Le Séléka peine à rétablir l'ordre à Bangui

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LE SÉLÉKA PEINE À RÉTABLIR L'ORDRE À BANGUI
LE SÉLÉKA PEINE À RÉTABLIR L'ORDRE À BANGUI

par Paul-Marin Ngoupana et Ange Aboa

BANGUI (Reuters) - Pillards et hommes armés continuaient de sévir mardi dans les rues de Bangui où les rebelles du Séléka et les soldats de la force régionale de maintien de la paix tentaient de rétablir l'ordre deux jours après la chute du président François Bozizé.

Le chef des insurgés Michel Djotodia, qui s'est proclamé chef de l'Etat, a demandé lundi aux hommes de la Force multinationale d'Afrique centrale (Fomac) stationnés dans le pays de l'aider à ramener le calme dans la capitale.

Un officier de la mission, qui compte environ un millier de soldats originaires de cinq Etats de la région, a indiqué que la situation s'améliorait progressivement.

Des patrouilles sont organisées afin de limiter les pillages mais de nombreux habitants, privés de ravitaillement pendant le coup de force, affirment eux que la situation est désespérée.

Certains résidents, poussés par la faim, ont tenté de s'approvisionner sur des marchés mardi tandis que des coups de feu sporadiques retentissaient dans plusieurs endroits de la ville sur laquelle a été imposé un couvre-feu.

"Nous avons l'impression que la République centrafricaine est une nation oubliée", a commenté Yves Ganazohi qui vit dans le quartier de Miskin. "Nous appelons la communauté internationale à nous aider", a-t-il ajouté.

Les dirigeants de la Fomac tentent de convaincre les chefs du Séléka de retirer leurs combattants des rues et de les cantonner dans des bâtiments ou des casernes.

Certains s'inquiètent de voir ces groupes disparates de rebelles armés venus du nord du pays, dont beaucoup sont des enfants, circuler sans contrôle dans les rues de Bangui.

Le général Arda Ahkoma a pris la tête d'une unité de rebelles chargés de rétablir l'ordre. Selon lui, de nombreux civils ont pris les armes et certains se déguisent en combattants du Séléka afin de profiter du désordre ambiant.

"Dans une semaine, le pillage sera maîtrisé", a-t-il promis.

Le coup d'Etat issu d'une progression fulgurante des insurgés venus du Nord a été condamné par les Nations unies et l'Union africaine, cette dernière suspendant la participation de la RCA et décrétant des sanctions (interdiction de voyager et gel des avoirs) à l'encontre des responsables du Séléka.

Toutefois, les Etats-Unis, la France et le Tchad ont fait montre de pragmatisme en invitant les insurgés à respecter les accords de Libreville de janvier prévoyant la formation d'un gouvernement d'union.

Le Séléka a précisément justifié son coup de force par le non-respect, à ses yeux, de ces accords par le président François Bozizé. Ces accords stipulaient aussi l'intégration des anciens rebelles au sein de l'armée centrafricaine.

PÉRIODE DE TRANSITION

Le Cameroun a confirmé lundi que le chef de l'Etat déchu s'était réfugié sur son sol où il cherche un autre pays comme terre d'asile.

"Nous dirigerons le peuple centrafricain durant une période de transition de trois ans, conformément aux accords de Libreville", a affirmé le nouveau chef de l'Etat autoproclamé dans une déclaration enregistrée remise aux journalistes.

Cette déclaration n'a pas été diffusée sur les ondes de la radio nationale en raison des coupures d'électricité qui continuent de plonger une partie de la capitale dans le noir.

Michel Djotodia a précisé que le Premier ministre sortant, Nicolas Tiangaye, issu de l'opposition, resterait en fonction.

Lundi, le Conseil de sécurité de l'Onu a appelé toutes les parties à s'abstenir de toute violence à l'encontre des populations civiles, à rétablir la sécurité et l'ordre constitutionnel et à appliquer les accords conclus dans la capitale gabonaise.

Les Quinze du Conseil ont fait savoir qu'ils suivraient avec attention l'évolution de la situation en RCA et se tenaient prêts à envisager d'autres mesures le cas échéant.

A Bangui, quelque 600.000 habitants de la capitale étaient toujours privés mardi d'électricité et d'eau courante pour une troisième journée consécutive.

L'ONG Médecins sans Frontières a fait savoir que ses bureaux de Bangui et de province avaient été pillés. MSF exhorte par ailleurs toutes les parties à faire en sorte que la population puisse avoir accès à des soins médicaux.

La France, qui a refusé d'intervenir aux côtés de François Bozizé, a renforcé son contingent, passé à 550 hommes pour protéger ses ressortissants.

Paris a présenté lundi soir ses condoléances à l'Inde après le décès de ses deux ressortissants tués par erreur par les troupes françaises à l'aéroport de Bangui.

A Kampala, l'état-major a fait savoir mardi qu'il entendait maintenir en RCA les quelque 3.000 soldats ougandais déployés dans ce pays pour traquer Joseph Kony, le chef en fuite de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) qui errerait aux confins de la Centrafrique, du Soudan du Sud et de la RDC.

Le Séléka menace d'expulser toutes les forces étrangères présentes en RCA.

Avec Richard Valdmanis à Dakar, Michelle Nichols aux Nations unies et Elias Biryabarema à Kampala; Jean-Loup Fiévet et Pierre Sérisier pour le service français

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