien Abis. L’investissement émirati à City est lié à certaines familles alors que le PSG était un projet du Qatar et de l’émir en premier lieu, s’inscrivant dans un mouvement plus global dans le sport par ailleurs. Le Qatar a été hyperactif par-delà du simple cas du PSG, ce qui n’a pas été le cas avec City. C’était beaucoup plus ambitieux de la part des Qataris. » Obtention de l’organisation de la Coupe du Monde 2022, finale du Mondial de handball à domicile avec une équipe construite à coups de millions et de naturalisations, intérêt pour racheter la Formule 1 et accueillir un Grand Prix en 2017 : ils ont bien choisi la formule offensive. Quitte à égratigner leur image au passage et se faire une bonne flopée d’ennemis.

« Les projets du PSG et de City fonctionnent »

Pour compenser les critiques qui vont avec les investissements, les résultats prennent une importance prépondérante pour faire de cette entreprise de « soft power » une réussite à long terme. « L’absence de résultats sportifs décrédibiliserait le projet économique et stratégique des deux clubs, estime Sébastien Abis. City en a besoin à plus forte raison qu’il y a une critique de la perversion du côté populaire du football en Angleterre. On la retrouve aussi à Paris, avec les supporters traditionnels qui ne sont plus les bienvenus par exemple. Tout ça s’équilibre si les résultats sportifs justifient le lissage de l’image des clubs et l’assainissement de l’environnement dans les stades ou autour, tout en ayant un meilleur spectacle. Pour ces deux clubs, ça va plutôt bien pour le moment. L’image s’est redorée, ils ont gagné en popularité dans un temps très court. Les projets fonctionnent. » Mais leur affrontement implique que l’un des deux vivra une énième désillusion sur la scène européenne. « Le club éliminé en pâtira forcément, il y aura des critiques très fortes. »

La garantie Guardiola

Une éventualité que Manchester City a déjà anticipée en recrutant Pep Guardiola comme manager pour la saison prochaine. Quel que soit le résultat de mardi, le club vivra avec l’espoir de lendemains meilleurs. « Ce n’est pas pour rien qu’on connaît déjà le nom du successeur de Manuel Pellegrini et qu’on prend l’un des meilleurs du monde », souffle Sébastien Abis. Et c’est ainsi que malgré la prolongation de contrat de Laurent Blanc jusqu’en 2018, actée depuis début février, l’avenir du technicien cévenol pourrait bien être remis en cause en cas de mauvaise surprise. « Rien ne garantit qu’il n’y ait pas des décisions drastiques à Paris en cas d’élimination mardi. La volonté des Qataris d’un retour sur investissement rapide va se faire sentir. Si Paris ne gagnait pas la Ligue des Champions au cours de cette décennie, d’ici 2020, ce sera considéré comme un échec. » Un échec sportif mais aussi un échec diplomatique. C’est dire si du parcours européen du PSG découlera des conséquences encore impossibles à évaluer aujourd’hui. Et elles ne concerneront pas seulement le terrain.
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