Le silence de Berlin sur les peintures saisies pointé du doigt

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LE SILENCE DE BERLIN SUR LA DÉCOUVERTE DE PEINTURES SAISIES PAR LES NAZIS POINTÉ DU DOIGT
LE SILENCE DE BERLIN SUR LA DÉCOUVERTE DE PEINTURES SAISIES PAR LES NAZIS POINTÉ DU DOIGT

par Alexandra Hudson

BERLIN (Reuters) - Une organisation juive a condamné le silence des autorités allemandes et leur "complicité morale" dans la dissimulation de peintures volées, après qu'il a été révélé que pendant deux ans, elles n'ont pas signalé la découverte d'un vaste lot d'oeuvres saisies par le régime nazi, parmi lesquelles des Picasso et des Matisse.

La découverte en 2011 de 1.500 oeuvres d'art par les douanes allemandes dans un appartement de Munich appartenant au fils aîné d'un marchand d'art du IIIe Reich a été révélée par le magazine allemand Focus au cours du week-end.

Les autorités du Land de Bavière n'ont fait pour l'heure aucune déclaration sur ce qui a tout l'air d'être l'une des plus importantes découvertes d'oeuvres saisies par les nazis. Elles ont programmé une conférence de presse pour mardi.

Le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, a confirmé quant à lui la découverte et indiqué que des experts s'employaient à établir la provenance des oeuvres.

Focus écrit pour sa part que les oeuvres retrouvées au domicile de Cornelius Gurlitt pourraient avoir une valeur totale dépassant le milliard d'euros. Certaines de ces oeuvres, selon le magazine, pourraient avoir été achetées par son père, Hildebrand, aux collections des musées nationaux allemands. D'autres ont été saisies chez des collectionneurs juifs sous le IIIe Reich.

"Cette affaire illustre l'ampleur du pillage organisé des oeuvres d'art qui a eu lieu dans des musées et dans des collections privées", estime Rüdiger Mahlo, de l'organisation Conférence sur les réclamations matérielles des Juifs contre l'Allemagne.

PERQUISITION

"Nous demandons à ce que les peintures soient rétrocédées à leurs propriétaires d'origine. Il ne faut pas, comme dans ce cas, que ce qui moralement équivaut à la dissimulation de biens dérobés continue".

Il s'élève contre le manque de transparence dans le traitement de l'affaire et estime que ce cas est typique de l'attitude envers les oeuvres d'art volées, qui, dit-il, constituent pour certaines familles juives les derniers effets personnels de proches exterminés durant l'holocauste.

Selon Focus, Cornelius Gurlitt a vendu occasionnellement des oeuvres d'art et dispose d'un compte bancaire crédité d'un demi-million d'euros. Il a attiré les soupçons des autorités fin 2010 après avoir été surpris en train de se rendre de Zurich à Munich en possession d'une importante somme en liquide.

Une perquisition à son domicile avait alors débouché sur la découverte des oeuvres d'art.

Le ministre de la propagande du IIIe Reich, Joseph Goebbels, avait chargé Hildebrand Gurlitt de vendre à l'étranger les oeuvres d'"art dégénéré" saisies, afin d'enrichir l'Etat allemand. Gurlitt avait vendu certaines de ces oeuvres pour son propre profit et avait indépendamment acheté des oeuvres à des marchands d'art juifs contraints de vendre.

Après la guerre, il avait convaincu les Américains que, comme il avait une grand-mère juive, il avait été lui-même victime de persécutions. Il avait continué à travailler en tant que négociant d'art. Il est mort dans un accident de la route en 1956.

Eric Faye pour le service français

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  • murashig le lundi 4 nov 2013 à 21:24

    Le monde profiterait volontier d une grande exposition itinerante de ces possibles chefs d oeuvres oublies quitte a ce que le produit de celle ci soit destine a des reparations de prejudice?

  • murashig le lundi 4 nov 2013 à 21:23

    Il faut etre d une extreme prudence sur tout ce qui touche au monde de l art avec ce cote sacralise...Ayant beaucoup lu et converse avec des survivants de cette periode, il faut considere que les sommes de l epoque etaient relativement raisonnables pour des oeuvres contemporaines.Que ces sommes realisees ont permis malgres la notion de vil prix a beaucoup de survivre en financant leur exfiltration vers des pays plus accueillants.