Le procès du Mediator continue à Nanterre

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LE TRIBUNAL DE NANTERRE REFUSE LE REPORT DU PROCÈS DU MEDIATOR
LE TRIBUNAL DE NANTERRE REFUSE LE REPORT DU PROCÈS DU MEDIATOR

NANTERRE, Hauts-de-Seine (Reuters) - Le procès de Jacques Servier et de ses laboratoires pour "tromperie aggravée" dans l'affaire du Mediator s'est poursuivi mercredi à Nanterre, malgré les demandes de renvoi.

La défense, ainsi que certaines parties civiles, avaient demandé mardi son report, une instruction étant ouverte en parallèle pour les mêmes faits au tribunal de grande instance de Paris.

Mais le tribunal correctionnel de Nanterre a rejeté l'une des demandes de renvoi et indiqué qu'il se prononcerait en fin de procès sur les autres questions de procédure soulevées la veille, ouvrant la voie à la reprise des débats.

"C'est une satisfaction profonde", a dit aux journalistes Me François Honnorat, avocat de plusieurs parties civiles, disant compter sur l'audition des témoins pour convaincre le tribunal de la culpabilité des prévenus.

Me Hervé Temime, avocat de Jacques Servier et des laboratoires éponymes, s'est quant à lui dit interrogé sur la suite des débats.

"Je reste convaincu que sur un plan procédural, cette situation est une situation qui n'est pas acceptable, et je reste également convaincu que le tribunal ne pourra pas juger sur le fond cette affaire sans disposer des éléments d'information qui figurent dans le dossier de l'instruction", a-t-il déclaré à la presse.

En l'absence du principal prévenu, Jacques Servier, 91 ans, l'audience a repris mercredi avec l'exposé des faits par les parties civiles. La charge de la preuve incombe aux victimes présumées dans cette procédure, lancée par voie de citations directes.

Les uns après les autres, les avocats des parties civiles ont décrit une "vaste tromperie".

"ATTITUDE PARTICULIÈREMENT DISSIMULATRICE"

Retiré du marché en 2010, après plus de vingt ans de commercialisation, le Mediator provoquait des valvulopathies et de l'hypertension pulmonaire, selon plusieurs études.

Ce médicament pourrait être à l'origine de 220 à 300 décès à court terme et 1.300 à 1.800 décès à long terme, selon la plus récente expertise.

Les laboratoires Servier, qui l'ont commercialisé, sont soupçonnés d'avoir dissimulé la vraie nature et les risques du Mediator, un coupe-faim présenté comme antidiabétique.

Fustigeant "l'attitude particulièrement dissimulatrice des laboratoires Servier", Me François Honnorat a notamment rappelé que des cas de valvulopathies en Belgique avaient été portés dès 1995 à la connaissance des laboratoires Servier.

Un cas de valvulopathie caractéristique constaté en Espagne en 2003 a quant à lui mené au retrait spontané du Mediator sur le marché espagnol, sans que soit modifié le niveau d'information délivré aux patients français, a-t-il dit.

L'audition des témoins doit commencer jeudi, avec notamment celle de la pneumologue Irène Frachon, qui a mis à jour les risques du Mediator. Un représentant de l'agence de sécurité sanitaire, Afssaps devenue depuis ANSM, doit quant à lui être entendu vendredi.

Mais son avocat a prévenu le tribunal qu'il estimait ne pas pouvoir être entendu comme témoin, l'agence ayant été mise en examen dans le cadre de l'instruction menée à Paris pour homicides et blessures involontaires.

Jacques Servier et les quatre anciens responsables du groupe poursuivis à Nanterre encourent quatre ans de prison et 75.000 euros d'amende.

Les laboratoires Servier et la société Biopharma risquent quant à eux 375.000 euros d'amende.

Chine Labbé, édité par Yves Clarisse

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