Le rapport Merah relève des défaillances objectives

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DES DÉFAILLANCES OBJECTIVES MISES EN ÉVIDENCE DANS LE RAPPORT SUR L?AFFAIRE MERAH
DES DÉFAILLANCES OBJECTIVES MISES EN ÉVIDENCE DANS LE RAPPORT SUR L?AFFAIRE MERAH

PARIS (Reuters) - Le rapport de l'inspection générale de la police sur l'affaire Merah, rendu public mardi par le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, relève des défaillances objectives, en particulier de la Direction nationale du renseignement intérieur (DCRI).

Mohamed Merah, l'auteur des tueries qui ont fait sept morts à Toulouse et Montauban, était dans le viseur de la DCRI depuis 2006 mais n'a pas été inquiété en raison d'une mauvaise appréciation de la menace qu'il représentait.

Les défaillances "échappent à l'erreur humaine caractérisée" mais tiennent à "la conjonction d'omissions et d'erreurs d'appréciation, à des problèmes de pilotage et d'organisation des services et à des cloisonnements encore très présents entre renseignements intérieur, police judiciaire et sécurité publique", dit le rapport.

Le patron de la DCRI au moment de l'affaire Merah, Bernard Squarcini, a déploré un "rapport tronqué".

"Je n'ai jamais été entendu par l'IGPN dans cette affaire", assure-t-il, cité par Le Figaro.fr.

Jean-Jacques Urvoas, président PS de la commission des lois de l'Assemblée nationale, s'interroge sur l'indépendance de l'inspection générale vis-à-vis de la direction de la police, dont dépend la DCRI.

"Les probables défaillances humaines sont éludées au profit de considérations purement administratives et organisationnelles", déplore-t-il dans un communiqué.

Le rapport souligne le long délai de réaction de la DCRI, l'attentisme du service toulousain "en l'absence de réponse de sa centrale", et l'impréparation des agents qui avaient entendu le futur "djihadiste" en novembre 2011.

Des documents déclassifiés ont montré que les services de renseignements n'ignoraient rien des voyages de Mohamed Merah en Afghanistan et au Pakistan et qu'il était alors considéré comme une "menace directe".

Un rapport détaillait notamment sa proximité avec à la fois son frère Abdelkader, mis en examen pour complicité dans l'affaire de Toulouse, et des islamistes radicaux condamnés en 2009 pour avoir développé une filière de candidats au djihad.

LE RAID DÉSTABILISÉ

Le rapport met également en évidence des défaillances lors de l'opération, à Toulouse, au domicile de Mohamed Merah, qui a abouti à sa mort.

Il constate que l'opération a été fragilisée d'emblée par l'absence de surveillance de l'appartement.

Les inspecteurs généraux s'étonnent également que l'unité d'élite du Raid ait été fortement déstabilisée par les coups de feu tirés par le jeune homme à travers sa porte.

"Il s'agit là d'une défaillance objective qui pose plusieurs questions, tant en termes de pilotage et de coordination du dispositif de surveillance que du choix des équipes à engager sur la mission", écrivent-ils.

Manuels Valls s'est rendu lundi au siège de la DCRI, à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), avant de rendre public le rapport.

Dans un communiqué, le ministre rappelle avoir commandé ce rapport pour renforcer à l'avenir "l'efficacité des services de renseignements face aux mutations des menaces terroristes."

Le rapport comprend des pistes concrètes visant à renforcer les outils de détection, de surveillance et d'enquête, ainsi que d'évaluation des risques terroristes.

Il prévoit pour la DCRI la création d'une structure dédiée au pilotage des services territoriaux, le développement d'une structure d'audit interne, la formalisation des entretiens de prévention-dissuasion et le recours à des experts extérieurs.

Gérard Bon, édité par Patrick Vignal

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