Le PS parie sur une victoire sociale-démocrate aux européennes

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LES SOCIALISTES PARIENT SUR UNE VICTOIRE SOCIALE-DÉMOCRATE AUX EUROPÉENNES
LES SOCIALISTES PARIENT SUR UNE VICTOIRE SOCIALE-DÉMOCRATE AUX EUROPÉENNES

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - François Hollande et le Parti socialiste français font le pari d'une victoire sociale-démocrate aux élections européennes pour adoucir l'impact d'une sévère sanction à domicile le 25 mai.

Deux mois après la déroute du PS aux municipales, un nouveau revers, annoncé par les sondages, affaiblirait encore le chef de l'Etat, qui bat déjà des records d'impopularité.

De quoi inquiéter ses partenaires européens, Allemagne en tête, et saper ce qui leur reste de confiance dans sa capacité à engager des réformes structurelles et à tenir sa promesse de ramener les déficits publics français à 3% du PIB en 2015.

Les Allemands suivent ainsi la situation en France avec un "mélange d'espoir et de doute" depuis la nomination de Manuel Valls au poste de Premier ministre après les municipales, dit Claire Demesmay, de l'Institut allemand de politique étrangère.

Pour Berlin, c'est moins le résultat des élections que la capacité de Paris à faire des réformes qui compte, explique à Reuters cette spécialiste des relations franco-allemandes.

"Il est clair qu'un partenaire français avec une majorité et une popularité faibles, ça n'arrange pas les choses", souligne-t-elle. "Il y a toujours cette interrogation en Allemagne sur la volonté des Français d'accepter vraiment des réformes."

La France pourrait en outre devenir une sorte de mouton noir de l'UE en étant le seul grand pays membre à voir un parti d'extrême droite, anti-européen et partisan de l'abandon de l'euro, le Front national (FN), arriver en tête de ce scrutin.

"Si le FN arrive en tête, cela changera le regard de nos partenaires européen sur la France", souligne Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'institut de sondages Ifop.

Selon une enquête quotidienne de l'Ifop pour le compte de l'hebdomadaire Paris Match, le PS est tombé en un mois de 21% à 17% d'intentions de vote pendant que l'UMP restait à peu près stable autour de 22-23% et le Front national autour de 23-24%, des chiffres corroborés par les autres instituts de sondage.

Exécutif et dirigeants socialistes français polissent déjà les arguments qu'ils avanceront au soir du 25 mai.

PARIS MISE SUR SCHULZ

"Notre lecture est que ce sont des élections européennes", dit ainsi Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS. "Le problème n'est pas le score du PS mais celui du PSE."

Le Parti socialiste européen fédère les formations social-démocrates des Vingt-Huit et constitue le deuxième groupe politique du Parlement sortant, dominé par le Parti populaire européen (PPE), son rival et alter ego de droite.

François Hollande et le PS placent leurs espoirs dans une victoire du PSE, qui permettrait à son chef de file, l'Allemand Martin Schulz, de briguer la succession du conservateur José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne.

"Ce n'est pas pareil de faire une contre-performance dans le cadre d'une victoire des sociaux-démocrates en Europe ou dans le cadre d'une défaite", explique Jean-Christophe Cambadélis.

"Si le PSE gagne, même si le PS fait 14 ou 15%, Martin Schulz revisitera les 3%, suspendra l'accord de libre-échange avec les Etats-Unis et se tournera vers une politique de croissance", assure-t-il à Reuters dans une interprétation très audacieuse des pouvoirs du président de la Commission.

En revanche, admet-il, si le PSE échoue, il est illusoire de miser sur une telle réorientation de la politique européenne, en faveur de laquelle François Hollande a promis des initiatives.

Le taux de participation, tombé de 60,7% en 1979 à 40,6% en 2009, pèsera aussi dans la lecture des résultats par le PS.

S'il est aussi faible qu'en 2009, voire inférieur, "ce sera l'Europe qui sera sur la sellette et le rapport des Français à l'Europe mais pas François Hollande", dit le dirigeant du PS.

Pour les analystes politiques, l'élection aura cependant bien des allures de vote sanction, dans un climat alourdi par un manque de résultats en matière d'emploi et le débat sur le plan de 50 milliards d'euros d'économies lancé par le gouvernement.

Ce ne sera pas la première fois qu'un des deux grands partis de gouvernement subit un tel camouflet aux européennes.

En 1994, la liste PS conduite par l'ex-Premier ministre Michel Rocard n'avait recueilli que 14,5% des voix. Et en 1999, la liste RPR-Démocratie libérale de Nicolas Sarkozy, 12,8%.

Mais ni le PS en 1994, ni le RPR, ancêtre de l'UMP, cinq ans plus tard, n'assumait alors le pouvoir.

Et si l'UMP n'a recueilli en 2004 que 16,6% des suffrages, Jacques Chirac, alors chef de l'Etat, avait pu enjoliver ce maigre score en y ajoutant les voix du centre et divers droite.

