Le régulateur veut libérer le marché des pièces de carrosserie

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PARIS (Reuters) - L'Autorité de la concurrence a recommandé lundi une levée progressive du monopole des constructeurs automobiles sur les pièces de rechange de carrosserie afin d'endiguer la hausse des prix de l'entretien et de la réparation des véhicules en France.

Cette question fait depuis des mois l'objet d'un bras de fer entre les constructeurs, qui veulent défendre les marges de leur activité d'après-vente et les garagistes et centres automobiles indépendants. La libéralisation prônée par le régulateur, qui enquête depuis juillet sur cette question, concerne uniquement les pièces dites visibles (ailes, capots, pare-chocs, pare-brise, feux et rétroviseurs).

"Les constructeurs détiennent (...) un véritable monopole légal sur plus de 70% de ces pièces et sont en duopole avec l'équipementier sur les 30% restants", écrit l'Autorité dans un communiqué.

"L'Autorité de la concurrence estime qu'il est souhaitable de conserver cette protection pour les pièces visibles dites de 'première monte' (destinées à l'assemblage du véhicule neuf), mais elle propose de lever, de manière progressive et maîtrisée, la restriction pour les pièces de rechange destinée à la réparation."

"L'introduction d'une clause de réparation aurait pour effet de faire baisser les prix des pièces de rechange visibles, tout en permettant un fonctionnement plus efficace du secteur" sur le modèle de 11 pays de l'Union européenne, dont l'Allemagne, ou de celui des Etats-Unis.

L'Autorité de la concurrence souligne que si le nombre d'interventions a baissé de 15% entre 2000 et 2010, les prix de l'entretien-réparation, hors inflation, ont, selon l'Insee, augmenté de près de 30% depuis 2000.

L'association de consommateurs UFC-Que Choisir - qui militait avec, par exemple, le groupe indépendant Movidia (Norauto, Midas) pour une libéralisation du marché des pièces - a accueilli avec "une réelle et profonde satisfaction l'avis de l'Autorité de la concurrence sur l'entretien et la réparation automobiles, qui confirme le caractère sclérosé de ces marchés".

L'UFC-Que Choisir a dit accepter que cette libéralisation soit progressive si le calendrier de mise en oeuvre est raisonnable, c'est-à-dire si le processus de libéralisation totale n'excède pas trois ans.

LE SECTEUR VA AVOIR BESOIN DE TEMPS

Dans le contexte actuel de chute des ventes de voitures en Europe, le régulateur a en effet estimé nécessaire de mettre en place une période de transition "afin de prendre en compte les difficultés du secteur automobile, qui a besoin de temps pour revoir son modèle économique, et de permettre aux équipementiers français de se préparer à l'ouverture du marché".

Le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA) a dénoncé de son côté une analyse incohérente et erronée du marché de l'après-vente automobile.

"Si cet avis était suivi, il conduirait à une destruction d'activité et des pertes d'emplois dans la filière industrielle, estimés à plus de 2.200 personnes", affirme le CCFA dans un communiqué.

Les constructeurs estiment aussi que le consommateur perdrait en choix car les distributeurs ne conserveraient pas toutes les pièces en stock pour se concentrer sur les éléments les plus demandés et donc les plus rentables.

Concernant l'emploi, l'Autorité de la concurrence a estimé au contraire que les pertes éventuelles devraient être très limitées et pourraient être compensées par des créations de postes liées à la fabrication de pièces visibles par les équipementiers, tant pour l'exportation que pour le marché français.

Gilles Guillaume, édité par Dominique Rodriguez

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  • feniks le lundi 8 oct 2012 à 17:25

    Enfin on va pouvoir acheter des pièces défectueuses made in Asia, pour pas cher, même si celles-ci ne conviennent pas !

  • rleonard le lundi 8 oct 2012 à 17:24

    quel argument : cela va faire perdre des emplois : toujours à crier au loup. les besoins ne changeront pas mais ce sont d'autres qui prendront le marché s'ils ne veulent pas pratiquer des prix plus raisonnables. Perso, je vais pratiquement dans les casses et j'ai un garagiste indépendant qui me les installe et je m'en sort donc très bienpar rapport aux prix des concessionnaires