Le ralentissement de la croissance se confirme en Chine

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LE RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE SE CONFIRME EN CHINE
LE RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE SE CONFIRME EN CHINE

par Langi Chiang et Jonathan Standing

PEKIN (Reuters) - Une brassée d'indicateurs publiés en Chine samedi et dimanche confirme le ralentissement de la croissance de la deuxième économie mondiale, suscitant des spéculations sur une baisse de taux pour relancer l'activité.

Depuis plusieurs semaines, les statistiques dénotent un coup de frein à l'activité, avec une demande intérieure insuffisante pour compenser des exportations de plus en plus atones, elles-mêmes impactées par les difficultés économiques des principaux partenaires économiques du pays.

Les exportations ont connu en mai leur plus faible progression depuis près d'un an, la croissance du crédit et celle des investissements ont été moindres qu'attendu tandis que la production industrielle et les ventes au détail n'accélèrent plus, montrent les chiffres publiés ce week-end.

"Les données de l'activité indiquent une poursuite de l'expansion mais la croissance reste peu convaincante et la dynamique semble avoir ralenti en mai", commente Louis Kuijs, économiste chez RBS, dans une note publiée dimanche.

"Les perspectives de croissance à court terme restent sujettes à des risques et on n'exclut pas d'abaisser encore nos prévisions pour 2013."

L'inflation au niveau des prix à la consommation a ralenti à 2,1% en mai, son niveau le plus bas depuis trois mois, et les prix à la production ont reculé de 2,9% sur un an, leur plus important décrochage depuis septembre. Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne un taux d'inflation de 2,5% et une baisse de 2,5% des prix producteurs.

"Ces chiffres montrent que la croissance a continué de ralentir. Au deuxième trimestre, elle sera probablement plus faible que sur les trois premiers mois de l'année. Les prix producteurs, en particulier, dénotent une inquiétante faiblesse de la demande", juge Jianguang Shen, économiste pour la Chine chez Mizuho Securities Asia à Hong Kong.

Selon des données de la banque centrale, les banques chinoises ont octroyé en mai pour 667,4 milliards de yuans (82 milliards d'euros) de nouveaux crédits en mai, un chiffre inférieur au consensus (850 milliards) et au montant d'avril (792,9 milliards). La masse monétaire a augmenté de 15,8%, moins que les 15,9% attendus par les économistes.

Les ventes au détail ont augmenté de leur côté de 12,9%, l'investissement a progressé de 20,4% et la production industrielle de 9,2%, des chiffres conformes aux attentes mais sans grand changement par rapport au mois précédent.

Samedi, les chiffres du commerce extérieur publiés par le gouvernement ont montré un recul inattendu des importations tandis que les exportations n'ont progressé que de 1%, soit leur croissance la plus faible depuis juillet 2012.

BAISSER LES TAUX COMPORTE DES RISQUES

L'économie chinoise a enregistré en 2012 sa croissance la plus faible depuis 13 ans, à 7,8%, et les indicateurs publiés ces derniers mois font craindre que l'objectif de 7,5% pour cette année soit hors de portée.

Dans ce contexte, la Banque populaire de Chine peut conserver sa politique monétaire accommodante et certains imaginent même une baisse de taux dans le courant de l'année afin de réduire les coûts de financement des entreprises, à condition que les prix dans l'immobilier ne s'emballent pas.

"On attendait une reprise en L avec une stabilisation de la croissance autour de 7,9%", dit Jian Chang, économiste pour la Chine chez Barclays à Hong Kong. "Au vu de la production industrielle et d'autres indicateurs, (...) nous attendons maintenant une stabilisation autour de 7,6%, et la possibilité d'une baisse de taux augmente."

Des économistes gouvernementaux ont assuré à Reuters que la nouvelle direction à la tête du pays - le président Xi Jinping et son Premier ministre Li Keqiang - toléreraient une décélération de la croissance jusqu'à 7% avant d'envisager des mesures fortes pour relancer l'activité.

Li a d'ailleurs déclaré samedi à la télévision que la croissance était "dans une zone relativement élevée et acceptable", signe que le gouvernement refuse pour le moment de céder à l'inquiétude.

Réduire les taux risquerait de récréer une bulle des prix immobiliers que la banque centrale s'est efforcée de contenir ces derniers mois.

"Les prix immobiliers vont bondir en cas de baisse des taux, car les récentes mesures gouvernementales visant à calmer le marché n'ont pas produit les résultats escomptés", note Tang Jianwei, économiste chez Bank of Communications à Shanghai.

De fait, les économistes pensent que le gouvernement n'annoncera pas de nouveau plan de relance après celui de 4.000 milliards de yens mis en oeuvre pendant la crise en 2008, qui a certes soutenu l'activité mais aussi déclenché un boom du crédit qui s'est accompagné d'une bulle immobilière et d'une hausse de l'endettement des collectivités locales.

Plutôt que des mesures ponctuelles de relance, Pékin optera désormais pour des réformes structurelles, ajoutent-ils.

Avec la contribution de Kevin Lao, Véronique Tison pour le service français, édité par Pascal Liétout

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