Le secteur fluvial ne connaît pas la crise

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Le réseau des ports de plaisance se développe, les grands canaux et les quais de Seine à Paris vont être transformés, le projet du canal Seine-Nord Europe est lancé ?Ces projets nourrissent l'essor du tourisme et du fret fluvial en France.

Éloge de la lenteur et du tourisme vert, la navigation sur les fleuves attire de plus en plus. Le nombre de plaisanciers en eaux intérieures progresse et les offres de croisières fluviales et de péniches hôtels font recette. L'an passé, près de 7 millions de touristes ont emprunté des bateaux à passagers pour visiter Paris, soit un touriste sur quatre. Face à cet engouement, la capitale va commercialiser onze nouveaux points d'amarrage sur la Seine pour, notamment, «développer des activités de tourisme fluvial», précise Ports de Paris. Le projet s'inscrit dans le cadre de la piétonisation d'une partie des berges et surmonte, pour l'heure, les querelles politiques.

Parallèlement, la demande pour obtenir des places ou faire des escales dans les ports de plaisance ne cesse de croître, en particulier en Ile de France. Patrick Bovet, président de l'Association des ports de Plaisance d'Ile-de-France, Appif, recense près de 2000 places dans les ports de la capitale et de sa région, une capacité d'accueil devenue insuffisante. D'autant que les plaisanciers recherchent des places pour des bateaux de plus en plus grands, note le président de l'Appif, signe que les plaisanciers passent de plus en plus de temps à bord. Marc Papinutti, directeur général de Voies navigables de France (VNF), affirme que l'ensemble des infrastructures de la région Ile-de-France est passé au crible afin de «recréer et aménager de nouveaux lieux de stationnement. Un plan d'ensemble est sur les rails» confie le dirigeant.

La société Fayolle Plaisance qui exploite les ports de l'Arsenal, de La Villette dans la petite couronne et celui de Nogent-Sur-Marne en Val-de-Marne compte bien participer à ce développement. Jean-Paul Lefevre, directeur général de la filiale du groupe de BTP, mentionne notamment «la création d'un nouveau port de plaisance à l'Isle Adam, à 32 kilomètres de Paris». La filiale du groupe de BTP a déjà réalisé d'importants investissements dans les ports de l'Arsenal à Bastille qui compte aujourd'hui 170 anneaux et dans celui de Nogent-Sur-Marne où le nombre d'anneaux devraient passer de 120 aujourd'hui à 150 en fin d'année.

«Un renouveau du transport fluvial»

L'engouement actuel pour les voies d'eau s'explique notamment par la politique de grands travaux mise en place pour relancer le fret fluvial. Marc Papinutti évoque un «renouveau du transport fluvial», stimulé par le Grenelle de l'environnement et la volonté de développer des transports plus propres, les émissions de gaz à effet de serre sont en effet 2 à 4 fois moins importantes pour les marchandises transportées par les voies d'eau que par la route.

La création de l'Agence nationale des voies navigables, votée par le Parlement le 11 janvier dernier répond à cet objectif. Dès janvier 2013, les 400 agents de droit privé et les 4400 fonctionnaires affectés à l'entretien et au développement des voies navigables françaises seront regroupés. «Ce projet de loi marque la volonté du gouvernement de moderniser l'organisation du service public de la voie d'eau», ont déclaré conjointement Nathalie Kosciusko-Morizet et Thierry Mariani, respectivement ministres chargés de l'Écologie et des Transports. L'initiative vise à doubler la part du transport fluvial d'ici à 2020, avec 8% des marchandises transportées contre 4% aujourd'hui.

Et pour atteindre ces objectifs, VNF prévoit un investissement de 2,5 milliards d'euros entre 2010 et 2018 dont 840 millions d'euros sur la période 2010-2013. Sans compter, la création du canal Seine-Nord Europe évaluée à 4,2 milliards d'euros. Cet équipement de 106 kilomètres devrait permettre de relier le réseau fluvial de l'Europe du Nord à celui de la Seine pour des péniches à grand gabarit d'ici à 2017. Entre 13,3 et 15 millions de tonnes de marchandises seront transportées en 2020 sur ce nouveau canal, soit l'équivalent de 500.000 poids-lourds par an. Le trafic fluvial devrait ainsi poursuivre son ascension en France après une hausse de 9% en 2010 et de 40% sur l'ensemble des quinze dernières années.

Reprise du marché de la plaisance fluviale

Après la chute du marché en 2008, le segment des bateaux à moteur se reprend. Soutenu par un engouement pour la navigation sur les canaux en France et des prix nettement à la baisse après la crise de 2008, les ventes de bateaux adaptés aux fleuves progressent. Luca Arbouw, directeur général de Elburg Yachting, l'un des principaux courtiers européens aussi spécialisé dans la vente de bateaux dédiés à la navigation fluviale, qualifie ainsi la France de «marché émergent». Le broker qui réalise la moitié de ses ventes à l'international observe en effet «un intérêt croissant de l'Hexagone pour les vedettes hollandaises». Les Français sont de plus en plus nombreux à se tourner vers ces embarcations en acier conçues pour les canaux afin de «naviguer sur de longs séjours ou même résider à temps complet à bord», précise le spécialiste. Parallèlement, les constructeurs Fountaine Pajot, qui construit des bateaux à moteur, et son rival Poncin Yachts ont fait part de leur relative confiance pour la saison 2012, portée par une demande ciblée des particuliers. Mais si certains segments de la plaisance montrent des signes de reprise en France, le marché nautique dans son ensemble est marqué par un «climat d'incertitude», souligne pour sa part Bénéteau.

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