Le robot-bombe qui a tué le tireur à Dallas, une première aux USA

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    par Dustin Volz et Isma'il Kushkush 
    WASHINGTON, 9 juillet (Reuters) - Après avoir été encerclé 
plusieurs heures, le tireur présumé de Dallas a été tué par un 
robot télécommandé porteur d'une bombe, une technique encore 
jamais utilisée par les forces de l'ordre américaines et qui 
alimente la controverse sur la militarisation des polices 
locales. 
    Micah Xavier Johnson, un réserviste noir de l'armée 
américaine, a été présenté par les autorités comme celui qui a 
fait cinq morts et sept blessés dans les rangs de la police, et 
tué deux civils, jeudi soir à Dallas, à la fin d'une 
manifestation organisée pour dénoncer la mort de deux Noirs tués 
cette semaine par la police. 
    Les experts en technologie militaire estiment que 
l'utilisation d'un robot pour tuer une personne a des 
implications considérables, tant technologiques que judiciaires, 
pour les forces de police du 21e siècle. 
    "C'est une première pour la police", souligne Peter Singer, 
auteur de "Wired for War", livre sur l'usage des robots dans les 
zones de guerre. Peter Singer cite des exemples où l'armée 
américaine en Irak a pu "bricoler un robot de surveillance pour 
descendre un rebelle dans une ruelle". 
    Les forces de l'ordre américaines ont déjà fait usage de 
machines télécommandées pour aider à l'arrestation d'un suspect, 
mais pas pour tuer qui que ce soit, estiment des experts. 
    "Nous n'avons pas eu d'autre choix que d'utiliser notre 
robot piégé, et de placer un dispositif dans son prolongement 
afin de le faire exploser là où était le suspect", a dit le chef 
de la police de Dallas, David Brown, à la presse. "Les autres 
options auraient exposé les agents à un grave danger", a-t-il 
ajouté. 
    Le maire de Dallas, Mike Rawlings, a expliqué que la police 
avait laissé au suspect la possibilité de se rendre ou de rester 
retranché, ce dernier a choisi la seconde possibilité. 
     
    WOLVERINE 
    Les raisons qui ont poussé les forces de l'ordre à utiliser 
une bombe télécommandée plutôt que d'autres moyens de persuasion 
n'ont pas été rendues publiques. La police de Dallas n'a pas 
répondu aux demandes de commentaires de Reuters. 
    "Le même équipement robot automatisé qui est utilisé pour 
faire exploser des bombes et pour les désamorcer, a été utilisé 
pour installer du C-4 (un explosif de la famille des plastics, 
NDLR) et le faire exploser", a expliqué le maire lors d'une 
conférence de presse vendredi. 
    Ses services possèdent au moins trois robots-bombe, selon un 
rapport officiel d'octobre 2015. Ceux-ci sont fournis par 
Remotec, une filiale de l'entreprise d'armement Northrop Grumman 
Corp  NOC.N , spécialisée dans la fabrication de véhicules robot 
télécommandés. Le groupe n'a pas souhaité commenter l'événement. 
    Sur le site de Remotec, certains véhicules sans conducteur 
sont décrits, l'un, le F6B, comme le "robot le plus adaptable et 
le plus robuste du marché", un autre, baptisé Wolverine, comme 
"un robot bête de somme qui ne s'arrêtera pas avant vous". 
    De tels engins sont le plus souvent utilisés pour désamorcer 
des bombes sans risquer de vies humaines. 
    Au moins 451 robots désamorceurs de bombe ont été distribués 
par le Pentagone depuis 2005 aux services de police fédéraux et 
locaux, selon une évaluation faite par Reuters. 
    Selon une estimation du Drone Center, à l'université de Bard 
College, à New York, plus de 200 services de police locaux, 
fédéraux ou au niveau des Etats, se sont vus attribuer au moins 
un robot pour engin explosif dans le cadre du déstockage 
organisé au Pentagone. 
     
    LANCE-GRENADES INTERDITS  
    Le transfert d'équipement militaire à des services de police 
civils dans la cadre de ce programme, dit programme 1033, a été 
réexaminé à la suite de la mort de Michael Brown en août 2014, 
tué par un agent de la police de Ferguson, dans le Missouri. 
    Les manifestations déclenchées par la mort du jeune homme 
avaient été encadrées, et parfois perturbées, par une police 
fortement armée, dont les véhicules blindés et autres engins 
militaires avaient alarmé de nombreux observateurs. 
    Le président Barack Obama avait pris dans la foulée un 
décret pour réduire de programme. Certains types de véhicules 
blindés, notamment, ne peuvent plus être distribués à la police, 
et cette dernière doit justifier ses besoins en matière de 
drones, d'hélicoptères, et autres équipements anti-émeutes.  
    Depuis l'entrée en vigueur du décret, le 1er octobre 2015, 
les services de police locaux ont rendu 126 véhicules blindés à 
roues, 138 lance-grenades et 1.623 baïonnettes, énumère la 
porte-parole de l'agence de logistique de la Défense Michelle 
McCaskill. 
    "On ne peut pas ignorer le fait que la situation a un peu 
dégénéré, il y a eu des dépassements de la part de petits 
services de police", a dit Ronal Serpas, ex-chef de police à la 
Nouvelle-Orléans, en Louisiane et à Nashville, dans le 
Tennessee. 
    D'autres responsables des forces de l'ordre estiment 
qu'Obama a eu une réaction exagérée. 
    George Hofstetter, chef de l'association des adjoints au 
shérif de Los Angeles, estime par exemple que le Pentagone 
ferait mieux d'interdire certains services du programme, que de 
bannir des équipements précis. Les lance-grenades interdits par 
Obama sont utilisés pour lancer des projectiles non létaux par 
la police, explique-t-il. 
    "On ne défend pas la perspective d'avoir des chars Abrams 
dans la rue prochainement", dit-il, "mais je pense que les 
restrictions sont allées un peu trop loin". 
    Pour Jay Stanley, analyste de la American Civil Liberties 
Union, le choix des armes ne change pas le principe qui interdit 
l'usage de la force létale par les autorités, sauf si la 
personne est jugée une menace imminente pour les autres. 
     "Comme les robots terrestres peuvent permettre une 
application plus sûre et plus facile de la force mortelle, ils 
posent le risque d'être trop utilisés", estime-t-il. 
 
 (Julie Carriat pour le service français, édité par Danielle 
Rouquié) 
 

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