Le rôle du Royaume-Uni au sein d'Airbus menacé par le Brexit

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    par Tim Hepher 
    PARIS, 26 juin (Reuters) - Si Airbus  AIR.PA  a appelé 
vendredi la Grande-Bretagne à préserver sa compétitivité 
industrielle après le vote favorable à la sortie de l'Union 
européenne, des spécialistes du secteur aéronautique soulignent 
que Londres ne peut plus considéré comme acquise sa place au 
sein du groupe aéronautique.  
    "J'espère que le divorce se fera en veillant à minimiser les 
dommages économiques pour tous ceux affectés par le Brexit", a 
déclaré vendredi Tom Enders, le président exécutif d'Airbus 
Group. "La Grande-Bretagne va souffrir mais je suis sûr qu'elle 
veillera d'autant plus à la compétitivité de son économie 
vis-à-vis de l'UE et du monde dans son ensemble." 
    Airbus, fondé en 1970, possède des usines en 
Grande-Bretagne, en France, en Allemagne et en Espagne; les 
sites anglais, qui emploient 15.000 personnes, produisent les 
ailes des avions de ligne du groupe. 
    Les grandes décisions d'investissement dans le secteur 
aéronautique ayant des retombées étalées sur une dizaine 
d'années, Airbus a déclaré que ses activités au Royaume-Uni ne 
seraient pas affectées dans l'immédiat par l'issue du référendum 
mais il a ajouté qu'il pourrait réévaluer sa présence dans le 
pays à plus long terme.  
    Tom Enders, qui s'était exprimé publiquement ces derniers 
mois en faveur du maintien dans l'UE, a déclaré que, "bien sûr, 
nous réexaminerons notre stratégie d'investissement au 
Royaume-Uni, (comme) tout le monde le fera". 
    En fait, ce discours reflète une évolution déjà engagée au 
sein du numéro un européen du secteur aéronautique en faveur 
d'une culture liée davantage aux réalités de ses marchés qu'à 
l'équilibre de la répartition entre pays, un changement lié à la 
refonte de la structure de son capital en 2013. 
    S'il n'y a pas de lien direct entre le fonctionnement 
d'Airbus et celui de l'Union européenne, certains analystes 
estiment qu'une sortie de la Grande-Bretagne de cette dernière 
ne ferait qu'intensifier la concurrence déjà réelle avec des 
pays tels que l'Inde, la Chine, le Mexique ou le Canada.  
    Au sein même d'Airbus, l'Allemagne et l'Espagne lorgnent 
depuis longtemps déjà la production d'ailes. 
     
    "LA GRANDE-BRETAGNE A TOUJOURS DÛ SE BATTRE" 
    "La Grande-Bretagne a toujours dû se battre pour garder de 
l'avance sur ses concurrents et faire en sorte d'être 1.000% 
plus efficace, et elle y est plutôt bien parvenue pour ce qui 
concerne les ailes", dit Howard Wheeldon, un spécialiste du 
secteur.  
    "La situation ne va pas changer dans l'immédiat mais il est 
inévitable qu'elle évolue à plus long terme, lorsqu'il y aura de 
la concurrence pour attirer les investissements liés à la 
prochaine génération d'ailes." 
    Airbus ne devrait pas lancer avant la prochaine décennie un 
programme d'avion entièrement nouveau mais le groupe modifie 
régulièrement ses modèles existants et ses négociations 
commerciales incluent souvent des accords de production dans les 
pays acheteurs. 
    "Les accord avec des pays comme l'Inde et la Chine portent 
de plus en plus sur les transferts de technologie et la 
Grande-Bretagne sera désormais davantage exposée en ce qui 
concerne les transferts de production", estime une source.  
    Déjà, la part de la fabrication de l'A350 réalisée au 
Royaume-Uni est inférieure de plusieurs points de pourcentage à 
celle de 20% prévue initialement.  
    Certains observateurs du secteur s'attendent à voir Airbus 
évoluer vers une structure à deux étages prenant en compte 
l'évolution des liens politiques entre la Grande-Bretagne et le 
noyau franco-allemand du groupe, ce qui exposerait davantage 
l'industrie britannique. Mais des responsables du groupe 
assurent que les projets d'"intégration" fonctionnent.  
    D'autres redoutent de voir le Brexit ouvrir en Europe une 
phase d'instabilité qui ne manquerait pas d'avoir des 
répercussions sur le secteur aéronautique en raison de son 
importance stratégique.  
    "Je pense que la Grande-Bretagne finira par s'en sortir, 
comme toujours, mais je suis inquiet sur l'impact que cela peut 
avoir en Europe, (...) qui pourrait nuire à la culture de 
coopération", dit ainsi Robin Southwell, ancien directeur 
général d'Airbus au Royaume-Uni.  
     
 
 (Marc Angrand pour le service français) 
 

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