Le projet d'avion Skylander bat de l'aile

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LE PROJET D'AVION SKYLANDER BAT DE L'AILE
LE PROJET D'AVION SKYLANDER BAT DE L'AILE

STRASBOURG (Reuters) - La poursuite du projet Skylander, un avion bi-turbopropulseur de 19 places qui doit être assemblé en Meurthe-et-Moselle, est suspendue à la décision que rendra jeudi le tribunal de commerce de Briey.

L'entreprise Sky Aircraft, qui emploie 173 personnes sur une ancienne base aérienne de l'Otan, à Chambley, dont 120 au sein de son bureau d'études, s'est déclarée en cessation de paiement vendredi dernier.

Le tribunal dira s'il accorde à la filiale de Geci International, une entreprise aéronautique cotée en bourse, le bénéfice du redressement judiciaire, ce qui lui laisserait le temps de trouver des partenaires, ou s'il prononce sa liquidation judiciaire.

"C'est un bon dossier du point de vue industriel, il y a un marché pour cet avion modulable ?low cost', mais il y a sans doute eu des erreurs commises au niveau du bouclage financier", estime le député socialiste de Meurthe-et-Moselle Jean-Yves Le Déaut.

"Serge Bitboul (P-DG de Geci International et de Sky Aircraft) aurait dû s'attacher un partenaire dès le début du projet", ajoute celui qui est également vice président du Conseil régional de Lorraine, en charge du développement économique.

En juillet dernier, le gouvernement a promis une aide de 60 millions d'euros, moitié via le Fonds stratégique d'investissement (FSI), moitié via le Grand emprunt pour les investissements d'avenir, à condition que Sky Aircraft s'adosse à un partenaire industriel.

Installée à Chambley depuis 2009, l'entreprise a consommé 101 millions d'euros à ce jour dont un million d'euros de subvention d'Oseo et 20 millions d'avance remboursable de la région (gagés sur Geci international) qui a également aménagé le site de Chambley.

Il manque 120 à 140 millions d'euros pour mener à bien le projet alors que les salaires de septembre n'ont pas été versés et que les fournisseurs ne sont plus payés.

"La phase de conception est achevée. On attend de passer en production", a indiqué à Reuters Nathalie Hannis, déléguée syndicale CFE-CGC chez Sky Aircraft et secrétaire adjointe du comité d'entreprise.

"Les promesses des pouvoirs publics sont arrivées à un moment où on était déjà le dos au mur", regrette-t-elle.

Si l'entreprise réussit à se recapitaliser, le premier vol pourrait intervenir en 2014 pour une première livraison en 2015, a-t-elle précisé.

Sky Aircraft fait état de 36 commandes fermes pour cet avion rustique, doté d'une autonomie de 2.000 kilomètres, capable de se poser sur des pistes courtes et d'emmener trois tonnes de fret.

Le marché a été estimé à un millier d'appareils par une étude indépendante de l'avionneur.

En 2010, Serge Bitboul, interrogé par Reuters, estimait le coût du projet à 160 millions d'euros et disait espérer un lancement de la production au second semestre 2012.

Il n'a pas souhaité s'exprimer cette fois.

Jean-Yves Le Déaut souligne qu'en termes de dépassements des coûts et des délais, les responsables de l'aviation civile, qui ne semblent pas pressés, selon lui, de voler au secours du Skylander, "n'ont pas de leçons à donner".

Gilbert Reilhac, édité par Patrick Vignal

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