Le secteur avicole français craint des faillites en chaîne

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LE SECTEUR AVICOLE FRANÇAIS CRAINT DES FAILLITES EN CHAÎNE
LE SECTEUR AVICOLE FRANÇAIS CRAINT DES FAILLITES EN CHAÎNE

par Pierre-Henri Allain

RENNES (Reuters) - Les acteurs de la filière avicole française craignent des faillites en chaîne dans leur secteur après la baisse de moitié des subventions européennes à l'exportation de volailles.

Les sociétés bretonnes Tilly-Sabco et Doux, principales entreprises concernées par cette baisse arrêtée à la mi-janvier par la Commission européenne, ont décidé la semaine dernière de la répercuter sur les contrats des éleveurs qui fournissent leurs abattoirs en poulets destinés à l'export.

"Cela signifie la fin du poulet export car beaucoup d'éleveurs ne peuvent absorber une telle mesure et vont être tentés de laisser leurs bâtiments vides", dit Didier Goubil, du pôle aviculture à la chambre régionale d'agriculture.

A compter du 4 février, un avenant sera proposé aux éleveurs prévoyant une réduction de l'ordre de 40 euros sur le prix payé par tonne de volaille produite dans les élevages, ce qui représente une baisse de revenus pour un élevage moyen d'environ 28.000 euros sur une année selon la chambre.

La FRSEA, le syndicat agricole majoritaire a appelé lundi les éleveurs à ne pas signer ces avenants aux contrats.

"On savait que les restitutions étaient appelées à disparaître mais pas aussi brusquement. Si on voulait saborder l'aviculture française, on ne pouvait pas mieux faire", estime Christine Ganat, présidente de l'association des éleveurs fournisseurs du groupe Doux, qui regroupe 170 producteurs.

"La baisse des contrats va inciter des éleveurs à ne plus produire de poulets export et à se tourner vers la production de poulets frais, mais comme ce marché ne se porte déjà pas très bien, il va être à son tour déstabilisé", ajoute-t-elle.

Selon les professionnels du secteur, la baisse des restitutions, qui sont passées de 217 euros à 108 euros la tonne, après une réduction déjà intervenue en octobre, pourrait entraîner la suppression de 5.000 emplois en Bretagne.

LA "BRUTALITÉ" DE LA COMMISSION EUROPÉENNE

"C'est toute la chaîne qui est concernée, les accouveurs, les éleveurs, les transporteurs, les fabricants d'aliments, les salariés des abattoirs et jusqu'au port de Brest où le poulet export représente une grande partie de l'activité", souligne Didier Goubil.

En première ligne, le groupe Doux, spécialisé dans le poulet export et actuellement en redressement judiciaire, compte encore environ 2.000 employés, mais les efforts accomplis pour restructurer l'entreprise et renouer avec les profits pourraient être réduits à néant par la baisse des subventions.

"On a pu absorber la baisse des restitutions en octobre mais on ne peut pas absorber tous les chocs", explique-t-on dans l'entourage de la direction pour justifier les baisses de prix payés aux éleveurs, qui subissent également de leur côté la hausse des coûts des céréales.

Le groupe Tilly-Sabco, basé à Guerlesquin (Finistère) et employant 350 salariés, est lui aussi dans la tourmente.

"Je suis très amer de l'attitude brutale et de la décision unilatérale de la Commission européenne qui semble plus dogmatique par rapport au mécanisme des restitutions qu'objective par rapport au contexte économique de nos activités", a déclaré dans un communiqué Daniel Sauvaget, PDG de Tilly-Sabco, après l'annonce de la mesure.

La Commission a de son côté justifié sa décision par le dynamisme des exportations avec des volumes qui ont augmenté, sans que la baisse décidée en octobre ait eut un impact notable.

"Peut-être attendent-ils de voir que tout s'écroule?", demande Véronique Elgosi, déléguée générale de la Fédération des Industries Avicoles (FIA), qui prévoit "des faillites d'entreprises en masse".

Pour la filière, ces difficultés profiteront d'abord aux exportateurs brésiliens, premiers concurrents des Français sur les marchés du Proche et du Moyen-Orient.

"Alors que le prix du poulet augmente sur le marché mondial et que la demande est de plus en plus forte, je ne comprends pas que le gouvernement français ne réagisse pas davantage. Pendant ce temps, les Brésiliens augmentent leurs volumes pour concurrencer Doux et lui mènent la vie dure en espérant le rayer de l'échiquier", analyse Didier Goubil.

Edité par Yves Clarisse

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