Le projet avorté Suez-Veolia illustre des impasses stratégiques

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LE PROJET AVORTÉ SUEZ-VEOLIA ILLUSTRE DES IMPASSES STRATÉGIQUES
LE PROJET AVORTÉ SUEZ-VEOLIA ILLUSTRE DES IMPASSES STRATÉGIQUES

par Benjamin Mallet

PARIS (Reuters) - Le projet avorté de rapprochement entre Veolia Environnement et Suez Environnement illustre le manque d'options stratégiques dont disposent les deux spécialistes du traitement de l'eau et des déchets pour faire face à des difficultés à la fois conjoncturelles et structurelles.

Veolia et Suez, respectivement numéro un et numéro deux mondial du secteur, sont tous les deux confrontés en France à une pression sur leurs tarifs de l'eau de la part des municipalités, voire à des retours en régies publiques, ainsi qu'à une crise industrielle qui affecte les volumes de déchets traités par leurs usines en Europe.

L'existence de discussions, dévoilées ce week-end par la presse et qu'aucun des deux groupes n'a officiellement confirmé, traduit la recherche d'une alternative à leur modèle de développement indépendant et à la concurrence qu'ils se livrent à la fois sur leur marché domestique et à l'international.

"Toutes les discussions qui ont pu avoir lieu sont le reflet d'une démarche défensive de la part des sociétés, qui essaient de consolider leurs positions dans un environnement de marché exigeant où la concurrence est de plus en plus acharnée", souligne Olivier Van Doosselaere, analyste chez Exane BNP Paribas.

Certains analystes relèvent notamment qu'un rapprochement aurait donné au nouvel ensemble les moyens d'être plus offensif à l'international, en particulier dans les émergents. Un atout auquel se serait ajoutée la surface financière plus large dont la nouvelle entité aurait bénéficié.

Car si chacun des deux groupes a mis en place un plan de réduction de coûts, ni l'un ni l'autre n'a été en mesure, au-delà de ces économies, de proposer de nouvelles perspectives de croissance jugées convaincantes depuis la crise de 2008.

"Dans les circonstances actuelles, les deux groupes ne peuvent fermer aucune porte et (il) est tout à fait logique que le projet ait été étudié", résume un autre analyste basé à Paris. "Je ne pense pas qu'il faille trouver de 'plan B'", ajoute-t-il, estimant pour sa part que "les deux groupes sont capables de vivre de manière indépendante".

LA DETTE LIMITE LES MARGES DE MANOEUVRE

L'opération aurait toutefois certainement impliqué la vente des actifs dans l'eau en France de l'une des deux entreprises, leur part de marché cumulée approchant 60% dans ce domaine.

Cette vente semble être la principale raison de l'échec des discussions.

La question des marges de manoeuvre financière supplémentaires est d'autant plus sensible pour Veolia que le groupe, engagé dans un programme de cessions de cinq milliards d'euros, affichait une dette de 14,7 milliards d'euros au 30 juin.

Ce chiffre n'était pas loin de représenter le double de la dette de Suez (7,9 milliards) alors que l'écart entre les capitalisations boursières et les résultats attendus des deux groupes pour 2012 et 2013 n'atteint que quelques dizaines de millions.

Pour certains, cet écart explique que la sanction boursière soit plus forte pour Veolia que pour Suez, les titres perdant respectivement 4,5% et 1,5% à 15h50, tandis que l'indice CAC 40 se repliait de 0,2%.

Le montant des actifs détenus par Veolia atteignant près du double de ceux de son concurrent, un rapprochement entre les deux groupes serait en outre très pénalisant pour ses actionnaires minoritaires.

"UN CERTAIN RAS-LE-BOL"

L'image de Veolia, mise à mal par la contestation de son PDG Antoine Frérot en début d'année, risque encore de pâtir d'un projet de fusion avorté.

"Le marché se dit : 'Avec ce groupe-là, on ne sait jamais à quoi s'attendre, il y a toujours des surprises'. Il y a un certain ras-le-bol", commente un analyste, lui aussi basé à Paris.

Une bonne nouvelle pourrait toutefois tomber lundi soir ou mardi si le conseil d'administration de Veolia, qui se réunit dans la journée, avalise un éventuel accord avec la Caisse des dépôts (CDC) pour engager la sortie du groupe de ses activités de transport public.

Pour Suez, s'il se confirme que les discussions ont bien été engagées par son directeur général Jean-Louis Chaussade, le projet pourrait alimenter les spéculations autour d'un projet de GDF Suez de céder sa participation de 36% au capital.

Veolia, Suez et GDF Suez n'ont pas souhaité commenter ces informations lundi.

Suez et Veolia publient respectivement leurs résultats financiers du troisième trimestre jeudi 25 octobre et mercredi 7 novembre.

Edité par Dominique Rodriguez

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