Le projet de "Genève II" sur la Syrie en péril

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LES "AMIS DE LA SYRIE" APPELLENT L'OPPOSITION À PARTICIPER AUX NÉGOCIATIONS
LES "AMIS DE LA SYRIE" APPELLENT L'OPPOSITION À PARTICIPER AUX NÉGOCIATIONS

par Arshad Mohammed et Peter Griffiths

LONDRES (Reuters) - Le projet d'une conférence de paix internationale sur la Syrie à Genève est dans l'impasse, l'opposition syrienne exigeant toujours comme préalable le départ du président Bachar al Assad.

Nouvel obstacle à une avancée des discussions, l'Arabie saoudite, l'un des plus farouches adversaires du régime de Damas, chercherait à prendre ses distances avec ses alliés américains, accusés de tergiverser tant sur la Syrie que sur les autres dossiers au Proche-Orient.

Réunis mardi à Londres, les "Amis de la Syrie" ont pressé l'opposition syrienne, qu'ils soutiennent, de participer à de futures négociations de paix en Suisse même si Assad refuse de quitter le pouvoir.

"Le sultan doit s'en aller", devait leur répondre Ahmad Jarba, chef de la Coalition nationale syrienne (CNS), selon le texte de son discours consulté par Reuters. "La conférence de Genève ne peut réussir et nous n'y participerons pas si elle permet à Assad de gagner encore du temps pour faire couler le sang du peuple tandis que le monde regarde sans rien faire."

"Le peuple nous considérera comme des traîtres envers la révolution et envers tous ceux qui ont versé leur sang."

Les Etats-Unis et la Russie se sont mis d'accord en mai sur une nouvelle conférence internationale consacrée à la Syrie, un "Genève II" après la réunion de l'an dernier qui n'avait pas abouti.

Aucune date n'a été officiellement fixée pour la réunion proposée par les Américains et les Russes, même si le chef de la Ligue arabe, Nabil Elarabi, a parlé du 23 novembre.

LA COLÈRE DES SAOUDIENS

Nouvelle difficulté pour ce projet, le chef des services de renseignement saoudien, le prince Bandar bin Sultan, a déclaré que son pays allait "prendre ses distances" avec les Etats-Unis en raison de leur passivité à l'égard de la situation en Syrie et de leur détente apparente avec l'Iran, a-t-on appris de source proche du pouvoir saoudien.

Cette décision, dit-on de même source, aura des conséquences importantes sur les relations entre les deux alliés, notamment dans les domaines des ventes d'armes et du commerce du pétrole.

Depuis mars 2011, le conflit syrien a fait plus de 100.000 morts et des millions de réfugiés.

Renforcé par ses succès militaires de ces derniers mois et par l'influence de plus en plus évidente des islamistes sur l'insurrection, qui inquiète l'Occident, Bachar al Assad s'est montré confiant lundi dans une interview à la chaîne de télévision Al Mayadine.

Il n'a dit voir "aucun obstacle" pour qu'il se représente l'an prochain à la présidentielle et s'est montré sceptique sur la tenue d'une réunion internationale à Genève. "Pour l'instant il n'y a pas de date fixée (...) et les développements actuels ne sont pas favorables", a-t-il dit, évoquant "de nombreuses questions relatives à cette conférence qui restent en suspens".

Accueillant la réunion des "Amis de la Syrie" (Allemagne, Arabie saoudite, Egypte, Emirats arabes unis, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Jordanie, Qatar et Turquie), le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a jugé essentiel que l'opposition accepte de se rendre sur les bords du lac Léman.

QUEL RÔLE POUR L'IRAN ?

Si les opposants "ne participent pas au processus de paix, alors les Syriens ne pourront plus choisir qu'entre Assad et les extrémistes", a dit à la BBC le chef de la diplomatie britannique. "Plus le conflit dure, plus il devient communautaire et plus les extrémistes prennent le dessus", a-t-il ajouté.

"Personne ne peut croire que l'opposition acceptera de voir Bachar al Assad participer à un éventuel futur gouvernement de transition. Si Bachar pense régler les problèmes en se présentant l'an prochain à la présidentielle, je peux lui dire que cette guerre n'aura pas de fin", avait auparavant déclaré le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, qui a rencontré Ahmad Jarba.

A Londres, les "Onze" devaient discuter de l'ordre du jour de Genève II et trouver les moyens de convaincre l'opposition syrienne d'y participer. L'éventuelle participation à cette conférence internationale de l'Iran, allié de Damas, devait être également débattue.

Plusieurs membres des "Amis de la Syrie" sont en désaccord sur une participation aux négociations de l'Iran chiite, grand rival de l'Arabie saoudite.

Sur le terrain, l'opposition syrienne s'est profondément divisée ces derniers mois et les groupes armés islamistes ne reconnaissent pas la représentativité de la CNS.

Des combats ont récemment opposé près de la frontière turque l'Armée syrienne libre (ASL) aux djihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), la branche locale d'Al Qaïda, et à leurs alliés syriens du Front Al Nosra.

Avec Belinda Goldsmith, Tangi Salaün et Guy Kerivel pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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