MAJORITÉ FRAGILISÉE

Un effet d'optique sur lequel François Hollande ne peut pas compter avec des écologistes qui ont quitté le gouvernement et voté très majoritairement le 29 avril contre son programme de réduction des déficits sur la période 2015-2017.

Quel que soit le score du PSE, celui du PS ne manquera pas de relancer un procès en illégitimité ébauché par le FN, une partie de la droite et l'extrême gauche après les municipales.

La présidente du FN, Marine Le Pen, réclame régulièrement la dissolution de l'Assemblée nationale. A l'autre extrême, Jean-Luc Mélenchon, figure du Front de gauche, juge le pouvoir si affaibli "que ça vaudrait la peine de consulter le peuple."

Sans aller jusque-là, l'ex-Premier ministre UMP François Fillon jugeait posée, le 7 mai, la question de la "légitimité démocratique" du gouvernement.

L'aile gauche du PS trouvera quant à elle dans un nouveau revers électoral un argument supplémentaire pour réclamer un changement de cap, au risque de fragiliser encore la majorité.

Laurent Baumel, un des 41 députés PS qui se sont abstenus lors du vote sur le plan d'économies de 50 milliards d'euros du gouvernement, notamment pour ramener le déficit public à 3% du PIB en 2015, prédit un débat sur "l'effet Valls".

"Les européennes vont créer un climat" dans lequel les discussions au Parlement sur les textes budgétaires seront une "épreuve de vérité" pour la majorité, ajoute-t-il.

Mais comme tous les analystes interrogés par Reuters, il écarte toute idée de dissolution de l'Assemblée, qui aurait pour conséquence prévisible une cohabitation avec la droite, ce dont même les dirigeants de l'UMP ne semblent pas vouloir.

"Hollande n'a aucun intérêt à dissoudre", souligne Laurent Baumel. "Il ne pourra plus être candidat des socialistes à la présidentielle parce que nous ne lui pardonnerons jamais d'avoir usé de ce stratagème pour essayer de sauver sa peau."

Le président par intérim de l'Union des démocrates et indépendants (UDI, centre), Yves Jégo, estime pour sa part que le chef de l'Etat "est déjà passé au 26 mai et bien décidé à ne tirer aucune conclusion des européennes".

Pour l'analyste politique Pascal Perrineau, ce scrutin participera à une "recomposition électorale" qui fera sentir pleinement ses effets lors de la présidentielle de 2017.

Dans un livre publié fin avril, Jean-Christophe Cambadelis prend acte de l'installation du FN dans le paysage politique français et annonce une "lutte à mort" entre le parti de Marine Le Pen, le PS et l'UMP en 2017.

(Edité par Yves Clarisse)

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  • M1310580 le lundi 19 mai 2014 à 19:33

    le socialisme, plus jamais ça !

  • mlemonn4 le lundi 19 mai 2014 à 18:01

    L'un ou l'autre, ce n'est pas avec ces bras cassés que l'Europe s'en sortira tellement les directions qui ont été prises sont mauvaises et néfastes à l'économie européenne; nous assistons au sabordage organisé de l'Europe;mais qui peut y avoir intérêt!

  • 11881561 le lundi 19 mai 2014 à 17:34

    DANGEREUX REVEURS !!

  • M7093115 le lundi 19 mai 2014 à 17:31

    Ces gugusses soci alo en France sont complètement à la ramasse à Paris comme à BruxellesDégageons ces insignifiantes personnes......

  • fgino le lundi 19 mai 2014 à 17:25

    les plus mécontents ne sont pas ceux de droite qui assistent en spectateurs goguenards ! mais ce sont qui ont voté pour cette gauche et qui voient comment ils ont été bernés,cocus, bafoués, par un des leurs !!

  • cinq7 le lundi 19 mai 2014 à 17:25

    il faut voter le candidat belge du centre, G.V. les 3 autres sont des vautours

  • fgino le lundi 19 mai 2014 à 17:23

    Les Français ne veulent plus de Hollande !! alors l'Europe est un prétexte, tout est bon pour dire son mécontentement ... qu'il s'en aille et tout rentrera dans l'ordre !!

  • mlaure13 le lundi 19 mai 2014 à 17:12

    Sondages : La France doit-elle sortir de la zone euro au cours des prochaines années ? - Oui. La France retrouverait une souveraineté monétaire qui lui serait profitable sur le plan économique. 16.7% - Peut-être. Il faudrait organiser un référendum sur cette question. 13.5% - Non. Ce serait un terrible retour en arrière. La France aurait tout à perdre. 69.8% Nombre de réponses : 5247

  • M1531771 le lundi 19 mai 2014 à 17:10

    Le PS tout comme l'UMP est- dans le déni et c'est finalement bien amusant à voir...! Vivement diamnche que l'on rigole !

  • patr.fav le lundi 19 mai 2014 à 17:08

    tout cela pour contrer le FN après pour les prochaines élections il n' y aura plus de vote blanc !!!!!