Le retour du combat droite-gauche met Bayrou au tapis

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L'IFOP VOIT FRANÇOIS BAYROU SOUS LA BARRE DES 10%
L'IFOP VOIT FRANÇOIS BAYROU SOUS LA BARRE DES 10%

PARIS (Reuters) - La chute de François Bayrou sous le seuil symbolique des 10% d'intentions de vote au premier tour confirme l'essoufflement du "troisième homme" de la présidentielle de 2007 et la "bipolarisation" d'un scrutin qui paraît devoir se résumer à un duel entre Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Le président du MoDem, qui avait recueilli il y a cinq ans 18,57% des voix, n'est plus qu'en cinquième position avec un score de 9,5% selon le dernier baromètre Ifop-Fiducial pour Europe 1, Paris Match et Public Sénat publié mardi.

A 12 jours du premier tour, le 22 avril, François Bayrou voit donc s'éloigner son rêve d'accéder à la présidence.

Les électeurs semblent peu séduits cette fois par la "troisième voie" qu'il souhaite incarner et préfèrent un classique affrontement droite-gauche qui caractérise depuis si longtemps la vie politique française.

"Il y a une bipolarisation qui est très forte", explique à Reuters Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop. "On n'est plus dans la logique de 2007 où l'on avait des candidats de renouvellement. Là, on est dans une logique gauche-droite avec un candidat socialiste qui revendique l'alternance et un candidat UMP qui cherche à se faire réélire."

François Bayrou souffre en outre, selon l'analyste, de ne pouvoir reconstituer son socle électoral du dernier scrutin présidentiel. En ces temps de crise favorables au "vote utile", les électeurs centristes s'apprêteraient à se répartir entre les deux familles traditionnelles de la politique française.

"Les électeurs de centre-gauche rentrent au bercail de François Hollande et ceux du centre-droit soutiennent le président sortant", résume Frédéric Dabi.

La lutte pour la troisième place devrait donc se résumer, à en croire le dernier baromètre Ifop, à un duel entre la présidente du Front national Marine Le Pen, qui remonte après avoir longtemps baissé (16,5%, +1), et le candidat du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon, toujours en hausse (14%, +1).

SARKOZY PEINE À CREUSER L'ÉCART

La candidate d'extrême droite bénéficie, selon Frédéric Dabi, d'un retour aux "fondamentaux" du FN que sont l'insécurité et l'immigration après avoir joué la carte de la "dédiabolisation".

Quant à Jean-Luc Mélenchon, qui dispute à Marine Le Pen les faveurs du vote ouvrier, il occupe l'espace réservé à la gauche de la gauche, à un niveau qui n'avait plus été atteint par un candidat soutenu par le Parti communiste depuis George Marchais en 1981.

Tous les autres candidats, y compris l'écologiste Eva Joly, en étant réduits à faire de la figuration, Nicolas Sarkozy et François Hollande, toujours au coude à coude pour le premier tour, font la course en tête avec une petite longueur d'avance pour le candidat UMP.

Face à un François Hollande qui pourrait être tenté de gérer son avance en évitant de prendre des risques, Nicolas Sarkozy cherche à creuser l'écart pour créer un "effet second tour".

Mais s'il est parvenu à devancer régulièrement son concurrent en intentions de vote pour le premier tour, il ne précède son adversaire socialiste que d'un ou deux points selon les enquêtes, soit l'équivalent de la marge d'erreur.

"Le ferment d'une réélection pour Nicolas Sarkozy serait qu'il devance François Hollande de quatre ou cinq points au premier tour", estime Frédéric Dabi. "C'est la condition sine qua non pour qu'il puisse renverser la vapeur mais il n'en prend pas le chemin"

Nicolas Sarkozy demeure ainsi confronté à la menace s'un second tour aux allures de référendum pour ou contre le président sortant.

Même si les courbes se resserrent quelque peu (53% contre 47% pour le dernier baromètre Ifop), la tendance reste à une nette victoire de François Hollande au soir du 6 mai, avec une marge comparable à celle obtenue il y a cinq ans par Nicolas Sarkozy, qui avait devancé de six points la candidate socialiste Ségolène Royal.

Certains observateurs font valoir que Nicolas Sarkozy peine à décoller en raison de son bilan. D'autres, dont Frédéric Dabi, insistent sur le recul de la droite parlementaire à tous les scrutins intermédiaires depuis la présidentielle de 2007, qui pourrait se prolonger dans quelques jours.

Patrick Vignal, édité par Yves Clarisse

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  • JeanGau le mardi 10 avr 2012 à 14:09

    Bayrou paie sa politique du ni-droite ni-gauche; or, comme il penchera de toutes façon vers la droite, les sympathisants de droite lui préfèreront toujours l'original c'est à dire NS.Malgré les efforts du Figaro Mme Le Pen ne réussit pas à empêcher le candidat du Front de Gauche de la talonner... voire la dépasser; surtout si l'on considère que les estimations du FN sont surestimées alors que celles du Front de Gauche sont sous-évaluées