Le spectre de l'élection de 2000 plane sur la présidentielle US

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LE SPECTRE DE L'ÉLECTION DE 2000 PLANE SUR LA PRÉSIDENTIELLE AMÉRICAINE
LE SPECTRE DE L'ÉLECTION DE 2000 PLANE SUR LA PRÉSIDENTIELLE AMÉRICAINE

par Patricia Zengerle

WASHINGTON (Reuters) - A dix-huit jours de la présidentielle aux Etats-Unis, la campagne est si indécise qu'on se met à évoquer la possibilité d'une issue chaotique comparable à l'élection de George Bush en 2000, voire d'un cas de figure inédit qui verrait le républicain Mitt Romney élu à la présidence et le démocrate Joe Biden reconduit dans ses fonctions de vice-président.

Dans le système électoral américain, le président n'est pas élu au suffrage universel direct, mais par un collège électoral de 538 grands électeurs désignés Etat par Etat.

Le nombre de grands électeurs de chaque Etat dépend en partie de son poids démographique, mais chacun étant assuré de désigner au moins trois grands électeurs, la répartition n'est pas totalement proportionnelle, ce qui induit un risque de décalage entre le vote populaire et la composition du collège électoral (1).

En 2000, le démocrate Al Gore avait remporté le scrutin populaire, avec un demi-million de voix d'avance sur George Bush au niveau national. Mais en perdant la Floride sur un arrêt de la Cour suprême, qui avait refusé un nouveau décompte des voix, il avait été défait.

Au vu des sondages sur les intentions de vote dans les "Swing States", ces Etats pivots où l'électorat oscille d'un scrutin à l'autre entre vote républicain et vote démocrate, il est possible cette année encore que le scrutin se joue dans un seul Etat, en Floride à nouveau ou dans l'Ohio par exemple.

Il existe même une possibilité, quasi théorique cependant, que Barack Obama et Mitt Romney soient à égalité parfaite, avec 269 grands électeurs chacun (2).

Dans ce cas, le vainqueur serait désigné par un vote à la Chambre des représentants, où les républicains devraient rester majoritaires après les élections du 6 novembre. Romney serait donc élu à la présidence. Mais son vice-président serait désigné lui par le Sénat, où les démocrates sont majoritaires. S'ils le restent après les élections, Joe Biden l'emporterait sur Paul Ryan, le colistier du "ticket" républicain.

Si cette hypothèse arithmétique ne peut être définitivement écartée, elle est nettement moins probable qu'un dénouement à la Bush-Gore.

"Au final, la probabilité de voir le vote populaire et le vote au collège électoral aller dans la même direction est toujours privilégiée, mais la probabilité d'une scission comme en 2000 est très réelle, de même que la possibilité d'ambiguïté ou de litiges sur le décompte des voix qui mettraient de nouveau en question l'issue du scrutin", écrit Charlie Cook, du Cook Political Report, dans une tribune publiée par le National Journal.

DES AVOCATS MOBILISÉS DANS CHAQUE CAMP

Il y a douze ans, la bataille juridique engagée en Floride par les deux camps avait duré jusqu'à la mi-décembre, lorsque la Cour suprême des Etats-Unis avait stoppé les nouveaux décomptes des suffrages exprimés dans le "Sunshine State" et consacré la victoire de George Bush.

L'âpreté du conflit a laissé des traces profondes dans la classe politique américaine et contribué à une crispation partisane entre républicains et démocrates au niveau fédéral comme au niveau des Etats.

Si la présidentielle 2012 suit un chemin identique, la paralysie politique aurait sans doute des répercussions sur le climat économique aux Etats-Unis, où se profile, à défaut d'accord entre le Congrès et la Maison blanche sur le budget fédéral, le "mur budgétaire", soit des coupes mécaniques dans les dépenses de l'Etat et des augmentations tout aussi mécaniques des charges à hauteur de 600 milliards de dollars.

Les équipes de campagne d'Obama et de Romney ont recruté des avocats pour se préparer à tout litige post-électoral dans un contexte déjà passablement tendu de contestation des règles électorales dans une dizaine d'Etats.

Quant à une "cohabitation" entre un président et un vice-président, on n'en trouve qu'un exemple dans l'histoire des Etats-Unis.

C'était en 1796. John Adams, candidat fédéraliste, était arrivé en tête et avait été désigné président. Arrivé second, le "républicain-démocrate" Thomas Jefferson avait accédé à la vice-présidence et consacré son mandat à critiquer les politiques de John Adams.

Leur duel avait abouti au Douzième Amendement à la Constitution, qui a fixé les procédures électorales à partir de 1804 et créé le "ticket" formé par un candidat à la présidence et un candidat à la vice-présidence appartenant au même camp.

Depuis 207 ans, ce mécanisme a évité que l'administration fédérale ne soit divisée. On saura début novembre s'il fonctionne toujours.

(1) Le Montana, le Wyoming, les deux Dakota, l'Alaska, le Delaware, le Vermont et le district de Columbia-Washington envoient chacun trois grands électeurs, la Californie 55. La Floride désigne elle 29 grands électeurs, l'Ohio 18.

Rapporté à la population, cela signifie que dans le Wyoming (568.000 habitants), on compte un grand électeur pour 189.000 habitants. En Californie (38 millions d'habitants), le ratio est d'un grand électeur pour 685.000 habitants.

(2) Une projection du New York Times, parmi d'autres, parvient à ce résultat en tablant notamment sur une victoire de Romney en Floride, dans l'Ohio et la Caroline du Nord tandis qu'Obama l'emporterait dans les Etats-pivots du Wisconsin, du Colorado et de Virginie.

Henri-Pierre André pour le service français

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  • M8444634 le samedi 20 oct 2012 à 12:27

    En fait, ça n'a aucune importance. C'est une pantalonnade pour donner aux foules l'impression qu'elle choisissent leurs dirigeants. Aux USA, comme en France, le véritable pouvoir est détenu par d'autres personnes que celles qui s'agitent sur la scène, qui tirent les fils des marionnettes Obama, Romney, Hollande, Merkel. Et que personne n'a élues. Le quatrième pouvoir, c'est l'essence même de la démocratie.