Le rapport Moreau prône d'allonger la durée de cotisation retraite

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POUR JEAN-MARC AYRAULT, LA RÉFORME DES RETRAITES EST À NOTRE PORTÉE
POUR JEAN-MARC AYRAULT, LA RÉFORME DES RETRAITES EST À NOTRE PORTÉE

par Elizabeth Pineau et Julien Ponthus

PARIS (Reuters) - Allongement de la durée de cotisation des actifs et hausse de la fiscalité pour les retraités: le rapport Moreau remis vendredi au Premier ministre trace les pistes d'un retour à l'équilibre du système de financement des retraites en France d'ici 2020.

L'effort financier envisagé s'élève à sept milliards d'euros pour le régime général mais les régimes spéciaux ne sont pas visés par le rapport et une modification du calcul des droits à la retraite des fonctionnaires n'est envisagée que par souci de "lisibilité", pas pour réduire le montant de leurs pensions.

Les propositions de Yannick Moreau restent néanmoins sensibles socialement et le gouvernement a insisté sur le fait qu'elles demeuraient, pour l'heure, de simples pistes de réflexion appelées à être discutées avec les partenaires sociaux à partir de la conférence sociale de la semaine prochaine.

"Les sujets seront abordés avec le souhait de trouver une réforme de long terme, pas simplement pour redresser les comptes immédiatement", a déclaré François Hollande lors d'une conférence de presse à l'Elysée. "Nous devons aussi offrir aux jeunes générations une perspective pour leurs retraites".

"Nous faisons en sorte de respecter nos partenaires, notamment les partenaires sociaux, qui vont être bientôt associés, consultés, même si c'est le gouvernement et seulement le gouvernement qui prendra la décision", a-t-il rappelé.

La réforme des retraites, objet d'un projet "à la fin de l'été" est "totalement à notre portée", moyennant des efforts qui ne seront "pas écrasants" pour les Français, a dit quant à lui le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, après avoir reçu les auteurs du rapport.

Dans ce dossier difficile qui a accouché dans la douleur de quatre réformes insuffisantes en 22 ans, les auteurs prédisent "25 ans difficiles mais un avenir plus dégagé pour les jeunes générations" grâce à la vitalité de la natalité française.

La commission présidée par Yannick Moreau considère un allongement de la durée de cotisation comme "la réponse la plus pertinente pour adapter le système de retraites au progrès social que constitue l'allongement de l'espérance de vie".

Elle pose deux hypothèses: augmenter "rapidement" la durée de cotisation à 43 ans pour la génération née en 1962, puis à 44 ans pour ceux nés en 1966, contre 41,5 ans actuellement.

RAPPROCHER LES RÈGLES PUBLIC-PRIVÉ

Une seconde hypothèse consiste à allonger la durée de cotisation d'un trimestre toutes les deux générations jusqu'à la porter à 42,25 ans pour les Français nés en 1961 et 1962.

Les salariés pourraient aussi cotiser plus via une hausse des cotisations d'assurance-vieillesse de 0,1 point par an pendant quatre ans au-delà d'un certain plafond de salaire.

Les retraités devraient mettre la main à la poche à travers une hausse importante de l'impôt sur le revenu avec une diminution, voire une suppression de l'abattement fiscal de 10%.

La commission propose aussi d'aligner le taux maximal de Contribution sociale généralisée (CSG) des retraités, qui est de 6,6%, sur celui des actifs (7,5%).

Les retraités pourraient aussi être mis à contribution avec une sous-indexation "exceptionnelle" des pensions.

La commission Moreau s'est gardée de présenter des propositions sur les régimes spéciaux comme ceux de la SNCF.

Elle juge aussi que la différence des modes de calcul avec le privé pose plus un problème de "lisibilité" entre les régimes, qu'une injustice en termes de traitement.

Une des craintes des syndicats était que la commission propose de d'aligner le calcul du public, basé sur les six derniers mois hors primes, sur les 25 meilleures années, comme c'est le cas dans le secteur privé.

"On peut éventuellement rapprocher un peu les modes de calcul pour que ce soit plus lisible", a jugé devant la presse Yannick Moreau, insistant sur le fait que ce mode de calcul ne se traduit pas dans les faits par des inégalités de traitement.

"La situation actuelle des fonctionnaires et des salariés du secteur privé, sur le niveau de la retraite par rapport à leur niveau de salaire est sensiblement la même", a-t-elle indiqué.

LES FRANÇAIS SCEPTIQUES

Sans attendre le début du débat entre gouvernement et partenaires sociaux, le 20 juin prochain, le secrétaire général de Force ouvrière a mis en garde contre le risque d'une mobilisation sociale sur un sujet qui a fait descendre des millions de Français dans la rue en 1995 et 2010, notamment.

"S'il faut mobiliser, on n'hésitera pas", a prévenu Jean-Claude Mailly sur Europe 1. "Le gouvernement va marcher sur des oeufs, il faut qu'il soit bien prudent."

La CGT parle quant à elle de "démagogie".

"L'allongement de la durée requise pour le taux plein, la désindexation ne sont en rien des solutions pour pérenniser et améliorer le système de retraite français dans l'intérêt des actifs et des retraités, toutes générations confondues", peut-on lire dans un communiqué du syndicat.

Sur ce dossier crucial du quinquennat de François Hollande, les Français se montrent sceptiques.

Selon un enquête Opinionway pour Tilder-LCI-Le Figaro publié jeudi, deux-tiers des sondés (68%) ne font pas confiance au président de la République pour mener à bien la réforme des retraites. Ils sont même 80% à estimer que le gouvernement ne réussira pas à garantir l'avenir du système.

Edité par Yves Clarisse

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  • frk987 le vendredi 14 juin 2013 à 16:57

    Faire une exception pour FH : à la retraite demain, je n'y vois pas d'inconvénients !!!

  • Gary.83 le vendredi 14 juin 2013 à 15:58

    le PS est dans une m... noire !! mais il l'a bien cherché ! la gauche à force de donner des leçons à tout le monde se trouve au pied du mur !!! et c'est là qu'on voit le mur !!

  • lorant21 le vendredi 14 juin 2013 à 14:06

    Pauvre jeune qui ne trouve pas de boulot en début de carrière et qui aura du chomage. Il travaillera jusqu'à 74 ans.. mais, bon, si le PS trouve que c'est "juste".. pour moi, repousser la date limite est aussi juste!

  • neutro le vendredi 14 juin 2013 à 14:02

    Et pourquoi les privés ne descendraient-ils pas aussi dans la rue si les inégalités ne sont pas réduites?

  • M566619 le vendredi 14 juin 2013 à 13:33

    Et bien sûr pas question de toucher aux régimes spéciaux ou aux avantages pendant la carrière (par exemple, électricité quasiment gratuite à l'EDF)