Le ras-le-bol fiscal plus fort que la grogne sociale

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L'EXÉCUTIF DÉSTABILISÉ PAR LE RAS-LE-BOL FISCAL
L'EXÉCUTIF DÉSTABILISÉ PAR LE RAS-LE-BOL FISCAL

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le "ras-le-bol" fiscal diagnostiqué en France par le ministre de l'Economie Pierre Moscovici déstabilise un gouvernement pris de court par l'ampleur du phénomène, alors qu'il a jusqu'à présent été épargné par les mouvements sociaux classiques.

D'erreurs de communication en mesures fiscales improvisées, retirées ou édulcorées aussitôt qu'annoncées, François Hollande est en passe de perdre la crédibilité regagnée avec une réforme des retraites qui n'a guère mobilisé la rue.

"La protestation syndicale n'est qu'une partie de la protestation sociale et populaire", souligne Guy Groux, chercheur associé au Centre de recherche de l'Institut de sciences politiques de Paris (Cevipof).

L'actuelle hypersensibilité des Français à la fiscalité expose le chef de l'Etat socialiste à un triple risque: sanction dans les urnes par les classes moyennes, jacqueries sporadiques comme en Bretagne et guérilla du patronat.

Cette hypersensibilité est liée à un taux de prélèvements parmi les plus élevés au monde. Mais pour l'économiste Elie Cohen, elle a aussi été alimentée par les déclarations de Pierre Moscovici et de François Hollande.

"Si les plus hautes autorités de l'Etat prennent position pour un gel fiscal et qu'après on apprend tous les matins à la radio qu'il y a une nouvelle mesure, quelque chose ne va plus."

Des économistes qui ont soutenu François Hollande en 2012 critiquent sévèrement un manque de cohérence.

"Il y a un éparpillement de mesures dont la seule cohérence est la volonté de réduire le déficit budgétaire", dit ainsi Michel Aglietta, professeur à l'université de Paris-Nanterre.

TROIS FRONTS

Elie Cohen n'hésite pas à qualifier de "mesure imbécile" la taxation supplémentaire des produits de l'épargne longue (PEA, PEL et assurance-vie) à laquelle le gouvernement a renoncé partiellement ce week-end, ou de "connerie" la taxation de l'EBE (excédent brut d'exploitation) un temps envisagée.

Cela pose la question de la "capacité d'arbitrage politique de Bercy", qui paraît selon lui fortement affaiblie: "Comment un ministre a-t-il pu laisser passer la taxe sur l'EBE?"

Mais il convient de distinguer trois phénomènes qui n'ont guère vocation, selon lui, à converger sur le terrain.

Si la taxation de l'épargne longue a donné lieu à un débat public âpre, il ne faut pas s'attendre à ce que les détenteurs de PEA ou d'assurance vie descendent dans la rue.

Le Medef, principale organisation patronale, sait pour sa part jouer des contradictions gouvernementales et "a réussi à avoir quelques victoires faciles", notamment sur l'EBE. "Mais on sait négocier avec lui", fait valoir Elie Cohen.

En revanche, "la révolte bretonne sur l'écotaxe, c'est autre chose. Ça renoue avec une tradition insurrectionnelle", ajoute-t-il. "Si le mouvement breton venait à s'étendre, le gouvernement serait confronté à un vrai problème."

Le mouvement anti-écotaxe en Bretagne est très hybride et rompt avec les mouvements catégoriels classiques, souligne Guy Groux, le spécialiste des mouvements sociaux du Cevipof.

"Cela va des paysans aux entrepreneurs, des petits patrons de PME aux représentants du Medef et aux salariés menacés de licenciement, à quoi s'ajoute un mécontentement diffus", dit-il.

Aucun des analystes interrogés ne croit cependant vraiment à une extension de la jacquerie bretonne, ancrée dans une réalité sociale spécifique et une forte identité régionale.

LE RISQUE DU POPULISME

En revanche, ce ras-le-bol fiscal aura "une traduction lors des prochaines élections" municipales et européennes de 2014, prédit Elie Cohen, selon qui le gouvernement s'efforcera de calmer le jeu lors des prochaines assises de la fiscalité.

Pour l'économiste Philippe Chalmin, le prochain test pour la crédibilité de François Hollande sera cette semaine sa rencontre avec les dirigeants des clubs de football de première division, ulcérés par la surtaxe de 75% sur les hauts salaires.

"Si jamais il recule sur les clubs de football, c'est la fin", estime-t-il.

Un autre danger guette le gouvernement: l'affaiblissement du consentement à l'impôt, une des bases de la démocratie.

Cet affaiblissement risque de nourrir des formations populistes comme le Front national, lointain héritier du poujadisme, mouvement politique né au début des années 1950 d'une révolte antifiscale de commerçants et d'artisans. Jean-Marie Le Pen, fondateur du FN, en fut un des élus en 1956.

Face à ce danger, les appels à une réforme en profondeur de la fiscalité, promise en 2012 par François Hollande mais jamais ébauchée, reprennent de la vigueur.

"Il faut remettre à plat tout le dossier fiscal", a ainsi déclaré le dirigeant communiste Pierre Laurent sur France Info.

"Le mot 'ras-le-bol fiscal' a été une lourde erreur. Et l'autre erreur est de ne pas avoir fait la réforme fiscale que les Françaises et les Français attendaient", a renchéri le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé sur RMC et BFMTV.

Pour Philippe Chalmin, lui-même partisan d'un "grand soir fiscal", une telle réforme ne peut cependant se concevoir que dans les trois premiers mois après l'élection présidentielle.

Cet économiste est de ceux qui, comme le dirigeant centriste Jean-Louis Borloo, commencent à voir dans une éventuelle dissolution de l'Assemblée nationale une possible issue pour François Hollande, qui pourrait être tenté de passer le "bébé" à la droite pour essayer de retrouver une virginité pour la présidentielle de 2017.

"Je ne pense pas que ce soit mûr, pas avant les municipales en tout cas. Mais après, pourquoi pas?" souligne-t-il.

Edité par Yves Clarisse

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  • frk987 le lundi 28 oct 2013 à 19:02

    Sallio, ils ne perçoivent pas un salaire mais des indemnités...profonde nuance !!!!

  • j.sallio le lundi 28 oct 2013 à 18:31

    Il serait intéressant de savoir à quels taux sont assujéti Députés sénateurs et ministres par le paiement de L'impôt sur le revenu, sans compter les avantages en Nature dont ils disposent.l'etat français s'endette pour Payer cette catégorie de personnes

  • M9390997 le lundi 28 oct 2013 à 18:29

    Article très intéressant : http://www.thailande-fr.com/actu/edito/26537-france-na-besoin

  • j.sallio le lundi 28 oct 2013 à 18:27

    Le socialisme martelé fiscalement le budget des classes Moyennes et veut faire en sorte que 800000 à 1 millionDe personnes en plus payent l'impôt sur le Eevenu pour2014. Ils ont déjà des difficultés à payer logement, Nourriture et chauffage, mais en plus l'état va les Ponctionner. Les gouvernements vont des erreurs de Gouvernance et c'est la populace qui va payer, c'est le Rêve de devenir ministre. On vous attribue une fonctionAvec tous les avantages et un gros salaire à la clef

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