Le programme du PS s'invite aux résultats des banques

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LES VALEURS BANCAIRES SOUS LA MENACE DE FRANÇOIS HOLLANDE DE DURCIR LA RÉGLEMENTATION
LES VALEURS BANCAIRES SOUS LA MENACE DE FRANÇOIS HOLLANDE DE DURCIR LA RÉGLEMENTATION

par Matthieu Protard et Lionel Laurent

PARIS (Reuters) - Les banques françaises, qui publient à partir de mercredi leurs résultats annuels, devront cette année compter sur un invité surprise, François Hollande, qui prévoit de durcir la réglementation du secteur bancaire, menaçant du même coup le potentiel de rebond des valeurs bancaires en Bourse.

Dans son programme pour l'élection présidentielle, le candidat socialiste propose de séparer les activités de dépôts et les activités de marché des banques françaises, à l'image de ce qu'a décidé en fin d'année dernière le Royaume-Uni pour réformer son système bancaire après la crise.

Si les autorités et banques françaises rejettent en bloc l'idée de séparer les activités bancaires, les analystes financiers ont commencé à intégrer cette hypothèse dans leurs projections de résultats des banques, prenant ainsi acte des sondages donnant le candidat socialiste favori dans les intentions de vote pour l'élection présidentielle.

François Hollande, qui se pose en "adversaire" de la finance, prévoit en outre d'augmenter de 15% l'imposition sur les bénéfices des banques et de créer une taxe sur l'ensemble des transactions financières.

L'intermédiaire financier KBW estime par exemple que, cumulées, les trois réformes envisagées par François Hollande pourraient réduire de 10% en moyenne les résultats annuels des groupes bancaires français, BNP Paribas, Crédit agricole, Natixis et Société générale, soit un coût global de 1,7 milliard d'euros.

"Ces mesures sont un peu confuses de notre point de vue et avec ce genre d'inquiétudes, si le rally se poursuit, je doute que les banques françaises soit le choix préféré des investisseurs", commente Marco Bruzzo, directeur général délégué de Mirabaud Gestion.

"Les banques disent que la séparation des activités ne sert à rien, que c'est stupide, mais il serait intéressant de connaître leurs vrais arguments contre cette réforme ", souligne un analyste basé à Paris qui n'a pas souhaité être nommé.

"Mon sentiment est que les banques n'en ont pas tant que cela", poursuit-il.

MENACE SUR LE REBOND BOURSIER

La Commission européenne a de son côté mis en place en novembre un groupe de travail sur la structure des banques. Ce groupe réfléchira notamment à la question de la séparation des activités bancaires et son rapport est prévu dans le courant de l'année.

Pour justifier leur opposition à toute séparation, les banquiers français et la Banque de France se retranchent derrière les faillites récentes de la banque britannique Northern Rock et de l'américaine Lehman Brothers.

Les analystes entendent du coup profiter des conférences de présentation des résultats des banques pour interpeller leurs dirigeants sur l'enjeu et les conséquences d'une séparation des activités bancaires déjà engagée outre-Manche où l'impact est estimé entre 3,5 et 5 milliards de livres sterling (environ 4 et 9,5 milliards d'euros).

"Un mouvement vers ce type de système (britannique, NDLR) aurait certainement un impact significatif sur la rentabilité", souligne Marie-Pierre Peillon, directrice de l'analyse financière et extra-financière chez Groupama Asset Management.

Les analystes estiment aussi que le contexte de campagne présidentielle et d'incertitudes sur l'issue du scrutin pèsera sur les cours de Bourse des banques françaises, déjà engagées dans des plans de renforcement de leurs fonds propres pour se conformer aux nouvelles normes prudentielles et de restructuration de leurs activités dans la banque de financement et d'investissement.

"Je pense que la performance (boursière, NDLR) des banques françaises sera plafonnée tant qu'on ne connaîtra pas le résultat des élections présidentielles", fait remarquer un analyste parisien. "Pour aller plus haut, il faut avoir une meilleure visibilité."

Massacrées en Bourse l'an dernier en raison de l'exacerbation de la crise financière, qui a contraint la banque Dexia au démantèlement, les valeurs bancaires françaises ont profité des regains d'espoirs sur le sauvetage de la Grèce et des liquidités exceptionnelles apportées par la Banque centrale européenne pour rebondir.

SocGen affiche ainsi un gain de plus de 30% depuis le début de l'année après avoir perdu près de 60% de sa valeur en 2011.

BNP Paribas ouvrira mercredi le bal des résultats bancaires en France, suivi le lendemain par la Société générale.

Les analystes interrogés par la rédaction de Reuters anticipent en moyenne une chute de 63% du bénéfice net de la BNP au quatrième trimestre et de 78% pour la SocGen.

Le Crédit agricole et Natixis publieront leurs résultats le 23 février. Crédit agricole SA a prévenu en décembre qu'il serait en perte sur l'exercice 2011 et qu'il passerait pour 2,5 milliards d'euros de dépréciations dans ses comptes du quatrième trimestre.

En Europe, Deutsche Bank et Credit suisse ont surpris les marchés en affichant des comptes dans le rouge au quatrième trimestre. et

Edité par Jean-Michel Bélot

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