Le retour du bouquetin dans les Pyrénées fait consensus

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par Jean Décotte

TOULOUSE (Reuters) - Avec ses grandes cornes torsadées en forme de lyre, le bouquetin des Pyrénées a promené pendant des millénaires sa silhouette trapue sur les rochers et les falaises du massif, jusqu'à son extinction sur le versant français au début du XXe siècle.

Cent ans plus tard, cet animal emblématique devrait réapparaître dans les Pyrénées françaises cette année, au terme d'un processus de réintroduction qui, contrairement à d'autres espèces, semble faire consensus dans la région.

Le projet est de lâcher en 2013 dans les Hautes-Pyrénées et l'Ariège des bouquetins ibériques, proches cousins de la sous-espèce disparue. Selon le Parc national des Pyrénées (PNP), sa mise en oeuvre n'attend plus que la signature d'un accord entre Paris et Madrid, actuellement en cours de négociation.

A l'inverse de l'ours ou du loup, dont la réintroduction a fait l'objet de vives polémiques en France ces dernières années, le retour du bouquetin ne paraît pas susciter de forte hostilité de la part des chasseurs ou des éleveurs, et pourrait même représenter un atout touristique.

"C'est un animal qui a sa place (dans les Pyrénées) ; il y était, il n'y a pas de raison qu'il n'y revienne pas", juge Jean Guichou, directeur de la Fédération des chasseurs de l'Ariège.

"Cette espèce fait consensus parce que, jusqu'à preuve du contraire, elle va occuper une niche écologique abandonnée de tous: le pied des falaises, les falaises elles-mêmes... Il n'y aura pas de compétition avec d'autres espèces sauvages, ni avec le bétail."

Eric Sourp, chef du service scientifique du PNP où l'animal doit être réintroduit, parle lui aussi d'un "consensus général très favorable".

TROPHÉES RECHERCHÉS

"Les seules réticences qu'on a, et c'est légitime, c'est au niveau des éleveurs", note-t-il.

"Ils ont quelques inquiétudes sur le volet sanitaire, de peur qu'on ramène des maladies transmissibles au bétail domestique. Sur ce point-là, on prend des très grosses précautions pour éviter tout problème."

L'idée de réintroduire le bouquetin dans un habitat qu'il a arpenté pendant des millénaires, comme en témoignent certaines peintures rupestres, a germé dès les années 1970, explique Eric Sourp.

Mais à cette époque-là, les autorités espagnoles étaient moins sensibles au projet de prélever des bouquetins dans leurs massifs, où ils représentent un enjeu économique pour la chasse en raison de leurs trophées très recherchés, ajoute le responsable.

La mort accidentelle en 2000 de la dernière représentante de la sous-espèce du bouquetin des Pyrénées encore présente sur le versant espagnol a sans doute changé les choses et appuyé le projet d'une réintroduction côté français.

"Cent ans après, on pourrait voir réapparaître le bouquetin, si les choses se poursuivent dans le bon sens, au printemps", se réjouit Eric Sourp, qui n'exclut toutefois pas un report à l'automne si le feu vert franco-espagnol tarde à venir.

"STARTING-BLOCKS"

Première étape indispensable, les autorités françaises ont classé en septembre le bouquetin parmi les espèces protégées.

Deux sites pourraient faire l'objet de lâchers en 2013 : 20 individus dans le PNP, à Cauterets (Haute-Pyrénées), et 20 autres dans le Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises, sur la commune d'Ustou.

"On est sur les 'starting blocks'. On a pratiquement bouclé le plan de financement sur les deux ans qui viennent", souligne Eric Sourp, qui évoque un budget de l'ordre d'un million d'euros sur neuf ans.

"D'ici six ans, l'idéal serait d'arriver à 250 individus, ce qui serait une population viable et digne de ce nom."

Symbole de l'absence de polémique autour du projet, la consultation publique lancée en fin d'année dernière n'a donné lieu qu'à une maigre participation, avec seulement sept contributions recevables - toutes favorables.

Les chasseurs de l'Ariège, tout en réclamant que cette réintroduction n'ait "aucune conséquence sur la pratique de la chasse", devraient de leur côté contribuer au suivi des groupes d'animaux, explique Jean Guichou.

"Il est possible que les animaux se déplacent, que le groupe se divise. Il faudra s'assurer de la présence des animaux, où sont-ils, combien sont-ils, est-ce que les femelles ont mis bas, est-ce que les petits sont là...", détaille-t-il.

Le retour sur ses terres de ce cousin sauvage de la chèvre pourrait même doper l'affluence touristique sur le massif.

"En terme d'image, c'est clair que c'est un point très positif", juge Eric Sourp, qui évoque une espèce "majestueuse".

"C'est un animal qui va augmenter beaucoup l'attractivité du territoire du point de vue de l'observation naturaliste, ou touristique en général, car le grand public lui-même pourra observer le bouquetin (...) C'est un animal qui s'observe très facilement, au contraire de l'isard."

Edité par Yves Clarisse

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