Le réformisme à petits pas de François Hollande sanctionné

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LA DÉGRADATION DE LA NOTE DE LA FRANCE PAR S&P, SANCTION DU RÉFORMISME À PETITS PAS DE FRANÇOIS HOLLANDE
LA DÉGRADATION DE LA NOTE DE LA FRANCE PAR S&P, SANCTION DU RÉFORMISME À PETITS PAS DE FRANÇOIS HOLLANDE

par Jean-Baptiste Vey et Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - La politique de réformes structurelles à petits pas de François Hollande et les ternes performances économiques de la France sont sous le feu des critiques et expliquent la dégradation de la note souveraine du pays vendredi par Standard & Poor's.

La semaine prochaine, la Commission européenne pressera à son tour la France d'améliorer sa compétitivité et son marché du travail, en répétant que les réformes étaient la condition du délai qu'elle lui a accordé pour réduire son déficit public.

Les dirigeants français font, eux, le dos rond, se bornant à rappeler les réformes récentes, notamment l'allongement de la durée de cotisation pour les retraites, la baisse du coût du travail à travers le CICE et l'accord sur le marché du travail.

Après l'abaissement de la note française vendredi, François Hollande a lui-même expliqué que "cette politique qui repose sur des réformes qui ont déjà été engagées, qui se poursuivront, est la seule qui permette d'assurer la crédibilité".

Les ministres peinent quant à eux à préciser ce qui, au-delà d'une réforme de la formation professionnelle dont personne n'attend d'effets spectaculaires et d'assises de la fiscalité des entreprises pour lesquelles ils refusent de promettre une baisse des prélèvements, pourrait constituer une nouvelle vague de réformes.

Le ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici, a jugé "inexacts" les jugements portés par S&P, tandis que celui du Redressement productif, Arnaud Montebourg, estime que "les agences de notation n'ont aucune crédibilité".

LA FRANCE EN DEUXIÈME DIVISION?

Souvent critiques sur ces réformes, notamment celle des retraites jugée loin des enjeux financiers, les économistes et les partenaires de la France doutent de la volonté réformatrice de l'exécutif. Et ils refusent de prendre les promesses de sérieux de ses dirigeants pour argent comptant.

La Commission européenne n'a ainsi pas retenu les assurances non documentées par Paris sur le redressement des comptes publics en 2015, pour ne retenir qu'une projection à politique inchangée qui voit le déficit loin de l'objectif de 3% du PIB en 2015, à 3,7%.

"La France est en train de passer en deuxième division", déplore l'économiste Jacques Attali, ancien collaborateur du président socialiste François Mitterrand.

"Il n'y a pas de projet à moyen terme clair aujourd'hui, gauche et droite confondues, il y a une incompréhension de la situation qui amène à plus de dépenses", a-t-il ajouté sur LCI et Radio Classique. "Il faut passer à une autre étape: la réduction massive des dépenses par une modernisation de l'appareil public.".

Selon Philippe Waechter, économiste chez Natixis Asset Management, "le gouvernement français considère que la crise est cyclique, alors que S&P y voit des problèmes structurels, et juge insuffisantes les mesures prises jusqu'à maintenant".

Pour Ludovic Subran, économiste chez Euler Hermes, "la France était un peu en liberté conditionnelle mais elle s'est mal comportée", d'où la sanction de S&P, qui pourrait être suivie par les autres grandes agences de notation.

LES MARCHÉS RESTENT CALMES

Parmi les difficultés de la France, S&P évoque le faible soutien pour l'exécutif le moins populaire de la Ve République. L'agence souligne notamment "le mécontentement grandissant de l'opinion publique face au poids croissant de la fiscalité" et estime que "le niveau actuel du chômage amoindrit le soutien populaire en faveur de nouvelles réformes structurelles et sectorielles et affecte les perspectives de croissance".

Au plus bas dans les sondages, bousculé par une majorité paniquée face par la perspective de revers électoraux, fragilisé par les manifestations parfois violentes liées aux plans sociaux et au "ras-le-bol fiscal", François Hollande bénéficie paradoxalement encore de la bienveillance de celui qu'il avait désigné comme son principal adversaire: le monde de la finance.

La dégradation de la note de la France ne s'est pas traduite par une nette tension sur les marchés, le rendement des obligations souveraines progressant faiblement, tandis que l'écart avec l'Allemagne (le "spread") évoluait à peine.

"L'impact de la dégradation par S&P est quasi nul aujourd'hui et nous n'anticipons pas de ventes panique dans quelque secteur que ce soit", a dit Guillaume Dumans, codirecteur du bureau d'analyse 2Bremans à propos du marché actions.

L'annonce de la dégradation de la note française a été suivie de la publication d'une nouvelle batterie d'indicateurs négatifs pour l'économie française, avec une baisse de la production industrielle, une aggravation du déficit du commerce extérieur et des prévisions d'investissements négatives.

Avec Julien Ponthus, Michel Rose et Constance de Cambiaire, édité par Yves Clarisse

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