Le « quantitative easing » impacte significativement la gestion des fonds d'assurances (BlackRock)

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La réglementation oblige les assureurs à détenir une importante part d'obligations, mais les politiques monétaires accomodantes impactent la rentabilité de ce marché.
La réglementation oblige les assureurs à détenir une importante part d'obligations, mais les politiques monétaires accomodantes impactent la rentabilité de ce marché.

BlackRock publie une analyse sur les pratiques des grands établissements de gestion d’actifs, notamment des assureurs, face aux politiques monétaires accommodantes des banques centrales. L’étude fait ressortir deux attitudes opposées des assureurs : recherche de risque et prudence.

En termes d’investissements, « l’effet QE accroît considérablement l’appétence au risque des assureurs », explique BlackRock en commentant les résultats d'une étude menée auprès de 248 dirigeants de compagnies d’assurance dans le monde, cumulant 6.500 milliards de dollars d’actifs sous gestion. Mais cette recherche de risque est plus complexe qu'elle n'y paraît.

Plus de risques pour compenser la faible rentabilité des actifs

Selon l’étude, « l’assouplissement des politiques monétaires pousse les sociétés d’assurance à relever le niveau de risque de leurs investissements afin de protéger leurs marges ». Comprendre : les politiques de relance monétaire ont tendance à réduire la rentabilité des actifs, et cela pousse les assureurs à acheter des actifs plus risqués car plus rémunérateurs, de manière à préserver en partie leur niveau de rentabilité global.

Ainsi, l’étude « démontre que l’impact du QE sur le prix des actifs a presque doublé l’appétence au risque des assureurs. 57% d’entre eux comptent s’exposer davantage au risque sur les 12-24 prochains mois, contre 33% il y a un an », résume BlackRock.

Situation assez inconfortable

Pour autant, l’accumulation de politiques monétaire accommodantes provoque également un certain regain de prudence à plus long terme, à cause des « déséquilibres » que la relance monétaire pourrait entraîner à l’avenir.

Pour Patrick Liedtke, directeur de la gestion d’actif Assurance chez BlackRock : « Les sociétés d’assurance évoluent dans un environnement d’investissement extrêmement difficile. Le QE a contraint les assureurs à prendre des risques nettement plus importants que les années précédentes, et les divergences en matière de politique des banques centrales est un véritable défi pour leur développement ».

Les divergences évoquées font références à la stratégie opposée entre la BCE, qui mène une politique monétaire expansive (« quantitative easing ») pour relancer l’économie européenne, et la Fed, qui voudrait se diriger vers un progressif resserrement monétaire avec une hausse de ses taux, qui ne se concrétise néanmoins toujours pas.

L’étude de BlackRock soulève que « Nombreux sont [les assureurs] qui s’inquiètent des déséquilibres que pourraient créer ces [politiques monétaires] sur les marchés et leurs conséquences négatives sur l’économie, mais aussi de l’environnement insoutenable qu’elles créent pour le secteur de l’assurance. Le niveau durablement bas des taux d’intérêt est considéré comme le principal risque de marché (44%), suivi par une forte hausse des taux d’intérêt (36%) et une correction des prix des actifs (33%) ».

On notera donc la situation inconfortable des assureurs, qui peinent à conserver leur rentabilité avec les taux faibles, mais pourraient également faire des pertes sur les obligations qu’ils détiennent si les taux remontaient rapidement (pour rappel : lorsque les taux remontent sur les marchés, la valeur des obligations déjà cotées baisse).

Davantage de liquidités non investies en parallèle d’une recherche d’actifs risqués

Les assureurs ont néanmoins peu de choix alors que la réglementation assurantielle (« Solvabilité II », l’équivalent pour les assurances de « Bâle III » pour les banques), oblige les acteurs du secteur à détenir une certaine proportion de leurs actifs en obligations.

L’enquête fait ressortir le tiraillement des grands investisseurs vers deux tendances tout à fait contradictoires. D’un côté, l’assouplissement monétaire pousse à prendre davantage de risques sur les marchés. D’un autre, cette recherche de risque est perçue comme potentiellement problématique à plus long terme, nécessitant une certaine prudence.

Ainsi, « près de la moitié des répondants (49%) prévoit d’accroître la part des liquidités dans les 12-24 prochains mois et plus d’un tiers (36 %) comptent augmenter leurs liquidités de façon plus générale », relève BlackRock. Et pourtant, en parallèle, « près de la moitié d’entre eux (45%) entendent augmenter la part de risque de leur portefeuille ».

Patrick Liedtke commente : « L’environnement macroprudentiel incite bon nombre d’acteurs à mettre un pied sur l’accélérateur et l’autre sur le frein en même temps, ce qui bien sûr ne simplifie pas la situation du bilan ».

On retiendra simplement ceci : les politiques de relance monétaire poussent les gérants à prendre davantage de risques sur les marchés pour conserver une certaine rentabilité qui tend sinon à s’effriter, mais dans le même temps, ces mêmes gérants s’interrogent sur les conséquences à plus long terme de ces choix.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • M7991516 le lundi 26 oct 2015 à 17:39

    donc en cas de krach les epargnants seront ruinés

  • M3182284 le lundi 26 oct 2015 à 17:21

    la solution de l'équation est: plus de cash, plus d'equity à forts dividendes, et moins d'obligations (d'Etats) artificiellement chères à cause du QE, le risque n'est pas rémunéré.