Le sommet sur le budget de l'UE retardé d'heure en heure

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LE SOMMET SUR LE BUDGET EUROPÉEN RETARDÉ PLUS DE CINQ HEURES
LE SOMMET SUR LE BUDGET EUROPÉEN RETARDÉ PLUS DE CINQ HEURES

par Julien Ponthus et Emmanuel Jarry

BRUXELLES (Reuters) - Les dirigeants de l'Union européenne ont multiplié jeudi à Bruxelles les rencontres informelles pour tenter d'aplanir leurs divergences sur le budget de l'UE pour 2014-2020, avant le début d'un sommet retardé de plus de cinq heures.

Selon des diplomates, un accord semble à portée de main mais le président du Conseil européen paraît rencontrer des difficultés pour présenter un texte qui fasse consensus.

"Herman Van Rompuy est en train de mettre la dernière touche à sa proposition", a-t-on déclaré à Reuters dans son entourage.

Retardé d'heure en heure, le sommet proprement dit ne devait commencer qu'à 20h30 (19h30 GM) au lieu de 15h00.

L'ancien Premier ministre belge a multiplié les contacts avec les différentes délégations, tandis que François Hollande et David Cameron, qui ont montré leurs muscles dès leur arrivée, ont eu de leur côté des entretiens avec certains de leurs homologues, de même qu'Angela Merkel, qui se pose en arbitre.

Le président français et le Premier ministre britannique défendent des positions antagonistes - un budget de soutien à la croissance pour l'un, des coupes supplémentaires pour l'autre.

"S'il y en a qui ne sont pas raisonnables, eh bien je ferai en sorte de les raisonner mais jusqu'à un certain point", a dit François Hollande. "Si l'Europe devait, pour chercher un compromis à toute force, abandonner ses politiques communes, oublier l'agriculture et ignorer la croissance, je ne serai pas d'accord."

David Cameron a répliqué que les propositions de budget sur la table étaient encore trop élevées. "Elles doivent baisser, sinon il n'y aura pas d'accord", a-t-il lancé.

La chancelière allemande, Angela Merkel, dont la France et le Royaume-Uni revendiquent le soutien, a endossé pour sa part le costume d'arbitre en réaffirmant qu'un compromis était "souhaitable", tout en jugeant les positions "encore éloignées".

UNE ENVELOPPE DE MOINS DE 960 MILLIARDS D'EUROS

François Hollande a eu des entretiens avec les chefs des gouvernements italien, espagnol, polonais et belge, défenseurs comme lui des politiques agricole et de cohésion communes, les deux plus gros chapitres du budget européen.

Il avait eu un entretien mercredi soir avec Angela Merkel en marge du match amical de football France-Allemagne.

David Cameron a pour sa part eu un entretien avec la chancelière allemande en compagnie de Herman Van Rompuy et du président de la Commission européenne, Manuel José Barroso.

L'enveloppe globale du budget pour 2014-2020 a été revue plusieurs fois à la baisse, sous la pression du Royaume-Uni, de l'Allemagne et de plusieurs autres pays du Nord de l'Europe.

Selon des sources européennes, Herman Van Rompuy propose un peu moins de 960 milliards d'euros de crédits d'engagement, hors Fonds européen de développement et instruments hors budget.

Les Britanniques pourraient être tentés de pousser leur avantage si le rapport de force tourne en leur faveur, bien qu'ils aient déjà obtenu beaucoup, disent ces sources, selon lesquelles Herman Van Rompuy et Angela Merkel sont prêts à faire de nouvelles concessions à David Cameron pour boucler un accord.

Selon une source proche de François Hollande, la France serait aussi prête à accepter quelques milliards d'euros de réduction en plus si c'est le prix à payer.

Elle est cependant soucieuse de ne pas laisser le Royaume-Uni paraître sortir vainqueur de ce bras de fer, ce qui serait aux yeux de Paris une prime au chantage et un précédent politiquement dangereux, dit-on de source européenne.

CRÉDITS DE PAIEMENT

Angela Merkel a quant à elle un intérêt objectif à un compromis : sans accord, le budget annuel actuel sera reconduit et, hormis le Royaume-Uni, tous les pays bénéficiant d'un rabais sur leur contribution au budget de l'UE, le perdront.

Pour parvenir à un consensus, les Vingt-Sept pourraient jouer sur la différence entre crédits d'engagement et crédits de paiement, ce que l'UE prévoit de débourser effectivement.

Selon des sources européennes, Herman Van Rompuy proposerait de ramener les crédits de paiement à une fourchette allant de 902 à 912 milliards d'euros au lieu de 940 à 950 milliards proposés en novembre, contre 942,8 milliards entre 2007 à 2013.

Le président du Conseil estimait initialement qu'une nuit de négociation suffirait. Mais des diplomates pensent maintenant que les discussions pourraient se prolonger pendant le week-end.

Le Parlement européen pourrait jouer les trublions en cas d'accord. Il a prévenu qu'il opposerait son veto à des coupes trop draconiennes, ce qui ouvrirait une crise et une nouvelle période de tractations laborieuses.

Les députés européens, qui ont dans le passé souvent brandi cette menace sans la mettre à exécution, évoquent cette fois la possibilité d'un vote à bulletin secret pour s'affranchir de la pression de leurs gouvernements ou de leurs groupes politiques.

Edité par Yves Clarisse

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