Le respect de la trêve en Syrie examiné à Genève

le , mis à jour à 20:34
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    * La "task force" réunie pour étudier la situation sur le 
terrain 
    * L'opposition affirme que la trêve est menacée d'une 
"invalidation totale" 
    * Le niveau général des affrontements est en baisse 
    * L'armée gouvernementale progresse près de Damas 
 
 (actualisé opérations de Damas) 
    par John Irish et Stephanie Nebehay 
    GENEVE, 29 février (Reuters) - Les pays soutenant le 
processus de paix en Syrie se sont réunis lundi à Genève pour 
faire le point sur la trêve entrée en vigueur ce week-end mais 
déjà fragilisée par des informations faisant état d'attaques sur 
des zones tenues par l'opposition modérée. 
    Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a estimé que 
l'accord négocié par les Etats-Unis et la Russie était 
globalement respecté en dépit de quelques violations sur 
lesquelles se sont penchés les membres de la "task force" mise 
en place par le Groupe international de soutien à la Syrie 
(GISS) pour y veiller. 
    "En gros, la cessation des hostilités tient bon, bien que 
nous ayons connu quelques incidents. Mais la 'task force' et 
tous les Etats membres du GISS veillent à ce que cela n'aille 
pas plus loin et à faire en sorte que cette trêve se poursuive", 
a déclaré Ban Ki-moon, qui s'exprimait avant la première réunion 
de cette "task force" depuis l'entrée en vigueur de la cessation 
des hostilités. 
    Rami Abdulrahman, le directeur de l'Observatoire syrien des 
droits de l'homme (OSDH), basé à Londres mais qui s'appuie sur 
un réseau d'informateurs en Syrie, a rapporté que le nombre de 
morts était en baisse. "Hier (dimanche), une vingtaine de 
personnes ont été tuées, à la fois des combattants et des 
civils. Auparavant, la moyenne tournait plutôt autour de 180 
morts par jour." 
    Il a par ailleurs rapporté que l'armée gouvernementale 
progresse dans les environs de Damas où elle s'est emparée d'une 
zone stratégique située entre deux quartiers de la Ghouta 
orientale, la plaine agricole située à l'est de Damas, au 
détriment de l'Etat islamique et du Front al Nosra. 
    Le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, a 
néanmoins fait état d'"indications selon lesquelles les 
attaques, y compris aériennes, se poursuivent contre des zones 
contrôlées par l'opposition modérée". 
    "Tout ceci doit naturellement être vérifié", a-t-il ajouté 
devant des journalistes à Genève. 
     
    POUR L'OPPOSITION, LA TRÊVE ÉTAIT VOUÉE À L'ÉCHEC  
    AVANT MÊME SON ENTRÉE EN VIGUEUR 
    Entrée en vigueur vendredi dernier à minuit, la trêve, qui 
ne concerne pas les opérations contre les djihadistes de l'Etat 
islamique (EI) et du Front al Nosra, doit permettre la reprise 
de pourparlers de paix entre les représentants du régime et de 
l'opposition syrienne pour tenter de trouver une issue à la 
guerre qui a déjà fait plus de 250.000 morts et 11 millions de 
réfugiés et déplacés depuis mars 2011.  
    Mais selon des rebelles sur le terrain et l'OSDH, des 
frappes aériennes ont été menées contre six villes et villages à 
l'ouest et au nord d'Alep et un village de la province d'Hama, 
dans le centre du pays. L'opposition au régime de Bachar al 
Assad a accusé la Russie, alliée du régime et engagée 
militairement en Syrie depuis septembre, d'avoir procédé à ces 
frappes. "On attend des explications des Russes sur les frappes 
de dimanche", a dit une source occidentale à Genève. 
    Assaad al Zoubi, président du Haut Comité des négociations 
(HCN) mis sur pied par l'opposition pour les discussions de paix 
esquissées fin janvier à Genève, a affirmé pour sa part que les 
forces gouvernementales syriennes violaient la trêve qui, a-t-il 
dit lundi matin à la chaîne de télévision Al Arabiya al Hadat, 
était vouée à l'échec avant même son entrée en vigueur. 
    "Nous ne sommes pas confrontés à une violation de la trêve 
(...) mais à un risque d'invalidation totale", a-t-il notamment 
déclaré. 
    D'après le HNC, l'accord de cessation des hostilités a été 
violé à quinze reprises par les forces gouvernementales 
syriennes au premier jour de son entrée en application. 
L'opposition mentionne également des bombardements de la Russie 
et du Hezbollah. 
     
    SELON STAFFAN DE MISTURA, LES FRAPPES AÉRIENNES 
    SONT EN NET RECUL 
    Contactés lundi par Reuters, des combattants rebelles 
faisaient eux aussi état de frappes aériennes. Le colonel Farès 
al-Bayouch, qui commande la Division nord de l'Armée syrienne 
libre (ASL), a parlé de "frappes aériennes lourdes", effectuées 
notamment par des avions russes. 
    Abou al Baraa al Hamawi, un combattant de l'Ajnad al Cham, 
groupe actif dans le nord-ouest de la Syrie, a affirmé que les 
forces gouvernementales avaient bombardé plusieurs villages. "Le 
régime agit après la trêve comme il le faisait auparavant", 
a-t-il dit. 
    Dans la région d'Alep (nord-ouest), un autre combattant a 
déclaré que le niveau général des violences avait baissé mais 
qu'il y avait de nombreuses violations et que le pessimisme 
régnait sur la suite de cette trêve. 
    L'émissaire spécial de l'Onu pour la Syrie, Staffan de 
Mistura, cité par un diplomate occidental, estime lui que le 
nombre de frappes aériennes serait tombé d'une centaine à 6 à 8 
par jour. 
    De Mistura annoncé la semaine dernière son intention 
d'organiser trois semaines de discussions de paix à partir du 7 
mars. Un précédent cycle de négociations a été suspendu début 
février avant même d'avoir véritablement débuté en raison de 
l'offensive lancée par l'armée syrienne épaulée par l'armée 
russe dans la région d'Alep.  
 
 (avec Tom Perry et Mariam Karouny à Beyrouth; Marine Pennetier, 
Jean-Philippe Lefief, Henri-Pierre André et Nicolas Delame pour 
le service français) 
 
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