Le rebond de la demande allemande, oxygène pour l'Europe du sud

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LE REBOND DE LA DEMANDE ALLEMANDE, UN RÉPIT POUR L'EUROPE DU SUD
LE REBOND DE LA DEMANDE ALLEMANDE, UN RÉPIT POUR L'EUROPE DU SUD

par Leigh Thomas

PARIS (Reuters) - La hausse des importations allemandes depuis le reste de la zone euro offre un répit bienvenu aux économies du Sud en difficulté et suggère que les tensions au sein du bloc se réduisent.

Les statistiques du commerce extérieur allemand publiées vendredi montrent que la balance commerciale allemande vis-à-vis de la zone euro, depuis longtemps excédentaire, est revenue à l'équilibre en avril pour la première fois depuis la création de la monnaie unique, les importations depuis les 16 autres Etats membres s'affichant en hausse de 5,4% sur un an.

Dans une zone euro en récession, la croissance économique de l'Allemagne, aussi faible soit-elle, constitue l'une des rares sources de demande adressée aux économies en difficulté du sud de l'Europe, comme l'Espagne ou le Portugal.

Pour Holger Schmieding, économiste chez Berenberg, une demande solide de la part des consommateurs allemands permettra cette année aux importations de croître plus rapidement que les exportations.

"Cela va bénéficier en particulier aux économies de la périphérie, qui vendent davantage de biens à l'Allemagne et attirent davantage de touristes allemands", explique-t-il.

L'Allemagne a été critiquée par certains de ses partenaires, dont la France, et par l'OCDE, qui estiment que sortir la zone euro de la crise suppose plus que la simple réduction des dettes des Etats du sud de l'Europe.

La solution à long terme, estiment-ils, implique également une augmentation de la demande en Allemagne, première économie européenne, pour qu'elle achète davantage à ses partenaires.

L'économiste en chef de Barclays, Philippe Gudin, estime que la situation s'est améliorée depuis 2010, quand la ministre des Finances française, Christine Lagarde, avait choqué les Allemands en leur demandant d'accroître leur demande intérieure.

"Il faut reconnaître que l'Allemagne participe à ce rééquilibrage", ajoute cet ancien haut responsable de la direction du Trésor français. "Depuis 2010, on a une économie allemande beaucoup plus équilibrée entre demande intérieure et demande extérieure."

La banque centrale allemande a abaissé sa prévision de croissance pour l'Allemagne vendredi pour prendre en compte la perspective d'une croissance moins importante des exportations par rapport aux importations. Elle estime désormais que l'économie allemande croîtra de 0,3% cette année, contre 0,4% prévu auparavant.

LE CHEMIN DE LA REPRISE ?

La réduction des déficits des comptes courants des économies du sud de l'Europe s'explique en grande partie par une "mauvaise" raison, à savoir une consommation déprimée qui a provoqué une baisse des importations.

Mais désormais, les exportateurs d'Espagne et d'ailleurs regagnent des parts de marché, bénéficiant des réformes douloureuses mises en oeuvre pour rendre leur économie plus compétitive et faire baisser les coûts salariaux.

Le Portugal a annoncé vendredi que son déficit commercial avait baissé de plus d'un quart au premier trimestre 2013 par rapport à la même période de l'an dernier.

L'Espagne, elle, a fait état d'un excédent commercial en mars, le premier depuis que la balance commerciale fait l'objet d'un suivi statistiques, les exportations continuant à se redresser tandis que les importations plongeaient du fait d'une demande intérieure anémique.

"Les mesures mises en oeuvre depuis quatre ans maintenant, qui visent à rééquilibrer notamment les pays périphériques, commencent à fonctionner", conclut Philippe Gudin.

Même la France, dont les réformes ont été bien moins ambitieuses, a vu son déficit commercial se stabiliser après des années de baisse continue, reflétant la perte de compétitivité de la deuxième plus grande économie de la zone euro.

Les chiffres de la balance commerciale française publiés vendredi montrent que le déficit hors énergie a été nul en avril, même s'il reste à démontrer que cette tendance puisse durer.

Malgré ce douloureux rééquilibrage au sein des économies européennes, beaucoup de chemin reste à faire.

Les pays de la zone euro commercent globalement désormais moins entre eux qu'ils ne le font avec le reste du monde. Seuls 45% des exportations de la zone euro se font à l'intérieur du bloc, soit le niveau le plus faible depuis la création de la monnaie unique, contre près de 52% de 2009 avant le début de la crise des dettes souveraines.

Avec Sarah Marsh à Berlin, Jean-Baptiste Vey pour le service français, édité par Marc Angrand

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