Le rapport sur la CIA relance une enquête judiciaire en Pologne

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VARSOVIE, 12 décembre (Reuters) - Le rapport de la commission du Renseignement du Sénat américain sur les méthodes de la CIA après les attentats du 11 septembre 2001 pourrait fournir de nouvelles pistes aux procureurs polonais qui enquêtent depuis 2008 sur la coopération des autorités polonaises avec l'agence centrale de renseignement. Sans mentionner nommément la Pologne, le rapport publié mardi à Washington, croisé avec un arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), a confirmé que la CIA avait disposé en 2002-2003 d'un centre secret dans le nord-est du pays où des "ennemis combattants" arrêtés dans le cadre de la "guerre contre le terrorisme" ont été interrogés parfois avec brutalité. Ces révélations ont conduit Aleksander Kwasniewski, président polonais de 1995 à 2005, à admettre pour la première fois qu'il était au courant de l'existence de ce centre. Mais, a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse organisée mercredi avec son Premier ministre de l'époque, Leszek Miller, ses interlocuteurs américains lui avaient affirmé que les détenus regroupés dans ce "site noir" avaient accepté de coopérer avec la CIA et il ignorait tout de ce qui se passait à l'intérieur du bâtiment. (voir ID:nL6N0TU303 ) Pour Mikolaj Pietrzak, l'avocat d'un des trois ex-détenus à l'origine de l'enquête ouverte en 2008 par la justice polonaise, les procureurs ont du grain à moudre. "Si j'en crois les informations parues dans les médias, les déclarations publiques de M. Kwasniewski et de M. Miller laissent entendre que les procureurs ont assurément un motif pour les interroger", a-t-il dit. "Leurs déclarations récentes indiquent pour la première fois qu'ils savaient que des gens étaient détenus sur ce site", a-t-il ajouté. Son client, Adb al Rahim al Nashiri, et deux autres hommes, Abu Zubaydah et Walid Bin Attash, sont à l'origine de l'enquête ouverte en 2008. Ils affirment avoir été détenus illégalement et soumis à des abus dans ce centre polonais de la CIA. Les procureurs n'ont jamais révélé quelles étaient les personnalités visées par leur enquête. Et prié de dire si les déclarations de Kwasniewski et Miller seraient versées au dossier, Piotr Kosmaty, porte-parole du Bureau des procureurs de Cracovie où est menée l'enquête, s'est refusé à tout commentaire. Il a indiqué en revanche que les procureurs demanderaient sans doute au département américain de la Justice la version intégrale du rapport, très expurgée dans sa version rendue publique. Pour l'heure, le mandat des procureurs expire en avril prochain. Cet élément pourrait repousser le calendrier, a ajouté Kosmaty. "J'ai le sentiment qu'ils feront tout ce qui est possible pour ne pas boucler cette enquête (avant les élections législatives prévues fin 2015)", a commenté Adam Bodnar, vice-président de la Fondation Helsinki pour les droits de l'homme, qui assiste les trois plaignants. (Christian Lowe et Pawel Sobczak avec Wojciech Zurawski à Cracovie; Henri-Pierre André pour le service français)

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