Le recul de la compétitivité de la France pas si net

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LE RECUL DE LA COMPÉTITIVITÉ DE LA FRANCE EST À RELATIVISER
LE RECUL DE LA COMPÉTITIVITÉ DE LA FRANCE EST À RELATIVISER

par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - Le recul de la France dans le classement de la compétitivité du Forum économique mondial (WEF) a fourni mercredi aux médias français une nouvelle occasion de s'alarmer du décrochage du pays, mais ses résultats doivent être largement relativisés.

L'étude, qui porte sur 148 pays, s'appuie en partie sur des sondages auprès de chefs d'entreprise, qui ne peuvent éviter les biais subjectifs, et lorsqu'elle fait appel à des indicateurs macroéconomiques, ses choix sont parfois discutables.

Ses auteurs ne contestent pas ces limites et précisent qu'il s'agit d'inciter les pays à s'améliorer sur certains points plutôt que de dresser un tableau parfaitement objectif.

Selon le classement, la France perd deux places par rapport à l'an dernier, au 23e rang, alors qu'elle était 18e il y a seulement deux ans, et se situe juste devant la Malaisie.

La Suisse reste première, devant Singapour, la Finlande, l'Allemagne, les Etats-Unis, la Suède, Hong Kong, les Pays-Bas, le Japon et le Royaume-Uni, pour ne citer que les dix premiers.

"Ce n'est pas une science exacte, ce n'est pas un exercice de physique nucléaire", explique Thierry Geiger, économiste au Forum économique mondial. "La France reste un pays très compétitif en comparaison internationale mais on voit cette tendance à la baisse, même si l'humeur (des sondés NDLR) est peut-être moins positive d'une année à l'autre."

L'indice global de la compétitivité du WEF est construit à partir de douze sous-indices. Les trois pour lesquels la France est la moins bien notée sont l'environnement macroéconomique (73e place), le fonctionnement du marché du travail (71e) et le fonctionnement du marché des biens (45e).

RELATIVISER L'APPRÉCIATION ÉCONOMIQUE

L'indice de l'environnement macroéconomique ne repose pas sur des sondages et n'est composé que d'indicateurs mais le choix de ces derniers peut-être discuté.

Sont pris en compte : le déficit public, le taux d'épargne, l'inflation, la dette publique et la note de crédit accordée au pays par les agences de notation.

Le lien entre l'état des finances publiques et la compétitivité peut facilement s'expliquer, ne serait-ce que par la pression fiscale liée au financement des déficits publics.

Mais la fiscalité est aussi une affaire éminemment politique comme le montre le débat sur le "ras-le-bol fiscal" en France et le choix d'efforts budgétaires désormais axés sur les économies.

Le déficit et la dette ne disent pas non plus à eux seuls tout de la soutenabilité des finances publiques, et donc de l'évolution de la fiscalité. Cette soutenabilité dépend aussi notamment de la force de l'économie, de la capacité de l'Etat à collecter l'impôt, de ses conditions de financement, ou encore de la structure de sa dette, des facteurs que ne reflète pas totalement sa note de crédit.

"C'est une catégorie qu'il faut vraiment relativiser", déclare Thierry Geiger. "La France a presque les moyens de cet endettement, les taux sont historiquement bas et on voit le Japon vivre avec 200% de dette et le pays s'en sort."

"C'est la difficulté d'avoir une recette pour tous les pays", ajoute-t-il. "Mais toutes choses égales par ailleurs, il vaut mieux être l'Allemagne ou la Suisse que la France."

Pour le marché du travail, l'indice est très subjectif.

UN SENTIMENT ANTI-HOLLANDE ?

De ses dix composantes, seules deux correspondent à des indicateurs réellement mesurés : le coût d'un licenciement et la participation des femmes dans le marché du travail. Les huit autres composantes sont des appréciations issues de sondages.

Parmi ces critères, la France est classée à la 144e place mondiale pour ses pratiques d'embauche et de licenciement, à la 135e sur les relations sociales dans l'entreprise et à la 127e sur l'effet de la fiscalité sur les incitations à travailler.

"On peut tout à fait dire qu'il y a un biais culturel", explique Thierry Geiger. "La façon dont répondent les gens peut tout à fait refléter leur sentiment du moment ou vis-à-vis de tel ou tel gouvernement."

"C'est peut être exagéré et il y a peut-être un ressentiment anti-Hollande" dans les réponses des sondés, ajoute-t-il.

Troisième point noir pour la France, le fonctionnement de son marché des biens, pour lequel elle est au 45e rang.

Sur les cinq composantes de ce sous-indice, quatre sont issus de sondages - dont l'effet des prélèvements sur l'incitation à investir, pour lequel la France est 137e. Seul véritable indicateur, le taux d'imposition global (65,7%), la place en 134e position, même s'il est souvent critiqué pour ne refléter qu'imparfaitement le coût du travail.

Edité par Yves Clarisse

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