Le retour aux affaires de Bernard Tapie vu avec suspicion

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par Jean-François Rosnoblet

MARSEILLE (Reuters) - La reprise par Bernard Tapie des quotidiens du groupe Hersant dans le sud de la France est vue avec suspicion par la classe politique, qui a peine à croire que l'homme d'affaires ne s'en servira pas comme d'un tremplin pour la mairie de Marseille.

Bernard Tapie et Philippe Hersant doivent rencontrer ce jeudi les équipes de direction de Nice-Matin et de la Provence, qui font partie du lot avec Corse-Matin, mais pas les rédactions, elles aussi sur leurs gardes.

"Un accord a été signé entre les banques créancières de Groupe Hersant Média et la famille Hersant associée à Bernard Tapie", déclare une source proche du dossier. Cet accord doit encore être présenté au président du tribunal de commerce lors de l'audience de lundi pour être définitivement homologué.

Bernard Tapie, ancien patron de l'Olympique de Marseille, avait manifesté son intérêt pour ces journaux, en association avec la famille Hersant, mais avait retiré son offre de 50 millions d'euros face à celle de l'éditeur belge Rossel. Il a finalement changé d'avis à la demande de la famille Hersant.

Montré en exemple avant de connaître la faillite et la prison, Bernard Tapie revient en force à Marseille, une ville qu'il connaît bien, en prenant les rênes de La Provence, le principal journal de la cité phocéenne.

Il peut puiser pour cela dans l'indemnité de 285 millions d'euros de fonds publics obtenue en 2008 grâce à un arbitrage contesté sur la plus-value réalisée lors de la revente de l'équipementier Adidas par l'intermédiaire du Crédit Lyonnais.

Le retour aux affaires de l'ancien ministre de François Mitterrand est perçu avec scepticisme et inquiétude par la classe politique locale, qui voit dans le rachat du quotidien un premier de l'homme d'affaires vers la mairie de Marseille.

Bernard Tapie a assuré le mois dernier que sa possible prise d'intérêt dans le groupe de journaux n'était pas liée à une éventuelle ambition pour la mairie de la cité phocéenne.

PAS D'AMBITION POLITIQUE, DIT TAPIE

"Marseille et moi, on a une histoire interrompue par une association gauche et droite qui, en me mettant en inéligibilité, s'est arrangée pour m'évacuer. Cela produirait les mêmes effets", a-t-il dit dans une interview fin novembre.

Preuve de sa supposée bonne foi, il s'est engagé par écrit auprès du conciliateur Christophe Théverot "à ne pas postuler à quelque mandat électoral que ce soit" selon une lettre publiée par Libération. Il précise que, dans le cas contraire, il revendrait ses parts du journal et les bénéfices seraient reversés à une association caritative.

Ces dénégations n'ont pourtant pas vraiment convaincu.

"Quand on dit 'jamais' en politique, ça veut dire 'pas pour l'instant'. Avec M. Tapie, il faut s'attendre à tout", a dit à la presse le maire de Marseille, l'UMP Jean-Claude Gaudin, qui rappelle avoir affronté avec succès l'homme d'affaires en 1992.

Les successeurs potentiels de Jean-Claude Gaudin, qui n'a toujours pas indiqué s'il sera candidat à un quatrième mandat à la tête d'une ville qu'il dirige depuis 1995, estiment que Bernard Tapie ne fait rien au hasard.

Pour le député socialiste marseillais Patrick Mennucci, "Bernard Tapie a toujours rêvé d'être maire de Marseille".

"Il veut se servir du journal comme on le faisait dans le passé, peut-être en y excluant ses futurs adversaires. Cela n'est pas sain", a-t-il dit sur France Bleu Provence.

COMME EN ITALIE?

A droite, on attend de voir la "situation se décanter" pour tirer les enseignements de la nouvelle donne, mais on souligne que si Bernard Tapie a "désormais une vitrine, il n'a aucune structure politique viable" sur laquelle coller ses ambitions.

Pour les Verts, dans un communiqué, "cette nouvelle nous rapproche un peu plus de l'Italie berlusconiste où affairisme, contrôle de la presse, ambition personnelle et argent-roi se mélangent dans un cocktail mettant en péril notre démocratie".

Sur le plan purement entrepreneurial, l'investissement de Bernard Tapie est diversement apprécié.

"Il s'agit, avant tout, de sauver une entreprise de la liquidation judiciaire et de tout mettre en ?uvre pour préserver des centaines d'emplois", écrit le président socialiste du conseil général des Bouches-du-Rhône Jean-Noël Guérini.

Jean-Claude Gaudin renchérit: "Je préfère que ce soit un Français qui entre fortement au capital plutôt qu'un émir du Qatar ou même un Belge".

Mais Patrick Menucci estime que "Bernard Tapie n'a jamais apporté d'emplois à Marseille, il est simplement là pour faire des opérations financières".

L'ancien patron de l'OM, sur lequel il régna sans partage de 1986 à 1994, ne doit pas s'attendre à un accueil chaleureux de la part de la rédaction de La Provence, où beaucoup de journalistes se souviennent encore de ses excès.

"Travailler avec Tapie demande beaucoup de courage et de docilité", explique un rédacteur.

Le retour annoncé à Marseille de celui qui conduisit l'OM à quatre titres de champions de France entre 1989 et 1992 et conquit la Coupe d'Europe en 1993, n'a guère soulevé d'échos chez les supporters du club, notamment sur des réseaux sociaux toujours prompts à s'enflammer pour tout ce qui touche le club.

"Tapie à l'OM, c'est du passé. Ce qu'il fait de ses sous ne nous intéresse pas", dit le responsable de l'un des principaux clubs de supporters de la cité phocéenne.

Edité par Yves Clarisse

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