Le solaire face à la baisse du crédit d'impôt

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Les commandes plongent mais tous les professionnels ne se plaignent pas, car la mesure va assainir le marché.

Une «réduction brutale du crédit d'impôt». C'est en ces termes qu'Enerplan, l'association professionnelle de l'énergie solaire qui représente 250 entreprises, a dénoncé le passage de 50 % à 25 % du crédit d'impôt accordé aux particuliers pour l'installation de panneaux photovoltaïques.

Davantage que son entrée en vigueur du jour au lendemain, le 29 septembre dernier, c'est l'annonce même de la baisse de l'aide fiscale qui a un impact sur les professionnels du solaire, estime le délégué général d'Enerplan : « Le marché s'est complètement arrêté. Certains de nos adhérents qui vendaient plusieurs dizaines de kits photovoltaïques par semaine sont passés à un par semaine, déplore Richard Loyen. Il y a une vraie perte de confiance du consommateur dans la parole du professionnel, qui ne sait plus si le crédit d'impôt est provisoire, ou si les tarifs de rachat du courant risquent de baisser.» Le tarif de 58 centimes du kilowattheure auquel EDF doit acheter le courant a été maintenu pour le particulier, mais les tarifs consentis pour le «photovoltaïque collectif» (entreprises, hangars, immeubles) ont baissé en septembre. Résultat, pour ce créneau, «il n'y a plus de projets», assène Richard Loyen. Selon lui, les banques hésitent à financer des installations en raison de l'incertitude sur les règles du jeu.

« Compenser la crise »

«Des programmes ont été annulés», confirme Christophe Jean, cogérant de Kaora, un modeste bureau d'études de trois salariés à Avignon. Par ailleurs, des projets de toiture solaire supérieure à 250 kilowatts crête (kWc) soit environ 2000 mètres carrés ont été revus à la baisse pour passer dans la catégorie particulier, éligible au meilleur tarif de rachat, constate l'entrepreneur avignonnais. Chez Roland Gard, une entreprise d'électricité générale de Valence qui s'est lancé il y a deux ans dans le photovoltaïque «pour compenser la crise», les demandes de devis ont chuté.

Pour autant, les professionnels ne sont pas hostiles par principe à la baisse du crédit d'impôt. C'est le cas de Damien Tessier, responsable commercial chez Enercos, jeune société de vingt salariés basée en Ardèche, exclusivement spécialisée dans le photovoltaïque. «C'est la manière d'apprendre la mesure fiscale, par les médias, sans concertation», qui l'a choqué. «La filière s'est développée beaucoup plus vite que prévu, constate le commercial, et les prix ont baissé. » Indépendamment de toute aide fiscale, une installation qui coûtait au particulier 25 000 ¤ il y a trois ans revient désormais à 16 000 ¤. Les industriels fournisseurs de panneaux solaires ont réduit leurs prix, en particulier à la suite de la baisse du tarif d'achat de l'électricité solaire en Allemagne, qui a fait craindre aux usines allemandes une surcapacité.

Avec 25 % de crédit d'impôt et un plafond de dépenses resté inchangé, de 16.000 ¤ pour un couple, «le particulier amortit son investissement en huit ans». Au final, compte tenu de la baisse des coûts, un crédit d'impôt de 25 % en 2010 est plus intéressant qu'un crédit d'impôt de 50 % il y a deux ans. Richard Loyen confirme que les professionnels français baisseront encore leurs prix en 2011.

Le gros coup de rabot sur le crédit d'impôt aura en outre pour vertu d'écarter du marché les «démarcheurs à domicile» et autres «gens moins sérieux» qui se sont engouffrés dans la «bulle photovoltaïque», pointe l'Ardéchois Tessier, pas inquiet pour son entreprise qui fait rentrer régulièrement de nouveaux chantiers. La filière solaire emploie, selon le recensement du Syndicat des énergies renouvelables (SER) près de 25.000 personnes en France, dont 8.000 dans l'industrie et environ 15.000 pour l'installation. André Antolini, président du SER, et partisan d'une sortie progressive des aides de l'État, convient volontiers que «le soutien public à la filière est coûteux» et qu'à terme «une industrie ne vit pas convenablement de subventions» .

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