Le ralentissement économique mondial menace de durer

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LE RALENTISSEMENT ÉCONOMIQUE MONDIAL MENACE DE DURER
LE RALENTISSEMENT ÉCONOMIQUE MONDIAL MENACE DE DURER

par Ross Finley et Rahul Karunakar

LONDRES/BANGALORE (Reuters) - Le ralentissement de l'économie mondiale risque de se prolonger l'année prochaine et la désinflation de persister plus longtemps encore, selon la grande majorité des près de 300 économistes interrogés par Reuters à travers le monde dans le cadre d'une enquête trimestrielle.

Cette mise en garde, émanant d'analystes qui se sont souvent montrés trop optimistes dans leurs prévisions sur la reprise depuis la crise financière de 2008, intervient en dépit du maintien de politiques monétaires ultra-accommodantes par la plupart des grandes banques centrales depuis plus de cinq ans.

Après le report le mois dernier par la Réserve fédérale américaine de la hausse de ses taux directeurs, justifié par les inquiétudes sur l'économie mondiale, et en particulier sur la Chine, la stimulation monétaire devrait se prolonger encore à l'échelle mondiale.

Les quelques économies qui ont redressé la tête cette année -- qu'il s'agisse des Etats-Unis, de la zone euro ou de la Grande-Bretagne -- sont désormais confrontées à une demande mondiale déclinante et elles auront du mal à maintenir leur rythme de reprise, montre l'enquête.

"De manière inquiétante, l'horizon semble de plus en plus se boucher pour les zones qui se sont montrées les plus résistantes, les Etats-Unis et l'Europe", prévient Christian Keller, responsable de la recherche économique de Barclays dans une note intitulée "En route pour le marasme".

Ces inquiétudes se retrouvent dans les enquêtes Reuters sur les prix des actifs, qu'il s'agisse des actions, des taux obligataires, des matières premières et des prix du pétrole ou encore des devises émergentes, toutes orientées à la baisse.

Si les prévisionnistes s'attendent toujours à une année 2016 meilleure que la précédente, ils n'ont cessé de revoir à la baisse leurs anticipations depuis le début de l'année, à l'instar d'organisations internationales comme le Fonds monétaire international ou l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Les révisions en baisse sont toutefois plus nombreuses que lors des dernières années.

Les prévisions de croissance sont en particulier moins optimistes et celles sur l'inflation ont été abaissées partout, ce qui laisse penser que les politiques monétaires très volontaristes n'ont guère été efficaces pour relancer la hausse des prix.

"LES ETATS-UNIS NE SONT PAS À L'ABRI"

La croissance mondiale devrait s'établir à 3,1% cette année et atteindre 3,4% en 2016, dans l'hypothèse toutefois du maintien généralisé de politiques monétaires accommodantes et de l'absence de corrections majeures sur les marchés financiers en dépit de plusieurs années de hausse des indices boursiers et de taux d'intérêt à long terme extrêmement bas.

"Les Etats-Unis ne sont pas à l'abri. Sept ans après le début de la reprise américaine, c'est frustrant pour la Réserve fédérale qui n'est toujours pas très encline à relever les taux d'intérêt", relève Janet Henry, responsable des études économiques de HSBC.

L'économie américaine, qui a calé en début d'année comme cela lui est arrivé à plusieurs reprises depuis son redémarrage, semble robuste mais ne devrait pas accélérer fortement, ni enregistrer une nette accélération de l'inflation malgré un taux de chômage très bas.

La Grande-Bretagne est dans une situation comparable et la zone euro reste confrontée à un chômage élevé que la poursuite, voire l'extension, du programme d'assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne (BCE) ne suffira pas à résorber.

Les plus fortes inquiétudes à court terme se concentrent sur les marchés émergents, qui ont tiré la croissance mondiale jusqu'à ces dernières années.

La Chine peine à rassurer sur l'ampleur du ralentissement de son économie en dépit d'une succession de mesures d'assouplissement monétaire sur fonds de réorientation de son modèle de croissance, censé le rendre moins dépendant de l'investissement et des exportations et plus tourné vers la demande intérieure.

Les économistes interrogés s'attendent à ce que la croissance chinoise soit inférieure à l'objectif de 7% fixé par Pékin cette année et anticipe un nouveau ralentissement l'année prochaine.

D'autres pays émergents devraient connaître des performances bien pires, notamment l'Afrique du Sud, de plus en plus empêtrée dans la stagflation, ou le Brésil, qui a plongé dans la récession alors que la banque centrale a dû fortement relever les taux d'intérêt pour juguler l'inflation.

(Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand)

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  • SM7 le jeudi 15 oct 2015 à 15:52

    Super ! comme ça la FED ne va pas remonter ses taux, la BCE va augmenter ses QE et les indices vont battre tous les records.