« Le rapport Moreau propose-t-il les bonnes pistes pour l'avenir des retraites ? » - Le débat de la semaine avec le Cercle des économistes (Jean-Michel Charpin)

le
57
Rendu public vendredi dernier, le rapport Moreau propose des pistes pour la réforme des retraites que le Gouvernement a annoncée pour 2013. Selon Jean-Michel Charpin, le document met le projecteur sur les vrais problèmes. Un bon outil de travail pour le gouvernement.

On sait qu'il y a déjà eu plusieurs réformes des retraites : l'allongement de la durée de cotisation du régime général en 1993, l'ambitieuse loi Fillon de 2003, le décalage des bornes d'âge en 2010. Ces réformes ont eu des effets importants : ainsi, les taux d'activité et d'emploi des seniors augmentent continûment depuis 2000. Mais il est désormais indispensable d'aller plus loin.

La mission confiée à la commission présidée par Yannick Moreau couvrait trois sujets principaux. D'abord assurer l'équilibre financier à court terme, c'est-à-dire en 2020. À cet effet, le rapport propose de nombreuses options pour trouver les 7 milliards nécessaires. Ensuite, organiser le décalage progressif de l'âge de cessation d'activité jusqu'en 2035, date à laquelle les ratios démographiques devraient cesser de se détériorer pour une trentaine d'années. La commission propose sur ce point aussi plusieurs scénarios, fondés principalement sur des augmentations plus ou moins amples et rapides de la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier du taux plein. Enfin, préparer des modifications des règles de façon à améliorer l'équité du système, notamment vis-à-vis des personnes ayant occupé des emplois pénibles.

Tout ceci a été réalisé avec sérieux et compétence par la commission, et le Gouvernement pourra y puiser des pistes intéressantes et documentées.

De plus, le rapport Moreau a le grand mérite de mettre le projecteur sur les vrais problèmes, il évite les fausses fenêtres et les questions biaisées.

Il ne perd pas de temps à envisager des dispositifs de capitalisation. Quoi qu'on pense des mérites respectifs de la répartition et de la capitalisation, et de leur dosage optimal, il est clair que ce n'est certainement pas au moment des plus vives tensions sur le financement qu'on peut envisager de demander à la jeune génération de cotiser en plus pour un complément de retraite individuel.

De même, le rapport ne s'attarde guère sur les idées de réforme systémique, qu'il s'agisse des systèmes en points ou en comptes notionnels. Ces systèmes présentent des caractéristiques intéressantes. Mais le coût de transition serait très élevé et l'énergie dépensée pour organiser de telles réformes pénaliserait le traitement des questions urgentes de financement et d'équité.

Enfin, le rapport aborde prudemment les différences entre régime général et régimes du secteur public. À juste titre. Il rappelle d'abord que les écarts de taux de remplacement et d'âge de liquidation sont faibles entre les affiliés au régime général et les fonctionnaires dits sédentaires. Quant aux militaires et catégories actives, il peut y avoir de bonnes raisons à leurs régimes dérogatoires.

L'opinion est devenue si sensible à cette question que le rapport se devait de proposer une poursuite du rapprochement des deux catégories de régimes. Mais il est conscient de la difficulté extrême du traitement de la question des primes, tant politiquement qu'en termes d'équité.


Jean-Michel Charpin



Pour poser vos questions à Jean-Michel Charpin, cliquez ici. Il vous répondra mardi 18 juin à 17h.

Jean-Michel Charpin est inspecteur général des finances et membre du Conseil d'orientation des retraites. En 1999, il rend son rapport « L'avenir de nos retraites » au Premier ministre. Polytechnicien et diplômé de l'ENSAE, Jean-Michel Charpin a rempli plusieurs fonctions dans le secteur public dont celles de directeur général de l'INSEE, de commissaire au Plan et de directeur du CEPII. Il a également été professeur d'économie à l'Ecole centrale et membre du Comité de direction générale de la BNP.
Ses principaux domaines d'expertise sont la macroéconomie, les statistiques, les retraites et l'énergie.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • H.MANSIL le mercredi 28 aout 2013 à 14:04

    L’habitude dans la fonction publique est de donner des promotions un an avant la retraite qui est alors « calculée » sur les 6 derniers mois ! On a donc, de fait, des retraites à hauteur du salaire des années de fin de carrière ! Quelque part, c’est se moquer des gens du privé. Mais comme on dit : « tant va la cruche à l’eau, … » et à force d’exagérer, il faut s’attendre à ces réactions de rejet de ces systèmes.

