Le projet de sauvetage de la mer Morte fait débat

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La mer Morte, un cas d'école de mauvaise gestion humaine pour les ONG de protection de l'environnement
La mer Morte, un cas d'école de mauvaise gestion humaine pour les ONG de protection de l'environnement
Discuté depuis longtemps, le « transfert » d'importantes quantités d'eau de la mer Rouge vers la mer Morte est une solution recevable aux dires de la Banque Mondiale. Les environnementalistes, eux, craignent le pire.

C'est la mer la plus salée du monde. C'est aussi une mer à l'agonie ? d'aucuns diraient qu'elle n'a jamais aussi bien porté son nom ? depuis des décennies, dont le niveau a baissé de... vingt-cinq mètres en l'espace d'un demi-siècle (!) et dont le triste sort, qui n'a rien à voir avec le réchauffement climatique, n'est pas sans rappeler celui de la mer d'Aral.

La situation est désastreuse, tant pour les riverains que pour la biodiversité locale, ce qui ne pouvait échapper à la Banque Mondiale, laquelle souhaite pomper l'eau de la mer Rouge pour « renflouer » la mer Morte (une idée qui est en fait examinée depuis plus d'un siècle). Un projet très controversé et auquel s'oppose notamment l'association de protection de l'environnement Les Amis de la Terre qui, en 2010 déjà, soutenait par la voix de son directeur des opérations pour Israël Gidon Bromberg que « les pays qui (bénéficieraient) de ce pompage (NDLR : Israël, la Syrie et la Jordanie) font pression » et « feignent de chercher des alternatives ».

Après sept années d'études techniques (en particulier des répercussions environnementales d'un tel dispositif, pharaonique) qui ont coûté la somme astronomique de seize milliards de dollars (environ douze milliards d'euros) (!), malgré les critiques et les inquiétudes ? ô combien légitimes ? de bien des spécialistes, la Banque Mondiale a toutefois tenu bon et « publié (la semaine dernière) sur son site Internet la version finale d'un rapport approuvant l'idée de relier par un pipeline de 180 kilomètres de long le grand lac salé que bordent Israël, la Jordanie et la Cisjordanie et la mer qui sépare l'Afrique de la péninsule arabique », relatent nos confrères du Monde. Un rapport fustigé par Les Amis de la Terre, cités par le quotidien, inflexibles eux aussi et selon lesquels ses conclusions « ignorent le risque environnemental et le prix économique élevé à payer »...


Les risques peuvent-ils vraiment être contrôlés ?

Qu'à cela ne tienne : la construction d'un pipeline géant est aux yeux de la Banque Mondiale le moyen idoine pour sauver une mer dont la superficie est passée de neuf cent cinquante à six cent trente-sept kilomètres carrés en cinquante ans. Une diminution spectaculaire qui s'explique en grande partie par l'assèchement du Jourdain, son principal affluent, dont la quasi-totalité des eaux a été pompée pour irriguer les cultures et accéder à l'eau potable. Dans le même temps, des industriels puisaient d'importantes quantités d'eau de la mer Morte pour en extraire le minerais dans des bassins d'évaporation. Un « modèle » de gestion humaine calamiteuse...

« Si rien n'est fait, la mer Morte atteindra un nouvel équilibre à une altitude qui est environ cent mètres sous le niveau actuel », alerte la Banque Mondiale, relayée par Le Monde et qui, outre des conséquences écologiques catastrophiques, s'inquiète de la perte d'attrait touristique d'une région qui en dépend grandement. L'organisme propose en conséquence d'acheminer quelque deux milliards de mètres cubes d'eau dans la mer Morte et de construire une usine de désalinisation pour éviter de devoir pomper le peu d'eau qui reste dans le Jourdain.

Un projet dantesque dont le coût a été estimé à dix milliards de dollars (environ sept milliards cinq cents millions d'euros), mais qui n'est pas, de l'aveu même de la Banque Mondiale (laquelle assure tout de même que les impacts peuvent être « contrôlés et réduits à un niveau acceptable ») sans risque. « Au-delà de trois cents millions de mètres cubes par an notamment, selon les experts, l'apport d'éléments marins pourrait entraîner une explosion d'algues rouges et de formations de gypse blanc. L'étude alerte également sur le risque d'infiltration d'eau de mer dans les nappes phréatiques », rapporte Le Monde.

Les Amis de la Terre considèrent de surcroît que le tarif auquel serait vendue l'eau potable issue du site de traitement, dont la capacité passerait progressivement de trois cent vingt millions de mètres cubes annuels à huit cent cinquante millions de mètres cubes, est hors de portée des populations locales. Les autorités jordaniennes, elles, ont indiqué en novembre dernier que la participation financière au projet d'Amman sera moins importante que prévu initialement. Le début d'une série de reculades ?
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