Le scénario de la "faibleflation" chahuté par le rebond du pétrole

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* Le rebond du pétrole a pris investisseurs et décideurs de court * L'inflation supérieure aux attentes en 2016 ? * La politique monétaire assouplie dans 27 pays depuis début 2015 par Jamie McGeever LONDRES, 27 avril (Reuters) - Le net rebond des cours du pétrole par rapport à leur plus bas de six ans touché à la mi-janvier chahute le scénario d'une inflation durablement faible qui a poussé les responsables monétaires à des politiques très accommodantes, précipité les rendements obligataires vers de nouveaux planchers voire même en territoire négatif et alimenté une nouvelle flambée des indices boursiers. Si le rebond de l'ordre de 40% des cours du pétrole se confirme ou même s'accentue au cours de cette année, l'inflation pourrait augmenter sensiblement l'année prochaine. Depuis le début de l'année, pas moins de 27 banques centrales ont d'une manière ou d'une autre assoupli leur politique monétaire pour lutter contre les risques de déflation ou de ralentissement de la croissance. Leurs initiatives, qui vont de la baisse des taux directeurs à la mise en oeuvre de programme d'assouplissement quantitatif, ont été prises en réponse à la chute des taux d'inflation et des anticipations d'inflation sous l'effet d'un effondrement de 60% des prix du pétrole au second semestre de l'année dernière. Les investisseurs n'ont cessé de repousser le calendrier de la première hausse des taux directeurs de la Réserve fédérale d'abord à l'automne puis à la fin de cette année, la renvoyant même pour certains d'entre eux au début de l'année prochaine. Pourtant les amples mouvements de marché provoqués par la chute des cours du pétrole semblent marquer le pas quand ils ne se sont pas retournés. Les anticipations d'inflation telles qu'elles ressortent des prix des obligations indexées sur l'inflation sont reparties à la hausse, l'euro a affiché une progression sur cinq des six dernières semaines et les prix des actifs des pays exportateurs de pétrole comme la Russie ont effacé une grande partie des pertes subies l'année dernière avec le brusque décrochage des cours du pétrole. "CRAINTES EXCESSIVES" "Les craintes de déflation sont excessives et nous constatons des surprises à la hausse maintenant même si les risques d'une inflation durablement faible demeurent", a dit Ruben Segura-Cayuela économiste chargé des pays dits périphériques de la zone euro chez Bank of America Merrill Lynch. "Un choc pétrolier a des effets préjudiciables sur la croissance et l'activité et peut engendrer une certaine volatilité", a-t-il prévenu. Les estimations sur les conséquences d'une hausse des cours du pétrole sur la croissance et l'inflation sont très variables. Les cours du baril de Brent LCOc1 ont progressé de 20 dollars depuis les points bas du mois de janvier à 65 dollars actuellement, une hausse de 45%. Ceux du baril de brut léger américain (WTI) CLc1 ont bondi de 15 dollars par rapport à leurs points bas du mois dernier pour atteindre 58 dollars, un gain de près de 40%. Pour Torsten Slok, économiste de Deutsche Bank, une hausse de 50% des cours du pétrole se traduit par 0,9 point de pourcentage supplémentaire sur le taux d'inflation "core", hors éléments volatils comme les prix alimentaires et de l'énergie, aux Etats-Unis, au bout un d'un an. Le taux d'inflation pourrait ainsi être propulsé au-dessus de l'objectif de 2% de la Réserve fédérale qui n'a pas été atteint depuis trois ans. Les économistes d'UBS estiment qu'une hausse de 15 dollars du cours du baril se traduirait l'année suivante par une augmentation de 0,6 point de pourcentage du taux d'inflation, une hausse de 25 dollars lui ajouterait 1 point de pourcentage et une hausse de 35 dollars, 1,4 point. Leurs estimations correspondantes pour l'inflation globale au sein de la zone euro sont respectivement de 0,5 point de pourcentage, 0,8 point et 1,1 point. Le plus extrême de ces scénarios n'est pourtant pas de nature à entraîner un changement de trajectoire de la Banque centrale européenne, de la Fed ou d'aucune grande autre banque centrale internationale, la première s'en tenant à son programme d'achat d'actifs d'un montant de 1.000 milliards d'euros à l'horizon de la fin septembre 2016 et la deuxième décidant vraisemblablement d'une hausse de taux dans la dernière partie de l'année. Si les politiques monétaires ne vont pas chercher à casser le rebond des anticipations d'inflation, les investisseurs ont commencé à le prendre en compte. L'inflation à cinq ans dans cinq ans pour la zone euro EUIL5YF5Y=R , l'une des mesures des anticipations d'inflation très suivie par la BCE, s'établit désormais à 1,7% contre un point bas sous 1,5%, le 14 janvier. Elle reste encore bien inférieure à l'objectif de la BCE d'une inflation proche mais en dessous de 2% en rythme annuel à moyen terme, mais son président Mario Draghi et les autres responsables monétaires de la zone euro seront rassurés de voir qu'elle évolue dans la bonne direction. Les anticipations d'inflation aux Etats-Unis ont aussi rebondi par rapport à des plus bas de plusieurs années. Les anticipations d'inflation à deux ans sont remontées à 1,6% contre -0,16% à la mi-janvier, souligne David Absolon, directeur des investissements chez Heartwood Investment Management. Le point mort d'inflation à dix ans, différence entre le rendement nominal des Treasuries à dix ans et le rendement des obligations indexées sur l'inflation de même échéance, est passé de 1,53% à 1,9%. Cette dérive haussière pourrait continuer tant que les prix du pétrole restent soutenus, poussant le point mort d'inflation vers sa moyenne de long terme au-dessus de 2%, a dit Iain Stanley, gérant du fonds JP Morgan Global Bond Opportunities. "Nous avons déjà constaté un peu de mouvement. Mais il y a encore de la marge pour que cela se poursuive", a-t-il souligné. (Marc Joanny pour le service français, édité par Benoît van Overstraeten)


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  • M8637171 le lundi 27 avr 2015 à 17:30

    En fait il y a une tendance émergente, les énergies renouvelables vont devenir peu chères de par les progrès dans leur production et dans le stockage de l'énergie. les tensions géopolitiques jouent en faveur de la hausse mais elle sera limitée par la rentabilité des productions de pétroles non traditionnelles (schistes et bitumineux).