Le régime Assad dénonce un attentat à Damas, l'Onu perd patience

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Le régime Assad dénonce un attentat à Damas, l'Onu perd patience
Le régime Assad dénonce un attentat à Damas, l'Onu perd patience

par Ed Cropley

BEYROUTH (Reuters) - Un attentat suicide a fait vendredi neuf morts et 28 blessés aux abords d'une mosquée du centre de Damas, rapportent les médias officiels syriens, ce qui fragilise un peu plus le plan de paix de la communauté internationale auquel, selon les Nations unies, le régime de Bachar al Assad ne coopère pas suffisamment.

L'explosion s'est produite alors que les fidèles sortaient de la mosquée Zine al Abidine, près de laquelle avait été déployé un imposant dispositif de sécurité en cette journée de prière hebdomadaire car elle a fréquemment été le point de départ de manifestations hostiles au régime, selon l'opposition.

Des membres des forces de sécurité figurent parmi les blessés, ont rapporté les médias officiels.

"Nous voulions aller prier dans ce quartier mais nous avons été bloqués à un barrage. Les services de sécurité ne nous laissaient pas passer parce qu'il y a généralement des manifestations à cet endroit", a déclaré un opposant interrogé par Reuters du Liban.

"Puis nous avons entendu l'explosion. Elle a été très forte et ensuite les ambulances sont passées en trombe devant nous", a ajouté cet opposant. "J'ai vu des membres de corps humain et des lambeaux de chair sur la chaussée. La façade d'un restaurant a été détruite. Les gens criaient."

La télévision d'Etat a montré des images de lambeaux de chair calcinés et une main déchiquetée gisant sur la chaussée tandis que policiers et militaires tentaient de dégager l'accès pour les secouristes.

PAS DE REVENDICATION

Un habitant ayant parlé avec les services de sécurité a déclaré qu'un homme portant un uniforme militaire s'était approché des soldats déployés près de la mosquée puis avait actionné sa ceinture d'explosifs lors de son interpellation.

Aucune revendication n'a été formulée.

Un peu plus tôt, une puissante explosion a retenti à Sinaa, autre quartier de Damas, près d'un garage utilisé pour les autocars du gouvernement et par des miliciens du régime chargés de briser les manifestations.

Selon des commerçants, cette explosion a incendié une berline noire dont seul le conducteur a été blessé.

L'Onu estime à plus de 9.000 morts le bilan des violences en Syrie depuis le début du soulèvement contre Bachar al Assad en mars 2011. Le régime affirme pour sa part que des "groupes terroristes" soutenus par l'étranger sont responsables de la mort de 2.600 militaires et policiers.

Le centre de Damas a jusqu'à présent été plutôt épargné par les violences. Les explosions de vendredi surviennent toutefois moins d'une semaine après un attentat à la voiture piégée près d'un centre culturel iranien dans la capitale.

"On a entendu beaucoup d'explosions ces derniers temps à Damas, (...) et il semble que les (rebelles) et les forces d'Assad aient commencé à s'affronter à Damas également", a dit Mar Ram, un activiste de Midane, quartier où se trouve la mosquée Zine al Abidine.

Il est quasiment impossible de vérifier les informations de manière indépendante en Syrie en raison des restrictions imposées au travail des journalistes.

Un cessez-le-feu est officiellement entré en vigueur le 12 avril dans le cadre d'un plan de paix élaboré par Kofi Annan, émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe.

BAN JUGE LA SITUATION "INACCEPTABLE"

Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a accusé jeudi le régime de Bachar al Assad de violer ses engagements contenus dans ce plan de paix en ce qui concerne le retrait des armes lourdes et des troupes des centres urbains.

Ban Ki-moon s'est dit "profondément alarmé par la poursuite des violences et des tueries en Syrie, dont les bombardements et les explosions dans diverses zones résidentielles, et les affrontements armés. Cette situation est inacceptable et doit cesser immédiatement."

Le gouvernement et les rebelles s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu. Le régime s'est réservé le droit de répliquer à toute attaque.

Le Conseil de sécurité de l'Onu a approuvé le déploiement de 300 observateurs en Syrie. Une poignée se trouve déjà sur place et ils seront 30 d'ici lundi, selon les Nations unies.

La lenteur de ce déploiement suscite la colère des opposants sur le terrain et la frustration des pays occidentaux.

La France envisage de soumettre en mai au Conseil de sécurité un projet de résolution placé sous le chapitre VII de la charte de l'Onu si les forces syriennes ne se retirent pas des villes, ce qui pourrait entraîner des mesures allant des sanctions économiques à l'intervention militaire.

Une telle initiative risque de se heurter une nouvelle fois à la Russie, qui, avec la Chine, a opposé à deux reprises son veto à des projets de résolution jugés trop hostiles à Bachar al Assad.

Avec Khaled Yacoub Oweis, Erika Solomon et Dominic Evans, Bertrand Boucey pour le service français

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