Le secteur automobile sur la défensive face à Trump

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LES ACTIONS DES CONSTRUCTEURS AUTOMOBILES DÉVISSENT
LES ACTIONS DES CONSTRUCTEURS AUTOMOBILES DÉVISSENT

par Paul Lienert et Meredith Davis

(Reuters) - L'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis représente un nouveau motif d'inquiétude pour les constructeurs automobiles et les groupes industriels devenus dépendants des accords commerciaux avec le Mexique, avec le risque qu'ils soient confrontés à l'avenir à des coûts plus élevés.

Les constructeurs pourraient aussi pâtir de la dégradation de la confiance des consommateurs aux États-Unis et sur d'autres grands marchés si les marchés financiers venaient à tanguer au moment où la croissance des ventes automobiles aux États-Unis marque le pas.

En Bourse, les actions des constructeurs automobiles ont dévissé mercredi en réaction à la victoire de Donald Trump.

A Tokyo, Toyota Motor, Nissan Motor et Honda Motor ont abandonné plus de 6%.

En Europe, Renault a perdu plus de 3%, tandis que les constructeurs allemands Volkswagen, Daimler et BMW ont reflué de plus de 2%.

A Wall Street, Ford, General Motors et Fiat Chrysler ont chuté de plus 3% à l'ouverture.

Pendant la campagne, Donald Trump a promis de remettre en cause des traités commerciaux comme l'Accord de libre échange nord-américain (Alena) signé en 1994. Le candidat républicain s'en est également pris aux constructeurs automobiles, Ford en tête, qui ont délocalisé leur production au Mexique et menacé de les contraindre à produire davantage sur le sol américain, en augmentant éventuellement les barrières douanières.

Christin Baker, porte-parole de Ford, a dit avoir hâte de travailler avec le président élu. "Nous sommes d'accord avec M. Trump sur la nécessité d'unir le pays, et nous avons hâte de travailler ensemble pour stimuler la croissance et l'emploi", a-t-elle déclaré.

General Motors a également exprimé son impatience de travailler avec Donald Trump sur des politiques permettant à l'industrie américaine d'être "forte et compétitive".

La fédération allemande du secteur, la VDA, a en revanche dit redouter un regain de protectionnisme. "Il est à craindre que les États-Unis sous un nouveau président, tout comme la Chine, se concentrent principalement sur leur propre économie au détriment des traités commerciaux internationaux", a-t-elle réagi.

BARRIÈRES DOUANIÈRES

Charles Chesbrough, économiste de l'OESA (Original Equipment Suppliers Association), un groupement d'équipementiers automobiles à Detroit, affirme que la mise en oeuvre du programme de Donald Trump obligera les consommateurs américains à payer leur véhicule plus cher.

"Cette politique pourrait grever de 5.000 dollars (4.540 euros) le prix d'une petite voiture en provenance du Mexique", a-t-il calculé.

Les groupes industriels américains tels que Ford, General Motors, Caterpillar et nombre de leurs fournisseurs ont investi des milliards de dollars en profitant des traités commerciaux avec le Mexique, la Chine et d'autres pays.

Ford a annoncé cette année le transfert de la production de ses petits modèles de son site de Michigan vers le Mexique et un investissement de 1,6 milliard de dollars dans le pays. Son concurrent GM avait annoncé en 2014 un investissement de cinq milliards de dollars au Mexique sur quatre ans pour y créer 5.600 emplois.

En juin, BMW a ouvert une usine à San Luis Potosi, au Mexique, en s'engageant à y investir 2,2 milliards de dollars d'ici 2019 pour une production annuelle de 150.000 voitures.

Trois mois plus tard, la division Audi de VW a inauguré une installation de 1,3 milliard de dollars de la même capacité près de Puebla, au Mexique.

D'ici à 2020, le Mexique aura la capacité de fournir un quart de tous les véhicules vendus aux États-Unis, selon le cabinet d'études IHS Automotive, contre un sixième en 2012.

Entre 1994 et 2013, les emplois dans les usines automobiles aux États-Unis ont diminué d'un tiers tandis que les emplois au Mexique ont presque quintuplé au cours de la même période.

Le Mexique représente à présent 20% de toute la production de véhicules en Amérique du Nord et a attiré plus de 24 milliards de dollars en investissement automobile depuis 2010, selon l'association Center for Automotive Research basée à Ann Arbor, dans le Michigan.

Selon les plans d'investissement actuels, la capacité de production automobile du Mexique augmentera de 50% au cours des cinq prochaines années, estime l'association, qui est financée par l'industrie automobile.

"Le démantèlement de l'Alena à ce stade serait assez difficile à réaliser", estime Kristin Dziczek, directrice pour l'industrie, le travail et l'économie dans cette association.

(Claude Chendjou pour le service français, édité par Véronique Tison)


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