  • H.MANSIL le mercredi 28 aout 2013 à 12:05

    le système par répartition est "intrinsèquement" tronqué et les générations futures sont forcément les dindons. Elles devront payer de plus en plus parce que : d'une part la durée de vie s'allonge et d'autre part, la logique et le bon sens appellent à une augmentation du niveau de vie càd à une amélioration des retraites. Alors ? il faut aussi "explorer" la capitalisation.

  • H.MANSIL le mercredi 28 aout 2013 à 11:46

    Je ne comprends pas qu’on s’attache « mordicus » à la seule retraite par répartition : on cotise, on est retraité puis on disparaît. Dans la capitalisation, les cotisations sont investies et quand on disparait les « investissements » vont aux descendants. C’est ce que font les particuliers qui le peuvent quand ils achètent un appartement dont les loyers doivent compléter la retraite. Quand ils disparaissent, cet « investissement » va aux héritiers qui ne recommencent pas tout à zéro.

  • xela78 le lundi 19 aout 2013 à 10:52

    Arretez de fantasmer la réforme ( enfin la décision) se fera par une augmentation de la CSG. donc comme d'habitude avec les socialistes impots et taxes supplémentaires.Alors ce n'est pas la peine de payer un nombre de personnes importants pour trouver une solution aussi nulle sur un problème aussi important.

  • lilian92 le jeudi 15 aout 2013 à 19:29

    Retraite du public doit être égale à celle du privé, même âge, même taux de cotisation, même durée de cotisation, calculée sur les 25 meilleures années ect... Les fonctionnaires touchent en retraite 80 à 100% de leur salaire car la dernière année on leur donne des promotions et des augmentations de salaire...

  • grokuik1 le mercredi 19 juin 2013 à 11:12

    COMME TOUJOURS LA QUESTION SUR MAJORATIONS RETRAITE A PARTIR DU 3°ENFANT EST PASSEE A LA TRAPPE / PAS BEAUCOUP DE VOLONTAIRES POUR REPONDRE A CETTE ANOMALIE QUI DURE DEPUIS DES LUSTRES !!! vache sacree !!! le reste pipo de chez pipo !!

  • alc2855 le mercredi 19 juin 2013 à 09:36

    Encore une réforme bidon. Décidément, ce qui distingue l'UMP et le PS est de plus en plus mince....Il va donc être temps d'aller voir ailleurs !

  • lilian92 le mercredi 19 juin 2013 à 09:33

    JM.Charpin inspecteur général des finances donc haut fonctionnaire, membre du PS. membre de la commission retraite. Autrement dit celui qu'il ne faut pas , il ne donnera aucune piste pour aligner le public sur le privé et pourtant c'est simple: l'équité entre public privé, mêmes règles ! Il faut se préparer à manifester ! N'oubliez pas aussi les municipales, car nous avons un gouvernement sectaire...

  • tamtou le mercredi 19 juin 2013 à 08:46

    Nan mais ! Jean-Michel Charpin c'est un membre du PSCe rapport est bidonné, il est guidé pour ne pas dire écrit par l'élysée et Matignon.

  • villanti le mardi 18 juin 2013 à 21:56

    ras le bol ,de ce système de retraites qui ne peu plus marcher ,vive les retraites privées personnelles ,la répartition est devenue une stupidité notoire tant il y a d'utilisateurs du système par rapport aux actifs leur payant "leur droit": HELP les vaches à lait n'en peuvent plus !